Chapitre 6

Une minute de lecture

 Mon café est toujours aussi fort. Mais, comme à mon habitude, je le bois quand même. Ce matin, je me suis permis d’acheter des viennoiseries. Elles sont assez chères, mais bonnes. Si l’on ne peut jamais se faire plaisir… Surtout que ce sont les meilleures que j’ai pu manger jusque là ! Et j’avoue que la serveuse a tenté de me faire les yeux doux pour me les vendre, et je suis littéralement tombé dans le panneau.

 Foutues lèvres.

 J’ai continué en récupérant le journal, à l’entrée, gratuit, si on ne l’emmène pas avec nous et qu’il reste dans ce café. Je veille à le déplier, sans toucher ma tasse pour éviter qu’elle ne se renverse, même si je porte une chemise bleu foncé, aujourd’hui. Mais cela n’empêche pas que mon café soit brûlant et je ne préfère pas imaginer la douloureuse sensation que va me procurer ce liquide noir sur mon ventre et mes cuisses…

 En le dépliant, je pense que mon teint devient livide. Mon corps cesse de bouger, et mes yeux lisent l’article à la une un peu trop rapidement. Mon cœur ralentit, et j’ai incroyablement chaud. L’article, ainsi que la photo qui l’accompagne me rends coupable. Je me sens coupable…

« Aujourd’hui, nous pouvons dire que le livreur a encore, et toujours, frappé. Mais, cette fois, il a changé de façon de procéder.

Lyna Heiler, 28 ans, énième victime du tueur en série, est décédée suite a une asphyxie, après avoir reçu, quelques semaines auparavant, un bouquet de roses, anonyme, sans aucune lettre manuscrite derrière lui. Sur la scène de crime, on aurait retrouvé un bout de papier dans la main de la victime, contenant le mot « Menteuse », écrit à la main. La police est sur le coup[...] »

 Je suis coupable.

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Rose colla un baiser humide sur le front de Valentin . Valentin , c'était son fils , et il venait de se faire opérer . Son coeur battait à tout rompre et ses mains étaient moites . L'homme pousse un long soupir de soulagement qui se transforme en plainte rauque . Enfin , il était sauvé ! Il n'avait plus à s'inquiéter , à passer des nuits entières à se ronger les sangs en pensant à l'opération , à ne plus fermer l'oeil de la nuit, angoissant à cause de sa maladie , de la Maladie avec un grand M , la terrible , celle qui peut l'emporter contre la vie .
le bonheur , la joie d'être encore en vie le submergea . Valentin remercia Dieu d'être en bonne santé . Il se sentait heureux , tellement heureux , bien trop heureux . Il eût l'impression que c'était bien trop de contentement pour un seul homme . Enfin , il allait bientôt pouvoir profiter de la vie . Enfin , il pourra à nouveau courir comme une flèche dans les champs , sentir l'herbe verdoyande lui chattouiller les pieds ! Enfin , il allait à nouveau pouvoir alligner des lettres , former des phrases , coucher avec amour ses idées sur le papier ! L'inconvénient de son hospitalisation le plus difficile à supporter était sans l'ombre d'un doute son incapacité à écrire , alors qu'il ne lui restait plus qu'un chapitre à écrire pour achever son roman "Cupidon" . Cela avait été plus difficile encore que de passer des heures à contempler de son regard vague et perdu les murs nus , si blancs , si vides , qui semblaient ployer sous le poids du chagrin qu'ils abritaient . Cela avait été plus difficile encore que de n'écouter à la radio que les clips ennuyeux d'une petite chanteuse dont le docteur semblait être un admirateur .
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Les deux billes d'azur du vieil homme scrutaient ces quelques mots inscrits sur un papier usé ayant été mainte et mainte fois repliée. De petites perles d'eau salées dégoulinaient sur sa peau ridée, face à lui l'eau d'un ruisseau suivait paisiblement sont cours en émettant de léger bruissements.
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Le souffle court, l'homme s'approche de ce lieu qui fut autrefois sa demeure et en un instant les souvenirs de cette belle maison de campagne se matérialisèrent dans son esprit et brique par brique remplirent le terrain vague. En un battement de cils, les premières pièces apparurent. Ce fut d'abord le salon et sa cheminée en pierre qui prirent forme. Il sentit presque les flammes rougeoyantes et leur douce chaleur grignotée le bois sec en crépitant, suivis de la chambre au grand lit en fer forgé qui a vu naître leur amour et les premiers mots doux échangés sur l'oreiller. Ce fut ensuite l'image de sa femme assise, se balençant sur le vieux pneu noué à la plus haute branche d'un chêne. Les images devinrent plus précise, il put à nouveau admirer le visage angélique de sa femme lui offrant son plus beau sourire. S'était comme dans un rêve. Il put admirer sa chevelure rousse virevoltant dans le vent, ses taches de rousseur lui couvrant la partie gauche du visage, le genre de détail qui pesa dans la balance et fit chavirer son cœur.
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Est ce un signe, une évidence à observer ? Nul ne le sait.
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