Ch8. La colère de la sorcière

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Naola marchait d’un pas vif dans les ruelles de Stuttgart. Les mains dans les poches, la tête basse, le visage fermé, elle ruminait la fin de la dispute que son patron avait brutalement avorté en la mettant dehors.

L’engueulade avait démarré au quart de tour. Le vampire n’admettait pas qu’elle travaille pour quelqu’un d’autre de lui. Qui plus est pour une personne aussi redoutable que la Vieille Naine. Naola se montrait bien trop piètre informatrice, bien trop faible, pour ne pas lui livrer des informations sur un plateau d’or. L’adolescente était très vite montée dans des volumes sonores dépassant la limite du raisonnable.

« Sortez. Prenez votre soirée. Je ne veux pas supporter votre présence une minute de plus, avait-il lâché, plus arctique encore qu’à son habitude.

– Ne-me-donnez-pas-d’ordres ! » avait-elle répliqué.

Mordret l’avait saisie par le bras puis tirée jusqu’à la porte de service qu’il avait refermée sur elle sans un mot de plus. Naola s’était acharnée contre l’entrée plusieurs minutes avant de se résigner : visiblement, quand son patron le décidait, il pouvait lui interdire l’accès à l’établissement. À chez elle. Cela avait remis de l’eau au moulin de sa colère qui tournait maintenant à plein régime.

Monsieur, grondait la jeune fille, dans un virulent monologue interne, vous m’avez fait recopier cinq fois mon contrat d’embauche.À la main ! Soi-disant pour que j’intègre au mieux les subtilités de ce genre de document. Alors, oui, je peux vous l’affirmer, il n’y a aucune clause qui me contraigne à ne travailler que pour vous ! Si je veux accepter l’offre de la Vieille Naine, je l’accepte. Et ce n’est certainement pas vous qui allez m’ordonner le contraire. M’ordonner ! Comme si, sous prétexte que vous me payez, je pouvais me plier à toutes vos volontés ? C’est quoi la prochaine étape, hein ? Vous m’ordonnez de tendre le cou pour que je vous serve à manger ?

Elle avançait au hasard, bousculait parfois un passant, coupait la route d’un autre en bifurquant à la dernière minute et insultait mentalement tous ceux qui croisaient son chemin. Sa colère dura jusqu’au soir. Elle trompa le temps à lécher les vitrines des boutiques des Halles Hautes, sans rien acheter. Mordret n’avait pas daigné lui laisser le moindre Den.

À la nuit tombée, son ventre vide grondait et elle ne savait par où dormir… Assise sur un banc public, elle évaluait les possibilités d’hébergement qui s’offraient à elle. Thomas habitait à plus de cinq cents kilomètres de la Capitale. Se transférer n’était pas raisonnable. Demander l’hospitalité au Boulon Plein lui apparaissait comme une alternative correcte. Plus envisageable, dans tous les cas, que de chercher l’aide de Jérôme.

La jeune fille en était là dans ses réflexions lorsque Charm s’installa à côté d’elle, perchée sur le dossier du banc, les pieds sur l’assise. Naola ne la remarqua pas. Certains vampires excellaient dans l’art passer complètement inaperçu.

« Le Pub est fermé », lâcha la rouquine d’un ton accusateur.

La sorcière sursauta de plusieurs centimètres et s’écarta de la créature, concentrateur sorti. Des mois à travailler au Mordret’s Pub lui avaient au moins enseigné cela. Charm, cependant, ne paraissait guère plus agressive qu’à l’accoutumée. Elle se contenta de la fixer et de lui adresser un sourire, sans doute rassurant, si on faisait abstraction des canines.

« À ta place, je passerais pas ma seule soirée libre à glander sur un banc comme une miséreuse, reprit la créature.

— La miséreuse, elle te dit merde, Mordret m’a fichue dehors ! » s’insurgea Naola, vibrante de colère et trop heureuse de pouvoir, enfin, l’exprimer à haute voix.

Charm partit d’un grand rire amusé et franc.

« T’as dû vraiment le mettre hors de lui !

— C’est lui qui m’a mise hors de moi, oui ! La Vieille Naine m’a proposé un contrat à huit cents Dens et …

— Oui je sais, j’étais là…

— …il a cru qu’il pouvait m’ordonner de refuser ! Comme si ce que je fais en dehors de mon boulot pouvait le concerner !

— Mais quel malotru alors, ce Mordret… » se moqua Charm, que la colère disproportionnée de la sorcière faisait marrer.

Naola s’en rendit compte et se tut. Des heures après, elle était ridicule de s’emporter à nouveau. Elle croisa les bras, fronça le nez et lâcha un Tss amer avant de reprendre, plus calme :

« N’empêche, il m’a foutue dehors, sans un Den, et il m’empêche de revenir là bas. Je ne peux plus entrer.

— C’est pas toi en particulier. Le Pub est fermé pour n’importe qui. Il fait ça, des fois. Quand il est en colère, il préfère être seul.

— C’est débile ! Autant que ça sorte ! On s’engueule et c’est plus saint… »

Charm dévisagea la jeune fille plusieurs secondes avant de répondre, avec un soupir :

« Nao… Personne ne survit aux colères d’un vampire. Encore moins à celles de Mordret. »

Naola entrouvrit la bouche pour répondre, puis la referma, à court de mots. Elle se passa la main dans les cheveux. Elle se sentait d’un seul coup très mal. L’avait-il mise à la porte pour la protéger ? Armée d’une puissante mauvaise fois, elle repoussa l’idée loin dans son cerveau et se concentra sur un problème autrement plus urgent.

« Ça m’embête de te demander ça… Mais est-ce que tu pourrais m’héberger cette nuit ? » demanda-t-elle, à Charm, de but en blanc.

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