Ch9. Soirée Pyjama

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L’idée eut l’air d’enchanter Charm. Elle frappa dans ses mains avec un petit rire enjoué et un sourire joyeux que sa dentition acérée rendait sinistre.

« Soirée-pyjama entre filles ! s’amusa-t-elle.

— Si ça te fait plaisir de penser ça… » soupira Naola, amusée malgré elle.

Voir un être de plus de sept cents ans s’enthousiasmer pour une soirée-pyjama… ça relevait de l’historique.

Charm refusa cependant de partir si tôt de Stuttgart. Arguant que priver Naola de la seule soirée libre de ses vacances aurait été criminel, elle entraîna la jeune fille dans les rues plus fréquentées des Halles. Elle lui fit découvrir le pendant bien famé de la ville. Naola réalisa qu’il était possible de sortir en bar sans croiser ni méca revêche ni créature en manque de sang. Elle comprit aussi pourquoi la vampire rousse mettait tant d’application à maintenir son personnage puéril. Elle se fondait dans la masse des jeunes sorciers venus fêter la nuit.

Vers deux heures du matin, elles s’extirpèrent d’un établissement qui proposait de danser dans un décor en carton-pâte censé rappeler une forêt tropicale. Naola titubait et riait, à moitié ivre.

« Merlin, ces cocktails sont dégueulasses, c’est honteux d’oser servir ça pour si cher… » pouffa-t-elle.

Elle posa le verre vide qu’elle avait sorti avec elle sur le rebord d’une fenêtre.

« Franchement, les gens ne viennent pas pour ça. Admets que c’est une autre ambiance que le Mordret’s Pub !

— Imagine si les gens se mettaient à danser dans la bibliothèque… La tête de Mordret ! » renchérit Naola.

Elle s’appuyait de tout son poids contre un mur qui devait assurément servir de stabilisateur stellaire, tant il lui semblait indispensable à ce que la terre cesse de tourner autour de la jeune fille.

« Terrible. Il raserait Stuttgart dans sa colère », rit Charm.

La vampirette croisait les bras et toisait Naola avec un brin d’ironie. Elle paraissait parfaitement sobre bien qu’elle ait ingurgité une quantité non négligeable d’alcool. Les vampires, plus encore que les sorciers, y étaient insensibles.

« Tu vas savoir nous transférer chez moi ?

— Oéé. Sans problème. »

Et problème il n’y eut pas. Naola parvint sans encombre à demander un transfert. En dix minutes, elles furent toutes les deux installées dans le salon d’une petite maison de brique, en bordure d’un village humain perdu au milieu de la campagne au sud de Stuttgart.

Charm, les jambes posées sur une table basse bancale, s’enfonçait dans un fauteuil au rembourrage défraîchi. Elle avait laissé le solide canapé en cuir à son invitée. Elles s’étaient servi une infusion à la réglisse, qu’elles sirotaient dans des tasses ébréchées alors que la sorcière détaillait la tanière de la vampire avec intérêt.

D’extérieur, du moins de ce qu’elle avait pu en voir, de nuit, le bâtiment paraissait sain. Mais l’intérieur tenait plus du squat que du lieu de résidence. Le mobilier, en général, se constituait d’un amas de bric et de broc dépareillé et plus ou moins fonctionnel. Naola se demandait si tous les antres étaient aussi mal entretenus… Bien sûr, l’état du repère n’avait rien en commun avec la bibliothèque de Mordret. Mais les parties privées du pub, dans lesquelles l’adolescente logeait, frôlaient la décrépitude de cette maison.

« Tu connais Mordret depuis quand ? demanda-t-elle, à la vampirette, par-dessus sa tasse fumante.

— Depuis toujours, répondit Charm avec un long soupir.

— C’est lui qui t’a transformée en vampire ? » questionna la jeune fille, prise d’une intuition soudaine.

Charm découvrit ses canines d’un sourire pointu et hocha négativement de la tête.

« Non. Celui à qui je dois l’immortalité, et les emmerdes qui vont avec, s’appelle Lord. Mais Mordret rôdait pas bien loin quand c’est arrivé. Je suis restée auprès de lui un bon moment, quand j’étais plus jeune. Il m’a appris les trucs de vampire.

— Mordret t’a appris les trucs de vampires ?

— Ouais. Savoir rester à sa place, respecter ses aînés, chasser, tuer, faire crier, se cacher, se battre… Il était pas comme ça avant.

— Comme ça ?

— Humaniste. »

Naola fronça les sourcils. Sa tasse vide reposait au sol, à côté d’elle. D’assise, au fil de la discussion, elle avait glissé à allonger sur le ventre, le menton contre sur son avant-bras, la tête tournée vers Charm.

« Je ne comprends pas ce que les humains viennent faire là dedans… » souffla-t-elle.

Elle se sentait soudain épuisée et elle se bougea sur le dos, les yeux fermés. Elle aurait pu s’endormir dans la minute, si la vampire ne lui avait pas répondu :

« Humain, sorcier, pour nous c’est la même chose, juste des variations dans le goût du sang. Sorcier, c’est plus énergétique, mais humain, ça a plus de saveur… Ça n’est pas le même plaisir à tuer aussi.

— Tu me fais peur à dire ça, souffla la sorcière, sans conviction. Mordret ne tue pas.

— Mordret ne tue plus, corrigea la créature. Ça n’est pas le but, te faire peur. »

Naola sursauta et rouvrit brusquement les yeux, car cette dernière phrase, Charm l’avait prononcée juste au-dessus d’elle, très proche.

« Qu’est-ce que tu…, commença la jeune fille en tentant de se dégager dans un éclair de panique.

— Chuuuut… ça va aller… » souffla la créature avec un sourire terrible.

Elle se pencha sur la sorcière et l’embrassa, avec une délicatesse extrême. Naola se débattit quelques secondes, coincée au fond du canapé, mais elle cessa de résister rapidement. Il l’intriguait, ce baiser de vampire, à cause de canines. Elle trouvait cela très agréable. Elle poussa un petit soupir enivré, lorsque la rouquine lâcha sa bouche.

« Je te mords », prévint Charm d’une voix délicieusement suave.

La fille hocha la tête et la laissa lui tourner le menton pour découvrir son cou. Elle cria faiblement, en sentant les crocs perforer sa gorge. Elle se crispa et resserra ses mains sur le bras de la créature. Elle ne se débattit pas. Elle ne demanda pas de transfert pour s’enfuir. Une partie de son cerveau, comme engourdie, lançait des signaux d’alerte qui s’empêtraient dans une mélasse cotonneuse. L’autre partie se vautrait dans des limbes aussi doux que le baiser qu’elles venaient d’échanger. Fuir… quel intérêt ?

Charm passait doucement ses doigts dans les cheveux de sa proie. Ça les apaisait toujours. Elle s’en délecta jusqu’à ce qu’elle perde connaissance.

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