Madoc

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Elle prend conscience que la beauté irréelle du sorcier qu’elle trouve si particulière, répond à quelque chose en elle qui l’anime depuis le début. Elle s’oppose à ce sentiment d’attirance qui se réveille maintenant d’une façon plus violente en elle.

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Madoc sourit brusquement, son visage s’éveille aux pensées différentes qu’Isa ressent en silence. Elle rougit subitement, réalisant la gaffe monumentale. Se laisser aller à des rêveries en sa présence est une grave erreur, elle mesure sa bêtise, enrage intérieurement.

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Isa se racle la gorge, gênée, tente de se reprendre mais il l’interrompt :

— Tu as quelque chose à me demander ?

Il sait déjà. Son sourire enjôleur enfonce le clou et son odeur exquise l’enrobe que plus. Madoc ne bouge pas d’un pouce pourtant elle sent sa chaleur l’envahir. De toute évidence il joue encore avec elle mais sur un autre registre.

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Les yeux du sorcier flamboient, attendent. Isa se contient difficilement, la colère se mélange à sa gêne mais elle finit par répondre le plus froidement possible :

— Oui. Il faut empêcher que ces choses recommencent.

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Elle ne s’explique pas davantage, il sait très bien à quoi elle fait allusion et la réponse ne se fait pas tarder.

— En fermant le portail, tu scelles définitivement ma présence à tes côtés.

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— Putain ! J’en étais sûre ! Rien n’est gratuit avec toi, c’est un autre piège hein c’est ça ? C'est du chantage, s’exclame Isa en se levant comme un ressort. Elle brandit son index sous son nez, ivre de colère et continue sur la lancée.

— Va au diable ! Tu ne me fais pas peur.

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Mais Madoc se lève prestement à cette dernière déclaration, lui fait face. Il la dépasse d’une bonne tête, ce qui oblige Isa à relever la tête pour le regarder. Sa promiscuité l’agresse soudain et sa voix semble résonner dans sa tête tant elle est grave et sèche.

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— Je t’avertis des conséquences, rien ne s’oppose à ta volonté cependant et pour la dernière fois, n’oublie pas les deux premières leçons, Isabelle.

La mise en garde, le ton froid et son prénom dans sa bouche lui font l’effet d’une douche froide.

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Un frisson parcourt son échine, la chaleur qu’il émet n’est plus aussi chaleureuse et accueillante que tout à l’heure. Madoc est réellement contrarié, le lui fait sentir et même s’il la domine de toute sa stature, ce n’est que ce qu’il dégage qui la fait frémir. Elle sent que sa colère peut être aussi puissante que la bienveillance dont il fait preuve à son égard.

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Isa à l’impression de fondre sous la force qu’il irradie, regrette son emportement mais elle est perdue. Le sorcier lui tend alors la main, l’invite à la saisir d’un regard plus doux mais toujours aussi grave.

Elle glisse sa main dans la sienne, ferme les yeux.

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Un tremblement monte en elle, des perceptions intenses l’assaille et soudain elle voit : C’est bien le fils Chastel, elle le reconnait. Ce fou sadique a dressé une bête immonde, issue probablement d’un croisement entre un chien et un loup. La bête est grande, massive, sa mâchoire disproportionnée est bordée de crocs saillants limés pour tuer.

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Elle comprend. Au début, Jean-Antoine s’est contenté de programmer les guet-apens pour assister ensuite aux scènes d’attaques comme on assiste à un spectacle. Mais la terreur dans les yeux des victimes, les cris, le sang lui ont donnés tant de plaisir que cela n’a plus suffit. Alors il s’est joint à la bête.

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Décapitant, mordant les chairs, il est devenu lui-même la bête. Isa rouvre les yeux, son cœur bat à tout rompre mais la vision continue sans attendre. Elle entrevoit rapidement Marianne étendue immobile sur son lit d’hôpital puis sa vue se brouille encore et accélère aussitôt.

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Le sentiment, la sensation de traverser plusieurs plans d’existences la secoue lorsque tout s’arrête brusquement comme si elle était freinée par quelque chose. L’endroit lui est inconnu mais aussitôt désagréable. Au milieu des ténèbres, Isa perçoit toutes les émotions primaires, tel des serpents, elles ondulent lentement autour de l’image de Marianne et d’une jeune fille qui crient.

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Les pires vices rampent sur elles comme des rats sales, tous les mordent et les contaminent. Il n’exhale de ce bas-fond que souffrances et chagrins, tortures et supplices. Les hurlements de terreur des filles se joignent aux cris exaltés d’un spectre. C’est Chastel qui se baigne avec plaisir dans la douleur de l’autre, il semble jouir physiquement des sentiments immondes qu’il provoque.

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Toute la fange de l’humanité se concentre ici en un ramassis d’entités ou d’êtres errants en proies à des fièvres qui n’appartiennent qu’a elles. Ce plan inférieur retient les âmes souillées ou piégées, Marianne et d’autres en sont retenues prisonnières.

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Une bile acide remonte dans l’œsophage d’Isa, sa nausée se fait pressante, semble annoncer un vomissement à venir, son cœur ne peut maintenir sa course effrénée dans sa poitrine et le malaise la guette. Tout la répugne ici et elle l’appelle à l’aide comme une réminiscence du passé.

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