Ch7. Oui, mais non.

3 minutes de lecture

La Vieille Naine avait raison, Naola n’était pas sortie une fois du Pub depuis le début des vacances. Elle avait peur de tomber sur Jérôme en se baladant dans les ruelles. Elle rougissait encore au souvenir du râteau qu’elle s’était pris. Elle avait gâché toute leur amitié en se s’imaginant n’importe quoi et en tirait un goût très amer. Si vraiment il l’avait considérée comme une petite sœur, il aurait au moins pris de ses nouvelles.

Du fait, à défaut de bouger en ville, lorsque l’adolescente disposait d’un peu de temps libre et qu’elle ressentait le besoin d’être dehors, elle montait sur le toit. Elle s’installait à côté de la grande coupole qui chapeautait la précieuse bibliothèque de Mordret.

La jeune fille s’était aménagé un chemin humainement praticable pour accéder aux combles et aux tuiles du bâtiment, deux étages au-dessus de sa chambre. L’escalade, en elle même, lui prenait une dizaine de périlleuses minutes, à se cramponner aux poutres et à défier la gravité sur des planchers hors d’usage. La poussière qu’elle avait ingérée lors de sa première exploration l’avait nourrie pour deux repas au moins.

Mais cela en valait la peine. Elle avait retrouvé les toits de Stuttgart comme on rentre chez soi après un long voyage.

« Huit cents Dens… » murmura-t-elle au soleil qui, indifférent, poursuivait son cheminement dans un ciel semé de nuages.

Naola avait dormi depuis la visite de la Vieille Naine. À son réveil elle avait décidé de sécher les cours de Mordret pour se réfugier sur son perchoir. Elle devait réfléchir. Elle détestait cette mafieuse malfrate, ses attitudes doucereuses, sa manière de la prendre pour une gamine, sa façon de lui forcer la main. Merlin, elle ne lui avait même pas laissé le temps d’accepter avant de se barrer ! Comme si l’adolescente allait lui obéir en un claquement de doigts !

Mais, huit cents Dens, ça représentait deux tiers d’un excellent Hexoplan, juste pour une journée de travail. La proposition ne pouvait être rejetée sans être étudiée, car si Naola gagnait assez pour payer son école et vivre, elle ne pouvait se permettre aucun extra.

La jeune fille soupira et cala ses bras derrière sa nuque. Ça l’emmerdait de s’asseoir sur ses principes — on ne bosse pas pour l’ennemi — pour de l’argent. Les yeux fermés, elle entendait en sourdine les pulsations désordonnées de la ville, en dessous d’elle. Les conversations des passants, leur pas sur les pavés, les coups des mécartificiens qui , fers contre fers, réparaient les prothèses de leurs confrères, à quelques rues de là… Écouter la vie d’en bas, perchée comme elle l’était, avait quelque chose d’apaisant.

« Il n’y aura pas de mes cocktails à la fête de la Vieille Naine », trancha Naola avec assurance.

Le soleil ne prêta guère plus d’attention à cette affirmation. La jeune fille se remit sur ses jambes, s’étira de tout son long, satisfaite de sa décision. Elle entreprit ensuite la descente, non moins périlleuse, vers le Pub. Elle avait fait faux bond à l’entraînement de Mordret. Il allait se montrer insupportable.

De fait, lorsque son employée daigna pointer son minois dans la bibliothèque, le patron témoigna son mécontentement en fermant sèchement le carnet dans lequel il prenait des notes.

« Pensez-vous qu’il m’amuse de réfléchir aux exercices que je vous propose ? Et qu’il me soit plaisant de perdre mon temps, car vous vous estimez subitement si habile pour que vous puissiez vous permettre de vous dispenser d’entraînement ? » demanda-t-il de son ton le plus plat.

Naola sourit. Elle commençait à trouver du charme aux tournures ampoulées du vieux vampire. Peut-être faudrait-il qu’elle ouvre un mnémotique pour noter les plus impressionnantes. Elle répondit, en croisant les bras :

« Oui, je pense que ça vous amuse. Non, ça n’est pas plaisant de se faire poser un lapin. Je m’excuse. Non, je ne m’estime pas si habile pour me passer de votre appréciable et riche enseignement, Monsieur.

— Soyez à l’heure, demain », grogna la créature.

La tirade avait fait tressaillir le coin de sa lèvre, une ébauche de sourire amusé que Naola savait maintenant décrypter. À côtoyer tous les jours un être aussi expressif qu’une plaque de marbre, elle apprenait à détecter le moindre signe trahissant son ressenti. La jeune fille, d’un mouvement complexe de la main, activa un sortilège qui descendit un livre relié de cuir rouge des étages de la bibliothèque. Sa lecture en cours. Un ancien traité de mécartifisme appliqué aux entités animiques. Elle butait sur ce que pouvait bien signifier animique.

Mordret attendit qu’elle soit installée en face de lui sur le large plan de travail pour dire, sans émotion :

« Je vous interdis de vendre vos services à Madame Legibovna. »

Naola releva la tête et écarquilla les yeux. Je vous interdis. Elle reconsidéra immédiatement sa ferme décision. Tout compte fait, elle les méritait bien, ces huit cents dens.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
Rathvry
Angéline et Sébastien s'aiment depuis maintenant plusieurs années et vivent cette passion par l'intermédiaire de facebook. Néanmoins, Angéline semble avoir des doutes...
Comment Sébastien va-t-il faire face à l'affliction qui semble la saisir ?
1
1
0
3
Denis Boclaci


Une journée de plus dans le froid a survivre du mieux que je peux. J’ai vécus le début des enfers, j’ai eu énormément de chance d’êtres encore en vie. Mais il est vrai que la vie d’avant me manque. Je sais pas a quoi me servira ce journal mais j’ai besoin de soulagés ma conscience.
Je voyage seul depuis longtemps, enfin je devrai plutôt dire depuis le début. Cette ère glacier était arriver si rapidement que personne n’étais prêt a ça. Les infos nous donnèrent très peu de détaille la seul choses qui étais en commun, c’était que même les scientifique ne savait pas comment cela était arriver, c’était il y a presque 10 ans. Aujourd’hui la vie glaciale n’est pas simple tout les jours. Tu dois te demander « Mais comment a-t-il fait pour survivre aussi longtemps ? », c’est simple, la chasse et l’espoir. La chasse pour vivre, l’espoir pour survivre.
J'ai oublier de me présenter, je m'appelle ....... et je veux revoir le monde d'avant.
J'écris ces ligne a la lueur des derniers rayons de soleil, près de mon feu mourant comme l'immeuble effondré dans lequel je suis. La nourriture commence a manquer, je dois repartir chasser. tant de chose a faire, mais je les laisse pour demain.
0
0
0
1
Défi
zangor


Ce film n’en finit plus. Marie n’arrête pas de se tortiller sur son siège et de souffler. D’ailleurs on doit pas être les seuls à s’ennuyer, voilà plusieurs couples qui quittent la salle. Curieux pour un film qui cartonne au box office. Ca m’apprendra à croire les critiques.
Tiens, mon Iphone qui buzze. A cette heure ci ? J’aurais dû le couper. Mais qui peut m’envoyer un SMS à 23 heures.
« papa t où ? »
« Cinema pourquoi ? Tu fêtes anniversaire avec ton frère ?»
« T au courant pour l’attentat au Bataclan ? »
« Non 2 heures que je me fais suer sur ce James Bond. Où est ton frère ? «
« Au Bataclan. »
1
1
0
0

Vous aimez lire cestdoncvrai ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0