Ch5. La rouquine

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En comparaison à cette première nuit, la pleine lune et les six jours suivants s’écoulèrent dans une routine que Naola se surprit à apprécier. Elle se levait en fin de matinée, s’habillait et déjeunait rapidement avant de rejoindre Mordret, dans la bibliothèque. Elle se pliait quelques heures aux exercices qu’il lui imposait et utilisait ce qui lui restait de temps pour lire, se laver et s’apprêter.

A regret, elle était passée au Boulon Plein, annoncer la fin de ses interventions. Elle avait eu la surprise de trouver l’établissement presque vide. Héris, à demi mots et très sèchement, lui avait expliqué qu’une grande partie de ses anciens patients avaient été enrôlés par l’Ordre pour une mission, à l’Ouest de la Fédération.

Leuthar avait décidément de bien étranges façons de se préoccuper du sort des mécartificés. Suivant les conseil de son vieux vampire de patron, Naola n’avait pas cherché à en savoir plus, ce qui semblait être la chose la plus raisonnable à faire, pour sa propre sécurité.

Naola ouvrait le bar à partir de dix-sept heures trente, une heure à laquelle certains sorciers pouvaient encore se perdre dans les Halles Basses.

La clientèle, en fin de journée, était plutôt rare, si on la comparait aux grandes affluences de nuits de pleine lune, mais elle existait. À la vérité, Naola trouvait déjà surprenant que, une fois les rideaux écartés et malgré sa réputation déplorable, l’établissement attire un peu de monde. Il y avait, à la Capitale, des mages assez aventureux pour s’installer au zinc et éprouver le délicieux frisson de se savoir tout proche d’une antre de vampire. Les cocktails aux couleurs rouges se vendaient excessivement bien.

Si cette nouvelle politique ne plaisait pas particulièrement aux habitués, Mordret, lui, ne manifestait aucun désaccord. Ce qui, pour l’impassible créature, valait un vif assentiment. Peut-être considérait-il, comme Naola, que le brassage des populations ne pouvait que leur être bénéfique.

« À cause de toi, on est envahis par les mages. On avait la paix, avant, gronda bien fort la petite rouquine attablée au comptoir.

— Qu’est-ce que tu en sais, Charm, tu ne te montres jamais avant 23 heures et tu ne croises jamais de sorciers ici, répondit la jeune barmaid en lui servant l’ersatz de café qu’elle avait commandé.

— Encore heureux que j’en croise pas. Qu’est-ce qu’une gamine comme moi viendrait foutre ici ? Ça paraîtrait suspect, ils se poseraient des questions et c’en serait fini de ma couverture. Et ce serait ta faute, sorcière », argua la vampirette.

Les deux coudes posés sur le comptoir elle pointait un index accusateur vers la jeune fille qui lui répondit d’un rire franc. L’aube se levait, elle n’aspirait qu’à une chose : monter se coucher. La petite vampire avait passé la nuit là et ne semblait pas décidée à repartir.

« Charm, physiquement, on paraît le même âge. Les mecs qui viennent ici se posent plus de questions sur la maturité de la serveuse que sur celle des clients si tu veux mon avis.

— N’empêche, ça me ferait bien chier. T’as pas idée du temps et du soin que je mets dans cette couverture. »

Il fallait avouer que Charm passait pour une ado de seize ans et se comportait comme telle. Habillée de façon modeste – une salopette courte, en lin gris, portée au-dessus d’une chemise blanche toute simple – elle détonnait parmi les étoffes colorées qui composaient la mode sorcière. Elle ressemblait à une humaine. Ses longs cheveux cascadaient de feu autour de son visage parsemé de taches rousses. Ses lèvres rosées ressortaient sur sa peau pâle et dissimulaient de petites canines. Il émanait d’elle quelque chose d’envoûtant, de beaucoup trop sensuel pour son corps pas tout à fait formé.

Au début, Naola avait eu beaucoup de mal à l’aborder, mais la fille semblait absolument vouloir lier d’amitié avec elle. Une façon, sans doute, d’entretenir l’illusion de son jeune âgé.

Naola avait effectué quelques recherches et estimait à plus de sept cents le nombre de ses années d’existence. Pourtant la vampire maintenait un personnage de jeune ado qui lui permettait de vivre presque normalement au sein d’une modeste communauté non magique, à quelques centaines de kilomètres à l’ouest de la Capitale.

« Ici, tu sais, personne de chez toi ne te reconnaîtra… les humains ne voyagent pas si facilement… » répondit la sorcière avant de se détourner pour accueillir le client qu’un tintement de carillon discret venait d’annoncer.

Naola se figea, surprise, en découvrant l’identité de la nouvelle arrivante. Trottinant de son petit pas vif et empressé la Vieille Naine s’avançait vers le comptoir. Sous le regard intrigué de Charm, elle se hissa sur l’un des tabourets hauts, s’installa, coude contre le zinc, et adressa son sourire ravagé par l’âge à la serveuse médusée :

« Bonjour, ma petite, comment vas-tu ? »

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