Madoc

3 minutes de lecture

Comme un film, elle assiste à un passage de sa vie et pas le meilleur : Adolescente en proie à des colères, des violences. Sa différence déjà, l’avait conduite en Unité de Soins Psychiatriques pour Ados. Isa retrouve la jeune-fille qu’elle était, qui suppliait qu’on la laisse sortir de l’isolement.

                  ###

Elle ressent encore les sentiments puissants que la camisole chimique avait induit en elle. Une révolte sourde, une humiliation profonde d’où avaient émergé des prières fortes et silencieuses. Toutes ces émotions négatives, destructrices avaient permis de faire jaillir en elle une puissance créatrice. C’est là que Madoc est né, dans ce terreau d’imagination féconde d’une ado désespérée.

                  ###

De ses prières les plus fortes, ce sorcier puissant avait pris vie, un ange protecteur qui devait être là pour elle. Pas un rêve où il était absent. Le temps avance en accéléré jusqu’à peu, la vitesse lui donne la nausée : l’homme peuple toujours ses songes. Elle déglutit avec peine, effarée de cette omniprésence dont elle a oublié ou perdue la notion. Inconsciemment pourtant elle ne s’est jamais sentie seule.

                  ###

Sa voix lui parvient toujours dans un souffle chaud, brûlant comme pour répondre à ses interrogations.

— Ce lieu favorise la production mentale. L’énergie permet la matérialisation.

Les paroles du sorcier l’assomment, Isa tremble comme une feuille, la peur cède la place à la terreur. Elle crie à l’intérieur d’elle-même : « Les rêves doivent rester des rêves, les rêves doivent rester des rêves ».

                  ###

Le corps de l’homme contre le sien est une véritable fournaise. Sa voix grave s’élève à l’intérieur de sa tête : « Tu n’as pas à avoir peur de moi, je suis ce que tu as toujours voulu que je sois ».

— Je veux voir la réalité, je veux voir la réalité, crie Isa. « Soit » répond la voix.

                  ###

A ces mots, la brume s’évapore aussitôt et elle voit enfin la horde costumée qui s’amuse. La fête est bien réelle, les gens dansent, rient, l’agitation y est intense. Isa ne peut s’empêcher de souffler de soulagement. Mais peu à peu quelque chose change, d’abord la musique déraille ou ralentit, elle ne sait pas. Le son se transforme alors en une longue plainte collective. C’est là dans le bruissement de la foule qu’Isa perçoit la variation.

                  ###

En une fraction de seconde, son œil saisit un tressaillement de l’image comme si un second plan se superposait à sa vue. La scène devient plus nette, semble muter : la chimère s’efface. Certains déguisements d’halloween paraissent se désagréger dans l’effervescence festive. Comme si les tissus étaient trop usés, ils s’effilochent en millier de lambeaux s’évaporant dans les airs.

                   ###

Tout se réduit à l’aspect de poussière, tout disparaît révélant seulement des silhouettes noires éthérées qui flottent. Ces ombres aux yeux vides qui errent entre les humains les harponnent, les traversent de part en part pour absorber leurs énergies. Certaines formes s’agrippent plus violemment sur des personnes à terre et les vident avec avidité de leur sève.

                    ###

Les désincarnés sont plus nombreux que les costumés qui ne semblent pas voir ou réagir à ces attaques. Tous les vivants ont les yeux hagards comme drogués, ils boivent, parlent, bécotent avec des gens qui n’existent plus. Ces ombres opportunistes sont attirées par quelque chose de plus fort. Immédiatement à cette pensée, les yeux d’Isa sont dirigés sur Alice au pays des ténèbres dont un sourire figé fend ses lèvres noires.

                    ###

Ses yeux mornes sont rivés à ceux du lapin-garou. Mais à son tour le costume se délite aussi. Isa saisit avec violence sa véritable nature, c’est un être malveillant qui exhale le vice, le mal à l’état pur. Il vient d’un temps ancien, sa présence dégage à lui tout seul un rayonnement particulier qui excite, amplifie la soif des autres entités. Alice n’est plus qu’une marionnette dans les griffes de cette âme néfaste.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
docno
Cette histoire est totalement et définitivement inventée pour répondre au défi d'un personnage détestable.
Toute ressemblance avec des personnes existantes est pure coïncidence.
Il s'agit d'une fiction.
Rien n'est réel.
Rien.
Si, c'est vrai !
D'ailleurs, il est pas si détestable que ça. C'est même une victime en fait. Quand on y pense.
16
5
1
7
Défi
NATOS

Bonjour, chers et innombrables admirateurs. Je condescends à vous conter une histoire superbement écrite, en espérant que vous saurez élever votre niveau pour me rejoindre. Il est vrai que je gravite dans ces sphères souvent inaccessibles au commun du grouillot qui m'entoure.

Début de ma narration. (1)

On a coutume de dire que nous naissons tous égaux, Pfffff !

Un jour, mes neurones ayant besoin de s'aérer un peu, je me promenais dans une forêt domaniale au nord ouest de la capitale, c'est là que je fis la rencontre d'une créature étonnante. Il s'agissait d'un humain, certes, mais il me fut impossible d'en déterminer ni le sexe, ni l'age. Sa tenue vestimentaire, que dis-je son accoutrement était hétéroclite et de fort mauvais goût, quelle idée saugrenue de se chausser de bottes à talons hauts en forêt ? Ma curiosité étant néanmoins titillée, je m'approchais de cet être étrange pour lui adresser un bonjour poli. Ce n'est pas parce que l'on se sait supérieur que l'on doit être méprisant, n'est-ce-pas ? L'humain rehaussé de cuissardes approchait les deux mètres de stature, en outre, son maquillage excessif avait quelque chose d'ostentatoire.

Sa réponse me stupéfia :

- Salut mon chou, serais-tu tenté par une ch'tite bouffarde ?

- Plaît-il ? Je ne pense pas qu'il soit autorisé de fumer en ce lieu !

- Keep cool Raoul, on se planque derrière le fusain, tu vas voir ça va te faire du bien !

Sans que je n'ai eu le temps de m'opposer à ses sombres desseins, la créature m'attira dans le maquis (2) et ses mains expertes s'employèrent à extirper de mon pantalon de tweed mes modestes attributs. Je dus fermer les yeux, pour échapper à cette vision d'horreur, sa bouche ayant hélas remplacé ses mains ! Cette petite opération ne dura que quelques minutes avant qu'un traître orgasme ne conclut ce triste intermède.

- Ce fut alors, qu'il, ou elle, me dit : "ça fera trente Euros".

Je dus vider ma bourse pour la seconde fois, et je ne saurais dire celle des deux qui me fut la moins désagréable.

Tous égaux, ah la belle affaire. Je n'ai absolument rien de comparable avec cette, heu, ce..... Pouah quelle horreur !


(1) Je simplifie pour mes lecteurs, il en est d'un peu lourds...
(2) Gare au goriiiiiille.
5
3
2
2
Défi
Zelen Awal

— C’est à vous, Paul Charveron, vous êtes à l’antenne.
— Vous m’entendez ? Nous avons un léger problème…
— On vous entend, Paul…
— C’est une catastrophe, Delaloose ! Le pays est plongé dans un marasme complet. La voyelle est toujours séquestrée, quatre heures qu’elle est l’otage de madame Zelen Awal…
— Paul ! Paul ! Vous m’entendez ?
— Je vous entends, Delaloose, je vous entends…
— Savez-vous ce que madame Awal réclame comme rançon ?
— Le drame est qu’elle ne demande aucune rançon.
— Non ? Que veut-elle alors ?
— Elle veut mettre les po nts sur les " ".
— Comment ? Désolé Paul, on ne vous comprend pas !
— Je n’en peux plus, quel stress ! Sans cette chère voyelle notre langue est comme morte !
— Essayez avec d’autres mots, de grâce !
— C’est d’un confus ! À se pendre devant les téléspectateurs !
— Calmez-vous, Paul, calmez-vous !
— Arrrgh… Donc, madame Awal refuse de collaborer tant que les hommes, tous les hommes, d t-elle, ne s’engagent solennellement à abandonner la gouvernance du pays durant deux cents ans et permettre par conséquent aux femmes d’élaborer les moyens pour prouver leurs compétences à la tête de notre pays. Du chantage, c’est du chantage ! Quel scandale ! Quelle honte ! On aura tout vu ! La BAC est sur place et le chef d'État converse, non sans panache, avec madame Awal et jure être prêt à céder sa place, du moment que sa femme accède à la tête du gouvernement et la conserve durant trente ans.
— Trente ans ?
— Exactement, Jules Delaloose ! Exactement ! Un moment, un moment… ne coupez pas, ne coupez surtout pas… Attendez…attendez…
— Quel est ce fracas épouvantable, Paul ? Répondez, Paul…
— Bonne nouvelle, Delaloose, madame Awal a éjecté la voyelle par la fenêtre… La BAC tente de maîtriser Zelen Awal qui menace de porter atteinte, cette fois-ci, à l’ensemble de l’alphabet ! Les dernières révélations laissent entendre que madame Awal est une dangereuse sorcière qui a échappé à la surveillance de nos services de renseignements. Le “I” a été transporté au Val de Grâce pour subir toute une batterie d'examen, et selon le chef de service de l’hôpital, il ne présente aucun signe de maltraitance. Sauvés, on est sauvés, mon cher Delaloose ! OUI, OUI, OUI, la plus belle des voyelles est libre ! Quelle joie ! Delaloose, vous m’entendez ? Quelle joie ! Encore un mot, encore un mot… Que le monde entier soit témoin : voyez la preuve, la preuve flagrante, n’en déplaise aux féministes de tout bord, que les femmes ne savent toujours pas ce qu’elles veulent ! Oui, je le crie haut et fort : les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent ! Et ça veut gouverner, et ça veut décider…
— Coupez ! coupez ! Mais coupez bordel !
12
24
14
2

Vous aimez lire Biquette ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0