~Epilogue~

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Je ne sais pour qui sont ces mots, je ne sais pas même pourquoi je les couche. Sans doute l’habitude des rapports de chasse adressés à Toyën... J’ai terriblement besoin d’un peu de normalité, je l’avoue. Il y avait tant à faire les premiers jours, mais maintenant je déambule sans trop savoir où est ma place.

J’essaie de ne pas trop penser à Selën. Bien sûr, plus je m’y emploie, plus sa perte m’obsède. Dans les meilleurs moments, j’arrive à me convaincre qu’il n’y avait pas d’autres issues, que seule ma lame de pouvoir avait pu la libérer de l’emprise d’Argöth, que sans ça elle serait morte en étant une autre, ou elle nous aurait tous tués. Dans les pires, je maudis ma couardise qui m’a poussé à répliquer à la première menace alors qu’elle était sur le point de me revenir. Quoi qu’il en soit, son sang tachera pour toujours mes mains et je ne me le pardonnerai sans doute jamais. Je comprends à présent ce qu’elle a pu éprouver après Argöth. Pour tous, je suis celui qui a sauvé Avëndya de la Vague Noire. Pourtant, dans le miroir, je ne vois qu’un meurtrier. Je ne supporte déjà plus d’assister à leurs célébrations de mon deuil. Je me félicite cependant de l’avoir inhumée dans un lieu connu de moi seul, que je ne noterai pas dans ces lignes. J’ai bien trop peur que quelques fanatiques ne profanent sa dépouille pour exorciser leur peur et leur colère. À défaut d’être bien ou à mes côtés, au moins repose-t-elle en paix.

Je me suis également occupé d’Aën. Avant d’aller à la rencontre de Selën, je l’avais trouvé errant dans les marais séparant Vald’or de Beaubreuil. Puisqu’il avait suivi d’instinct la bonne direction, et que je savais qu’il y serait en sécurité, je l’avais confié aux parents de Selën le temps que les choses se calment. Pour autant, je ne pouvais pas le laisser là-bas : Selën n’aurait pas aimé qu’il grandisse dans la peur des Éthérés et il aurait pu en attirer à lui, menaçant le village. Je devrais probablement m’occuper de lui moi-même, mais je n’en ai tout simplement pas la force, sans oublier que je préfère qu’il grandisse loin du portrait que font de plus en plus de personnes de Selën. Mieux vaut qu’il garde d’elle l’image de sa sauveuse, le modèle qu’il admirait tant. Je lui ai expliqué qu’elle n’avait pas voulu le massacre du manoir, que le pouvoir avait volé son corps pour nous attaquer, mais qu’elle avait trouvé la force de lui résister pour le sauver, lui. Je crois qu’il l’en admire d’autant plus. En revanche, je n’ai pas eu le courage de lui expliquer pourquoi elle ne reviendra pas. Ma culpabilité est une charge déjà trop lourde pour y ajouter ses accusations. Quoi qu’il en soit, je l’ai confié au gouverneur Osran. Selën était particulièrement attachée à l’homme ainsi qu’à son archipel, je pense qu’elle approuverait ce choix. Au moins vivra-t-il parmi des personnes qui connaissaient et appréciaient la véritable Selën.

Je n’avais pas osé jusque là retourner à Chäsgær, je m’étais contenté des rumeurs et des vagues descriptions transmises de bouches à oreilles. Or, une fois rentré de Blanchiles, j’ai eu besoin de réponses, peut-être pour soulager en partie la culpabilité qui m’écrase un peu plus chaque jour. S’il y avait des responsables à sa folie, alors mon geste ne relèverait pas seulement de ma faute. C’était vain, mais j’y suis tout de même allé. Il ne reste plus rien, ou presque. La grille est encore debout, mais c’est bien tout. J’aurais sans doute été désolé de déambuler parmi les ruines noircies s’il y avait eu encore de la place dans mes pensées pour une peine supplémentaire. Je ne sais pas combien de temps je suis resté à retourner chaque débris et à enterrer les restes que j’ai pu trouver. Je ne sais même pas ce que j’y cherchais à l’origine, mais je l’ai trouvé. Un petit escalier dont j’ignorais l’existence, qui s’enfonce dans les fondations mêmes du manoir. Les corps des créatures que j’y ai découverts m’ont rapidement fait comprendre ce qui a poussé Selën au fond du gouffre. L’état dans lequel j’ai retrouvé Elyam, mise en pièces juste à côté de ce qui avait dû être une bête majestueuse à une autre époque m’a confirmé le drame qui s’était joué en mon absence. Après ce qui c’était produit, il n’y avait plus de place pour l’étonnement. En revanche, j’en ai aussitôt voulu, et j’en veux encore, à Toyën et Dinaë d’avoir accusé Selën de folie pour protéger leur secret. Je comprends que le maintien et la bonne route d’une organisation telle que Chäsgær ait demandé quelques sacrifices et que nous préserver de ce fardeau, c’était alléger un peu le poids déjà terrible qui pesait sur nos épaules. Cependant, Selën avait compris, et au lieu de lui expliquer la situation, ils ont nié, la laissant découvrir la vérité seule, au pire moment. Pour nous préserver, ils ont tout détruit. Je leur en veux... mais cela ne soulage en rien ma faute. J’aurais dû être là.

Chäsgær n’est plus et nous ne sommes guère plus de quatre ou cinq Gærs encore en vie, de ce que j’ai pu apprendre du moins. Nous avons décidé de nous séparer afin de couvrir le plus de terrain possible, si notre aide s’avère nécessaire. Je n’ai pas croisé un seul Éthéré depuis ceux que Selën a détruits pour me protéger. Les plus optimistes assurent qu’ils ont disparu avec le dernier reliquat du pouvoir d’Argöth. Pour ma part, je crains surtout qu’ils demeurent tapis dans les territoires les plus reculés, attendant que nous ne soyons plus là pour les affronter.

Ironiquement, je donnerais cher pour croiser à nouveau un Éthéré. Le monde est devenu encore plus sombre et silencieux sans eux. Le pouvoir draë qui nous a éclairés durant des années a commencé à faiblir dès le jour où Selën a détruit sa dépouille et depuis les lampes s’éteignent une à une. Elle avait raison quand elle disait à sire Æstën qu’il nous condamnait aux ténèbres. Malheureusement, il n’est plus là pour le constater de ses propres yeux. Il n’y a guère plus que les flammes pour nous éclairer, mais aucun brasier n’égalera jamais l’éclat du pouvoir. Je me demande parfois si nous autres survivants sommes vraiment les chanceux de cette histoire et je trouve souvent l’idée séduisante de mettre un terme à ma peine, de rejoindre Selën. Alors je pense à elle, luttant de toutes ses forces contre l’emprise d'Argöth pour nous épargner Aën et moi, songeant d’abord à me protéger alors qu’elle se vidait de son sang... Je ne peux choisir la facilité, ce serait renier sa volonté, mes sentiments. Je n’ai d’autre choix qu’avancer avec mon fardeau et peut-être qu’un jour, à force d’errance, je trouverai ma place dans ce nouveau monde.

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