Ch15. La réception

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Lorsque les invités arrivèrent, Naola et Kímon s’étaient plus ou moins synchronisés. Après quelques commandes, la serveuse oublia la présence du serviteur. Il lui évitait de courir dans tous les sens et anticipait le moindre de ses besoins.

Il fallut presque une heure à la jeune femme pour comprendre le type de fête à laquelle elle participait.

Une assemblée d’une quarantaine de sorciers et sorcières, tous très élégants et souriants, s’était constituée progressivement, dispersée entre l’espace réception et l’espace-bar. Ils discutaient dans une ambiance bonne enfant, teintée d’éclats de rire, l’ensemble sur fond d’une mélodie aérienne que dispensait un quintette de musicomages. Une caricature de dîner mondain comme Naola se les était toujours imaginés et tels qu’on les racontait dans les mnémoniques.

Si une grande tablée avait été dressée au centre de la pièce, personne n’y avait encore pris place, les convives préférant traîner autour d’un impressionnant buffet de petit four. Les amuse-bouches, enchantés de sortilèges de lévitation, se promenaient à travers la foule, en formations qui dessinaient des motifs en trois dimensions. Les verrines s’agençaient en colonnades alors que les feuilletés composaient de véritables bancs qui, comme les poissons, naviguaient ensemble dans l’espace.

Dès que Naola terminait un verre, il allait tout naturellement se joindre au ballet du vin d’honneur et gagnait de lui-même la main de son commanditaire. La jeune fille, prise dans le flux des commandes, mit du temps avant de se rendre compte de la tension ambiante. Plus palpable à mesure que l’heure avançait, elle devint omniprésente au moment où toute l’assemblée fit silence. La barmaid, pas mécontente de cette pose, supposa qu’ils attendaient quelque chose. Il était presque vingt heures.

À vingt heures et deux minutes, Leuthar apparut au milieu de la pièce, à son bras une femme au visage doux, encadré implacable boucles noires. Quelques rides au coin de ses yeux et de sa bouche trahissaient ses soixante années révolues.

Son regard bleu pâle pétilla de plaisir lorsque l’homme, tout sourire, s’inclina vers elle dans un baise-main très courtois. Leuthar se redressa et leva les deux mains vers l’assistance, en signe de victoire.

« Mes amis, je vous présente Pétra Perm. Notre Présidente, pour neuf nouvelles années ! »

S’en suivit un tonnerre d’applaudissements ponctués de bravos. La vieille femme, rayonnante, répondit avec chaleur à tous ceux qui tirent à lui serrer la main. Leuthar, lui, discutait déjà avec d’autres, détendu. Et pour cause, il était chez lui, en bonne compagnie, et il venait de remporter une importante victoire politique.

Naola quant à elle, avait reculé jusqu’à sentir le mur à l’arrière du bar contre son dos. Livide, elle avait du mal à respirer tant la panique lui serrait la gorge. Leuthar, sa pensée s’était bloquée dès qu’elle l’avait vu apparaître. Leuthar, en vainqueur, debout au milieu d’une foule de Vestes Grises en habits de gala. Voilà l’endroit où elle avait mis les pieds.

« Un Daiquiri »

La barmaid sursauta et porta son regard vers l’homme qui venait de formuler sa commande. Qui pouvait-il bien être ? Était-ce une Veste Grise ? Était-ce un assassin ? Elle resta bêtement à le dévisager, jusqu’à ce qu’il répète en haussant légèrement la voix :

« J’ai dit : un Daiquiri. Et vite, on ne va pas tarder à passer à table !

— Je… Oui, tout de suite, excusez-moi », répondit Naola par automatisme.

Le cocktail fut servi tout aussi automatiquement, ainsi que les suivants. La jeune femme se laissa assommer par les commandes et s’y abîma pour ne surtout penser à rien. Mais les convives s’installèrent pour manger et l’activité du bar retomba, Naola, bien malgré elle, disposa de tout loisir de méditer sur la situation. Leuthar présidait l’assemblée, Pétra Perm assise à sa gauche. On doit pouvoir résumer toute la Fédération dans ce plan de table, songea la sorcière en se passant les deux mains sur le visage pour tenter se réactiver ses capacités cérébrales.

« Ça ne va pas, mademoiselle ? »

Naola sursauta. Elle avait totalement oublié Kímon qui, inquiet, lui tendait un verre d’eau. Elle le remercia d’un pauvre sourire.

« Je ne savais pas… » bafouilla-t-elle.

Elle rougit. Elle se trouvait tellement idiote de ne pas s’être renseignée avant.

« J’aurais préféré qu’on ait rien à fêter, ce soir, répondit l’enfant d’un air sombre.

— Ouais. Moi aussi », souffla Naola à mi-voix.

Elle se raisonna néanmoins. Elle avait cessé ses activités auprès de la communauté mécamage depuis la rentrée. Dans l’immédiat, elle ne craignait rien, ni de l’Ordre, ni des convives, ni de Leuthar. En revanche quitter l’endroit sur-le-champ l’exposerait aux foudres de la Vieille Naine, dont le bras s’avérait encore plus long qu’elle ne l’avait imaginé. Tout répugnant qu’apparaisse le personnage, elle n’avait aucun intérêt à s’en faire une ennemie. Naola se résigna donc à mener sa prestation à son terme. Après tout elle servait bien des consommations à des vampires meurtriers tous les soirs. Des Vestes Grises, ça ne la changerait pas tant que ça, se persuada-t-elle. Elle enclencha le mode automatique, se colla un sourire poli sur le visage et assura sa prestation lorsque, le repas avalé, les membres de l’Ordre achevèrent la fête dans le salon du bar.

Leuthar lui-même, alors que la nuit avançait et que la soirée touchait à sa fin, vint commander un verre au comptoir. Elle le servit à gestes légèrement tremblants. Au bref sourire de remerciement qu’il lui adressa, elle comprit qu’il l’avait identifiée. À son grand soulagement, il retourna auprès de ses interlocuteurs du moment sans se préoccuper d’elle. Il s’éclipsa dans les premiers et le départ de la Présidente, une demi-heure plus tard, sonna la fin de la réception. La salle se vida peu à peu si bien que vers trois heures du matin Naola, épuisée, avait nettoyé et rangé son espace de travail.

« Merci », dit-elle à Kímon avant de prendre la direction des vestiaires.

Le jeune webster ne lui adressa qu’un sourire timide en réponse. Ses tâches terminées, il attendait, au garde-à-vous, à côté du comptoir. Maestro allait venir le récupérer, lui avait-il assuré lorsqu’elle lui avait demandé comment il rentrait chez lui. Ça ne lui disait pas où se trouvait «chez lui », mais à la réflexion, elle ne s’était jamais vraiment posé la question. Où habitaient les websters ? Chez leurs propriétaires, supposa-t-elle, arrivée en bas de l’escalier qui descendait au vestiaire.

« Alors là… j’ai pas rêvé… T’es la gamine chez qui on a tué Glaadirun ? » fit quelqu’un, derrière elle.

Son sang se glaça lorsque l’homme sortit de l’ombre. Sans sa Veste Grise, elle n’aurait pas su le reconnaître, mais le timbre de sa voix raviva les souvenirs de la mort du policier. La prochaine fois que je te croiserai, gamine, tu vas salement regretter de m’avoir mordu. Fais gaffe à toi.

Naola tourna les talons et prit la fuite.

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