Ch14. Le grand

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Naola resta interdite plusieurs secondes, complètement prise au dépourvu par la remarque. Sans réponse, l’homme força un sourire et réitéra sa requête avec une politesse contrainte…

« Le webster. Y doit bosser, sinon ça va mal aller pour lui.

— Je… »

La jeune fille rougit violemment et piqua du nez vers son ouvrage. Elle vida sans réfléchir le début de sa préparation dans l’évier, pour s’occuper les mains.

« J’ai jamais travaillé avec un webster. Je sais pas comment m’y prendre », avoua-t-elle enfin en relevant les yeux vers le mécamage.

Il lui adressa un grand sourire, plein de franchise et de confiance. Elle se sentit bête d’avoir réagi aussi vivement et de rougir comme une demeurée. Ça va, ça peut arriver de ne pas savoir un truc, grogna-t-elle en elle-même.

« Y’a pas à vous en faire. J’le connais bien. Il est très bon, il s’adaptera.

— Mais je ne vois même pas comment lui parler !

— Est-ce que tu peux me laver ce verre ?

— Pardon ?

— C’était un exemple. T’as pas besoin d’être si polie avec lui. Mais la politesse, ça fait jamais de mal », conclut le jeune homme.

Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, puis reporta son attention. Naola suivit son regard et s’accrocha à celui d’un colosse à la mine peu avenant, immobile dans un coin de la salle de réception. Le gaillard tenait plus du métallique que de l’organique tant son corps comportait de mecartifices. Il adressa un bref et cordial signe de tête à la jeune fille qui baissa précipitamment les yeux. Elle l’avait dévisagé durant quelques secondes. Elle reporta enfin son attention sur le méca qui conclut, avec un sourire d’excuse :

« Faut que j’retourne à ma ronde. Utilise-le. Même pour toi c’est mieux. Ça va être de la folie ce soir. Toute seule, ça va être coton. »

Et, sans attendre de réponses, il tourna les talons et s’éloigna d’un pas rapide. Naola mit peu de temps à se décider. Elle sortit le gamin de son placard et le toisa de haut en bas, songeuse. La tête basse, il patientait stoïquement. Il lui donnait l’impression de s’effacer sous son regard.

C’était probablement le comportement adéquat pour un être de sa condition, mais la jeune fille s’en sentait mal à l’aise. Les websters, seuls les sorciers les plus fortunés avaient les moyens d’en disposer. Aussi zélé que soit le serviteur, il demandait un entretien régulier et nécessitait de dépenser de grandes quantités de magie pour alimenter ses artifices. On en croisait peu dans sa lointaine banlieue. Il y en avait quelques un à l’école, mais ils se montraient si discrets qu’elle n’aurait pas su les décrire.

Enfin, Naola repensa à Harlem, l’émancipé mort dans les émeutes de l’été. Elle retrouvait des similarités dans l’attitude effacée du gamin… mais Harlem brûlait d’un feu de vivre qui semblait éteinds chez cet enfant. Le renvoyer dans son placard aurait été une bonne solution pour chasser le malaise qu’il lui inspirait.

« C’est quoi ton nom ? demanda-t-elle au bout d’un moment.

— Kímon.

— Ok, Kímon. On a moins de deux heures pour apprendre à travailler ensemble. »

Le premier essai frôla la catastrophe. La jeune fille cherchait en permanence à savoir où se trouvait le webster et ce qu’il faisait. Elle avait le plus grand mal à se concentrer sur sa préparation, pourtant de celles qu’elle maîtrisait le mieux. Il courrait pour lui mettre tous les ingrédients à disposition, si bien qu’elle cherchait en vain ses bouteilles dans la réserve. L’exercice chaotique s’acheva brutalement lorsque Naola, trop pressée, se retourna et percuta le webster. Déséquilibrée, elle tenta de se rattraper à n’importe quoi, y compris un magnum qui termina sa course en explosant sur le sol.

« Bouse de pandricorne ! » jura la sorcière en s’agenouillant.

L’enfant se pencha en même temps qu’elle et leurs fronts se heurtèrent.

« Ouch… grognèrent-ils, de concert.

— Laisse-moi faire », ordonna Naola en se frottant le crâne.

Il n’aurait affiché une expression plus désemparée si elle l’avait giflé. Il se tortillait les mains et elle crut qu’il allait se mettre à pleurer. Elle lui sourit, rassurante, puis sortit son concentrateur et, après un bref regard autour d’elle, lança un sortilège temporel sur les débris de la bouteille. L’alcool et son contenant se recomposèrent sous les yeux ronds du jeune garçon.

« Voilà. Comme ça ni toi ni moi on aura de problème, conclut la sorcière, brandissant la fiasque comme si rien ne s’était passé.

— Il faut que vous me laissiez faire, mademoiselle, souffla le webster, très bas et très rapidement. Je vous apporte tout, je nettoie tout. Vous préparez juste. Je connais les recettes, il vous suffit de dire le nom, et je sais ce dont vous avez besoin. Quand vous avez besoin. Laissez-moi faire… »

Il avait rougi à mesure qu’il parlait et semblait plus encore sur le point de fondre en larmes. Naola soupira et hocha la tête, dubitative.

« Ok, on va essayer. »

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