Chapitre 2

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 La jeune femme est assise sur une chaise noire, rembourrée de mousse.

 L’assise a l’air, vue de loin, plutôt confortable. Mais après chaque heure de consultation que passent mes clients, écrasant la douceur du rembourrage, je remarque leurs gigotements d’inconfort. J’imagine que leurs confidences les poussent à se sentir mal à l’aise et sont une cause de ces gestes. Mais en réalité, elle n’est pas faite pour y rester trop longtemps. Et, voyez-vous, cette chaise a connu beaucoup d’hommes, de femmes, d’adolescents, de personnes âgées, tous aussi tourmentés les uns que les autres.

 L’autre problème qui, en général, dérange ceux qui viennent ici, est le fait que cette chaise est le modèle typique que l’on retrouve dans la plupart des salles d’attentes de n’importe quel bâtiment médical, que ce soit un dentiste, un kinésithérapeute, ou un hôpital. Comment voulez-vous que le client ne prenne pas peur de s’asseoir devant un psychologue, sur le symbole de l’assise médicale ?

 Tout ça, je le sais. Et je pense ne pas être le seul. Mais je ne peux rien y faire. Je suis psychologue et, malheureusement, je ne travaille pas pour moi. Mon initiative a pu être possible grâce au lancement de Psychal, groupe spécialisé dans la psychologie, qui souhaite absolument avoir une identité visuelle, et cette chaise en fait partie. Elle fait partie du contrat et si je change cette chaise, je perds ma place.

 On dit que tout psychologue qui se respecte, cherche dans le dialogue de son , à travers ses yeux, les clés qui lui permettront de dépasser ses tourments. Mais il se trouve que moi, quand un client décide de ne pas parler, je dévie mes pensées sur des absurdités, tel que cette chaise.

 Et la jeune femme, assise en face de moi, est enfoncée contre le dossier, immobile depuis quelques minutes, et a choisi de porter son attention derrière moi, sur une pâle copie imprimée de Munch. Cela aussi, je suis obligé de l’avoir car selon Psychal, l’art stimule, et fait parler.

 Certes, je ne suis pas un bon psychologue. Dans le sens où la communication directe me pose problème. En revanche, je sais que j’ai la capacité d’effectuer des analyses poussées, si je le veux. Mais là, tout de suite, ces analyses ne se portent pas sur l’objet de mon salaire.

 Je finis par relire une énième fois le faible dossier d’inscription de la jeune femme qui, apparemment, s’appelle Lyna Heiler. Elle a 28 ans, et vit avec son compagnon, Stan Jalbert. Ils ne sont pas encore mariés. Pour l’instant.

 Alors que les minutes filent, mon portable sonne pour m’annoncer que la consultation est terminée, et la jeune femme récupère délicatement son sac, sans me jeter un seul regard, et part de la pièce, en laissant la porte ouverte.

 Cette heure s’est avérée inutile, et mon salaire ne fait que diminuer, au fur et à mesure que mes clients entrent et sortent de ce cabinet.

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