Ch10. Victoire

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Naola s’extirpa du sommeil comme on gravit une dune de sable. Elle ouvrit les yeux, épuisée.

Il faisait sombre dans la pièce et elle se demanda où elle pouvait bien se trouver. En tentant de se redresser, elle sentit un élancement sourd au niveau de son cou et y porta sa main. Une compresse, collée contre sa gorge, aidait la plaie à cicatriser, mais gênait ses mouvements.

La soirée, le transfert, la tisane, le baiser et les crocs de Charm lui revinrent d’un bloc.

« Quelle salope », grogna-t-elle en se laissant retomber sur le dos, nauséeuse.

Le sable s’égrena sous ses pieds et elle dégringola dans le sommeil. Elle n’en émergea que des heures plus tard. Il faisait grand jour et la maison embaumait d’une odeur d’œufs brouillés et de café. Le café sent toujours le café, même quand c’est de l’ersatz, songea la sorcière, encore en prise avec les monts sablonneux de sa fatigue.

« Victoire aurait pu te proposer la chambre d’ami, quand même », fit une voix masculine, au-dessus d’elle.

Naola sursauta et se redressa. Le monde tangua autour d’elle, lui rappelant que sa tension aurait pu être plus optimum si elle s’était démerdée pour garder son sang dans son corps. L’homme posa très vite son plateau de petit déjeuné sur la table basse et rattrapa la jeune fille alors qu’elle manquait de chuter lamentablement du canapé.

« Ça ne va pas ? demanda-t-il d’un ton inquiet.

— Je… j’ai juste la tête qui tourne, répondit Naola en se dégageant d’un geste sec.

— Je t’ai préparé le petit déjeuné, ça ira mieux quand tu auras mangé… » conclut-il en prenant place en face d’elle.

Naola l’observa à la dérobée. Maigre, son visage creux faisait ressortir des yeux sombres maquillés de cernes. Il nageait dans des vêtements simples, plus propres que le bonhomme en lui même. Une chemise, un pantalon et un pull en laine rouge, usé au col et aux coudes. Ses cheveux, longs et noirs, se perdaient dans une écharpe grise qui tombait de chaque côté de son cou.

Naola fronça les sourcils et l’étrange personnage lui répondit par un sourire que l’alternance entre dents absentes et présentes rendait dérangeant. La jeune fille aurait difficilement pu évaluer l’âge de cet humain, mais il devait dépasser la quarantaine. Et à en juger par le spectacle miséreux qu’il offrait, il n’en vivrait pas beaucoup plus.

« Tu ne manges pas ? questionna-t-il, désignant l’assiette fumante du menton.

— Si, si, pardon, je… qui êtes-vous ? »

Naola se pencha pour attraper le petit déjeuner. Son corps approuva la manœuvre d’une vague de salive contre sa langue. Elle avait très faim. Elle s’attaqua à sa portion alors que l’homme répondait :

« Je suis le papa de Victoire, mais tu peux m’appeler Gaëtan.

— Victoire ? répéta l’adolescente après une bouchée trop vite avalée.

— Elle doit encore dormir là haut. C’est rare qu’elle se lève avant quatorze heures… Mais elle ne ramène jamais de copine à la maison non plus…

— Je… ça s’est improvisé comme ça… »

Victoire devait être Charm et ce malheureux humain qui se prenait pour son père, l’une de ses proies. Naola reposa sa fourchette et repoussa doucement son assiette vers le centre de la table. Cette hypothèse lui coupait l’appétit. Elle planta son regard dans les yeux ternes de l’homme, hésita, puis dit :

« Elle vous fait du mal, vous devriez partir d’ici, vous enfuir.

— Je ne comprends pas ce que tu veux dire, répondit l’humain après avoir froncé des sourcils fournis et perplexes.

— Votre fille, Victoire, elle vous fait du mal…

— Allons, vous êtes copines toutes les deux, tu dois savoir que c’est une enfant adorable, pleine de vie et très aimante »

Il paraissait plus agacé qu’alerté par les propos de la jeune fille. Naola resta la bouche entre-ouverte sans savoir quoi répondre. Charm entra à ce moment-là, l’air terriblement amusé. Elle avait de toute évidence entendu l’échange.

« Elle dit ça pour plaisanter, papa, t’inquiète pas », commenta-t-elle avec un sourire pointu à l’adresse de la sorcière.

Naola s’était levée, concentrateur au creux de sa paume, prête à se défendre contre la vampirette. Charm vint s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil et posa sa main sur la tête de son «père», qu’elle caressa du bout des doigts. L’homme ferma les yeux et leva le visage vers la rouquine qui se pencha pour l’embrasser, très sensuelle, mais sans aucune douceur. Naola, gênée, détourna le regard sans savoir comme réagir.

« Tu peux toujours essayer la magie. Dans une maison de vampire, ça ne fonctionnera pas, murmura Charm en relâchant les lèvres de l’humain. Et puis c’était sympa hier soir. Le prends pas comme ça.

— Tu m’as mordue ! s’exclama la jeune fille, sans baisser son arme.

— Oh allez, c’était presque rien. On a quand même passé une bonne soirée…

— Tu m’as obligée à t’embrasser !

— Je me souviens pas que ça t’ait déplu », rit franchement la vampire.

Le regard posé sur la sorcière, elle caressait distraitement les cheveux de l’homme, qui, les yeux clos, semblait au comble du bonheur.

« Écoutes, ok, j’ai peut-être un peu abusé. Mais… j’avais très envie de connaître ta saveur. Un bon goût, au passage. Belle lignée celtique . Le druide, même déprécié par plusieurs générations, ça reste excellent.

— Ta gueule ! s’écria Naola en écarquillant les yeux. Laisse-moi partir d’ici ! »

Charm cessa un instant de faire aller venir sa main sur la tête de son «‘père»» qui restait tout à fait imperméable à la discussion, comme absent. La petite vampire parut interloquée, puis elle rit. Ses canines découvertes luirent au rythme de son hilarité, sans que Naola ne parvienne à en détacher son regard.

« Mais je te retiens pas Nao ! Tu pensais quoi ? Que je t’ai enlevée et tout ? C’est toi qui nous as transféré ici… j’ai fait que t’héberger pour la nuit, moi. T’as qu’à considérer que c’était pas gratos, conclut-elle en passant sa main sur son propre cou pour désigner la compresse sur celui de l’adolescente. Je me fous pas de ta gueule, tu sais, mais hier, allongée comme t’étais à me montrer ton cou, j’ai pas résisté. Vas-y si tu veux rentrer. Mordret doit être calmé. »

Naola lui jeta un regard noir, ramassa ses quelques affaires et sortit de la petite maison en claquant la porte. Elle se transféra devant la porte de service du Mordret’s Pub et monta directement dans sa chambre. Elle maquilla la morsure hideuse qu’avait infligée la rouquine sur sa gorge, puis descendit. Honteuse de s’être fait balader de la sorte, elle ne parla pas de l’incident à son patron, qui l’accueillit par ailleurs avec une superbe indifférence.

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