Ch12. Maestro

3 minutes de lecture

À l’étage, Naola déboucha sur la salle de réception. Pour l’heure, le dôme, voûté de verre et d’acier, grouillait d’hommes et de femmes qui s’affairaient dans tous les sens. Les commis, en costume gris d’aussi bonne facture que l’uniforme de la jeune fille, dressaient une longue table d’une cinquantaine de personnes, au centre de l’espace. L’ambiance tirait vers l’intimiste. Tout s’accordait dans les tons bois, fonte et métallique, presque bleu : du parquet ciré recouvert de grands tapis anthracite, aux poutres arquées, noires mattes, qui soutenaient une impressionnante verrière.

Mais plus que par la pièce, la jeune sorcière resta figée par le panorama. Les toits de Stuttgart s’étiraient, à perte de vue. Ses toits, mais sous un angle qu’elle n’avait encore jamais observé. Les Halles Basses étaient excentrées par rapport à ce bâtiment. Quand elle montait sur le Pub, elle voyait la bordure de la ville, et quelques brins de campagne, en bout d’horizon. Elle devait se trouver très proche du cœur de la Capitale, car toutes les rues, toutes les lignes tracées par l’urbanisme semblaient converger vers eux.

« Qu’est-ce que tu fais là toi ? » aboya une voix, à quelques mètres d’elle.

L’homme, très large d’épaules et très grand marcha vers elle d’un pas vif. Ses cheveux blonds, presque blancs, son visage taillé en angles, affûté de pommettes saillantes et ses yeux bleus pales lui conféraient un air menaçant. Naola recula contre la porte.

« Je… je cherche Maestro. Je viens pour… pour les cocktails, articula-t-elle d’une petite voix.

— C’est toi qu’on a recruté pour le bar ? reformula le colosse, et il tonna, alors qu’elle confirmait d’un signe de tête hésitant : Merlin, mais c’est une blague ! Tu as quel âge ?

— Seize… commença à répondre la jeune fille, mais l’homme ne l’écoutait pas.

— Comme si j’avais que ça à faire de gérer une gamine ! s’exclama-t-il sans la moindre considération pour la gamine en question qui se tassa un peu plus contre le mur. Elle va m’entendre cette vieille folle ! Je ne fais pas garderie moi ! Bon toi, hé, oh, regardes moi ! »

Naola releva la tête vers l’homme qui la pointa d’un doigt accusateur. Bien qu’elle ne comprenne pas bien de quoi il pouvait bien l’accuser.

« Tu te tiens tranquille, tu ne bouges pas, tu ne te mélanges pas au personnel, tu ne parles à personne. Bref, tu mouftes pas . Je vais aller dire deux mots à la Naine ! »

Et il tourna les talons, plantant là la jeune fille qui, le rouge aux joues et les yeux au sol, sentait les regards de toute la foule alertée par l’esclandre peser sur elle. Elle croisa les bras pour se donner un peu de contenance, les dents serrées.

Le blond patibulaire revint une longue dizaine de minutes plus tard. Naola, désœuvrée et mal à l’aise, les avait passés à observer l’assemblée s’affairer. Loin d’être désordonné, le fourmillement du personnel tenait presque du ballet. Travaillaient là des sorciers, des enchanteurs-décorateurs, un mage cuisinier et une quinzaine de serveurs et de serveuses, ainsi qu’à peu près le double de webster. Les créatures évoluaient discrètement, secondaient les opérants dans leurs tâches, réagissant au moindre ordre. En bordure de salle, Naola nota également la présence d’une dizaine de mécamages armés, probablement là pour assurer la sécurité des préparatifs, puis, sans doute, celle de la réception.

« Bon. J’n’ai pas l’air d’avoir le choix donc tu vas me tenir le bar ce soir, lâcha l’homme avec une mauvaise grâce royale. Amène-toi. »

Il la guida à travers la pièce et conduisit jusqu’à un large comptoir tout de boiseries sculptées et de marbre gris. Le bar trônait derrière un petit salon de banquettes aux généreux coussins et de tables basses polies aux angles arrondis. L’ensemble nichait dans un renfoncement qui s’élevait d’une dizaine de marches au-dessus de la salle de réception. Somptueux, songea la jeune fille, intimidée et impressionnée.

« T’as un webster à disposition. Un petit, pour que la clientèle ne le voit pas, reprit Maestro, toujours aussi mal-aimable. T’as déjà bossé avec un webster au moins ?

— Heu, oui, bien sûr », mentit Naola, par réflexe.

L’autre n’eut de toute façon pas l’air d’entendre sa réponse. Il contourna le zinc dont il désigna l’arrière d’un doigt impératif.

« Je veux pas te voir quitter ce bout de plancher de la soirée. Tu considères que c’est le seul espace où tu as le droit de circuler.

— Mais… et le service ?

— Le service, tu le laisses aux gens dont c’est le métier. Toi, on te paie pour faire des cocktails, alors tout ce que t’as à faire c’est tes putains de cocktails. Pas moins. Et, surtout, surtout, pas plus. Compris ? »

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Rathvry
Angéline et Sébastien s'aiment depuis maintenant plusieurs années et vivent cette passion par l'intermédiaire de facebook. Néanmoins, Angéline semble avoir des doutes...
Comment Sébastien va-t-il faire face à l'affliction qui semble la saisir ?
1
1
0
3
Denis Boclaci


Une journée de plus dans le froid a survivre du mieux que je peux. J’ai vécus le début des enfers, j’ai eu énormément de chance d’êtres encore en vie. Mais il est vrai que la vie d’avant me manque. Je sais pas a quoi me servira ce journal mais j’ai besoin de soulagés ma conscience.
Je voyage seul depuis longtemps, enfin je devrai plutôt dire depuis le début. Cette ère glacier était arriver si rapidement que personne n’étais prêt a ça. Les infos nous donnèrent très peu de détaille la seul choses qui étais en commun, c’était que même les scientifique ne savait pas comment cela était arriver, c’était il y a presque 10 ans. Aujourd’hui la vie glaciale n’est pas simple tout les jours. Tu dois te demander « Mais comment a-t-il fait pour survivre aussi longtemps ? », c’est simple, la chasse et l’espoir. La chasse pour vivre, l’espoir pour survivre.
J'ai oublier de me présenter, je m'appelle ....... et je veux revoir le monde d'avant.
J'écris ces ligne a la lueur des derniers rayons de soleil, près de mon feu mourant comme l'immeuble effondré dans lequel je suis. La nourriture commence a manquer, je dois repartir chasser. tant de chose a faire, mais je les laisse pour demain.
0
0
0
1
Défi
zangor


Ce film n’en finit plus. Marie n’arrête pas de se tortiller sur son siège et de souffler. D’ailleurs on doit pas être les seuls à s’ennuyer, voilà plusieurs couples qui quittent la salle. Curieux pour un film qui cartonne au box office. Ca m’apprendra à croire les critiques.
Tiens, mon Iphone qui buzze. A cette heure ci ? J’aurais dû le couper. Mais qui peut m’envoyer un SMS à 23 heures.
« papa t où ? »
« Cinema pourquoi ? Tu fêtes anniversaire avec ton frère ?»
« T au courant pour l’attentat au Bataclan ? »
« Non 2 heures que je me fais suer sur ce James Bond. Où est ton frère ? «
« Au Bataclan. »
1
1
0
0

Vous aimez lire cestdoncvrai ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0