Au bon hasard

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Fanny hausse les épaules, elle reporte son attention sur la route pour ne pas louper la sortie de la Nationale 999 de Marvejols. La route devient plus sinueuse, la pluie se met à tomber fine et régulière et plus les kilomètres défilent et plus Isa ressent un malaise grandissant. Après quatre heures de route, les filles voient enfin le panneau de la ville de Langogne.

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Affamée, Fanny décide de faire une halte et gare la petite voiture sans se poser de question. Elle a vu de l’autre côté de la halle aux grains une petite auberge nommée « Au bon hasard ». Le froid et l’humidité les cueillent dès qu’elles pointent le nez dehors. La place est déserte, octobre n’est pas la saison de l’arrivage touristique.

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En poussant la porte qui couine, les filles aperçoivent un vieux monsieur rivé au bar qui fixe l’image parasitée d’une télévisionv ancestrale. Leur entrée précipitée par la faim et le froid ne lui fait même pas tourner la tête. Mais un homme plus grand sort du bar, les accueille surpris, voyant qu’elles claquent des dents, leur propose immédiatement une place près de la cheminée.

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La chaleur de l’âtre et l’ambiance douce de la petite salle allège immédiatement la fatigue du voyage.

— Vous êtes de passage ? Demande l’homme avant de leur proposer quoi que soit.

— Non on visite la région, nous allons à St Etienne de Lugdares, répondit Fanny ravie que quelqu’un lui fasse enfin la conversation.

Isa surprend un battement rapide de cils chez le patron, un étonnement ou une vague contrariété peut être.

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L’homme doit avoir la quarantaine, il arbore un bouc bien taillé, une casquette vissée sur la tête qu’il rajuste en regardant poliment Fanny. Son teint bien mat laisse supposer qu’il ne reste pas toute l’année derrière son bar et Isa le devine plutôt sportif, sa chemise cintre une musculature entretenue.

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— Ah, fit-il, vous avez mal choisi la période, le temps est plutôt maussade en ce moment, il faudra être prudentes lors de vos promenades. Bon, mesdemoiselles, tout ce que je peux vous proposer c’est la spécialité d’ici, de la Maouche et tarte aux noix, ça vous convient ?

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— Allons-y pour la spécialité merci, répond Isa en devançant Fanny qui commençait à réfléchir et à entrouvrir la bouche pour demander ce qu’était la Maouche. Dès que l’homme tourne les talons, Fanny s’offusque :

— Mais enfin Isa, tu aurais pu demander ce que c’était ? Et puis arrête de choisir pour moi, je ne suis pas ton enfant ! grince Fanny.

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Cette manie d’être considérée comme quelqu’un de vulnérable l’exaspère. Il faut toujours qu’Isa donne des directives, tranche, veille c’est plus fort qu’elle. Depuis qu’elles se connaissent, Isa ne peut s’empêcher de se comporter comme une mère poule. Parfois certaines personnes induisent en vous un comportement dont on se passerait bien et où la logique est absente.

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Isa marmonne un « excuse » pas très convaincant et regarde étonnée le vieil homme du bar s’approcher de la table. Il ressemble fort au patron en plus tassé, son visage buriné respire la santé. Sans demander la permission, il s’accorde le droit de s’assoir près de Fanny avec un grand sourire et des yeux luisants d’espièglerie.

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— La Maouche c’est de la panse de porc où l’on fait cuire de la viande et des légumes, c’est très bon vous verrez ! Alors jeunes demoiselles, comme ça vous allez à St Etienne ? Demande le vieux d’une voix douce.

Fanny lui rend son sourire et hoche la tête, les vieux lui ont toujours inspirés que de la bienveillance. Isa la traite de « naïve » intérieurement, elle est un véritable aimant cette fille, voilà pourquoi elle s’inquiète sans cesse.

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— N’allez pas faire de la randonnée en ce moment hein ? La neige est annoncée et les chemins seraient dangereux, vous pourriez vous perdre, reprend le vieux.

— Non, nous avons été invités à une soirée, pour Halloween, nous sommes étudiantes à Toulouse, je peux vous offrir à boire ? Propose Fanny.

« C’est ça, dis-lui aussi ton adresse, ton numéro de téléphone et donne-lui ta carte bleue tant que tu y es » pense Isa qui s’empourpre de rage.

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— Vous êtes bien gentilles, non merci. Halloween, oui je connais mais je ne pratique pas. Bon alors tout va bien, vous allez rester à l’intérieur avec ce froid.

Le patron arrive chargé de deux belles assiettes fumantes :

— Papa, s’il te plait, laisse ces demoiselles tranquilles. Le vieux se lève doucement et retourne au bar. Hé voilà la Maouche, bon appétit, fait l’homme en déposant le tout sur la table.

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Une belle tranche bariolée de viande et de légumes vert accompagne quelques pommes de terre à l’eau. L’odeur est exquise et les filles se jettent dessus sans un regard l’une pour l’autre.

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Dehors la pluie cesse et un vent froid se lève en faisant siffler les vieilles pierres des maisons. Le repas terminé, les filles regagnent la petite Twingo. Dans leurs dos, le vieil homme et son fils les suivent des yeux, ils se sont rapprochés de la fenêtre pour mieux les voir.

— Suis-les, ne les lâche pas d’une semelle, ça recommence, fait le vieux en reniflant. Le fils acquiesce.  

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