Ch4.1 - Cocktail de bienvenue

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« Le fait que vous n’ayez pas remporté une compétition d’entraînement ne constitue pas une excuse valable à votre retard », asséna Mordret de sa voix sans timbre.

Naola n’avait pas parcouru deux mètres dans le bar.

Elle s’immobilisa, un court instant, puis se dirigea vers le comptoir avec un long soupir. Sa valise volait à sa suite et alla se poser sagement à côté de la porte de service.

« Je suis mal à l’aise avec le fait que vous m’espionniez, Monsieur. Je vous l’ai déjà dit », grogna la sorcière en s’adressant au vide.

Le vampire ne se montrait pas, mais sa voix morne résonnait dans la pièce, venant de partout et de nulle part en même temps. Naola passa derrière le zinc et sortit deux verres à pied. Ils tintèrent l’un contre l’autre lorsqu’elle les déposa sur le plan de travail.

« Je ne vous espionne pas », répondit Mordret.

Il apparut en face d’elle, assis, bien droit, sur l’un des tabourets. Il poursuivit, impassible :

« J’observe les informations qui ont un trait plus ou moins direct avec l’établissement que vous fréquentez.

— Une activité à laquelle vous vous adonniez avant de m’embaucher, bien sûr…

— Je pratique le commerce d’informations depuis plus de…

— Dans mon école, Monsieur. Je me fous de savoir que vous êtes un vétéran des trafics en tous genres. Vous vous intéressiez à mon école avant de m’embaucher, oui, ou non ? »

La jeune fille, tout en parlant, avait empli les verres d’un assemblage d’alcool qui donnait à la boisson une profonde teinte rouge. Elle fit glisser le breuvage vers le vampire, et pour compléter le rituel qui ponctuait ses arrivées au bar, elle conclut en nommant :

« Un Sole Rosso, Monsieur »

Le vampire qui s’était bien gardé de répondre à sa dernière question, goûta le cocktail, but une longue gorgée, puis reposa le verre sur le zinc sans ajouter le moindre commentaire.

« Quoiqu’il en soit, vous êtes en retard, reprit-il avec une indifférence royale.

— Je sais. J’ai manqué quelque chose ?

— Non.

— Alors c’est pas la peine de me faire un sac avec la peau du dragon !

— Si c’est là le peu considération que vous accordez à la ponctualité… » soupira le vampire d’un ton plat.

Naola fronça le nez, agacée, puis lui jeta un regard par-dessus son cocktail et haussa les épaules.

« Je compte ouvrir l’établissement en journée, ou en tout cas, plus tôt dans la soirée, pendant les vacances, annonça-t-elle, pour changer de sujet.

— Tant que vous assurez le service de nuit, vous pouvez occuper vos journées comme bon vous semble », répondit la créature.

Il reposa son verre délesté de sa consommation et ajouta :

« Néanmoins j’aimerais que vous ajoutiez à vos activités l’étude d’un certain nombre d’ouvrages que je vous désignerais. Ils pourraient être utiles à votre survie parmi les miens, en attendant que vous me soyez liée.

— Vous savez que, en tant que sorcière, j’ai besoin de dormir, parfois… soupira la jeune fille, mais elle fronça les sourcils et répétât : Que je vous sois liée. Ça n’est pas la première fois que vous me dites ça. Qu’est ce que ça signifie, au juste ?

— Il s’agit d’un simple moyen pour nous assurer que toute la communauté constituée par ceux de ma nature puisse vous considérer comme tombant directement sous mon protectorat. »

Naola resta perplexe quelques secondes, à décrypter les alambiques empruntés par les mots de son patron pour formuler cette phrase.

« Encore une histoire de préserver votre investissement en ce qui me concerne, hein… » grogna-t-elle, en conclusion.

Elle n’aimait pas qu’il la considère ainsi. Le vampire hocha la tête et la sorcière soupira. Sans rien ajouter, elle lava et rangea leur vaisselle, pendant qu’un chiffon s’employait seul à faire briller le zinc.

« Je monte mes affaires.

— J’envisageais, lorsque vous redescendrez, de reprendre quelques bases d’entraînement avec vous. Ce ne pourra qu’être bénéfique, tant à vos activités dans mon établissement, qu’à vos ambitions sportives. Aux vues de vos résultats, cela ne semble pas surfait. »

Naola resta la bouche entre-ouverte, sans savoir si elle devait rire ou se mettre en colère de cette pique aussi fourbe qu’injustifiée. Elle opta pour la première solution, fourra les mains dans ses poches, haussa les épaules et répondit, après un rire bref :

« Si c’est là la seule excuse que vous avez trouvée pour garder la forme, vieille chauve-souris, je peux bien faire ça pour vous. »

Mordret découvrit le bas de ses canines pour signifier son amusement.

« Montez vos affaires, mademoiselle. J’aurais ensuite besoin de vos services. Je dois m’absenter.

— Ce soir ? demanda-t-elle avec une grimace prononcée.

— Dès maintenant, répondit-il de sa voix atone.

— Mais vous serez rentré ce soir ?

— Vraisemblablement, oui.

— Je vous préviens, c’est presque la pleine lune, je ne me gère pas la soirée toute seule ! Si vous n’êtes pas là, je garde porte close.

— Je serai là », répondit-il et il disparut de la pièce.

Naola soupira. Adieu l’après-midi studieuse calée dans l’un des fauteuils de la bibliothèque. Quand Mordret s’absentait en journée, elle avait pour consigne d’attendre tout client potentiel derrière le zinc. Elle devait les accueillir et leur servir de quoi patienter jusqu’au retour du patron. Elle se sentait nettement moins à l’aise avec cette idée depuis qu’elle savait quel type de client côtoyait le vampire.

Elle prit le temps d’aller ranger sa valise dans sa chambre. L’été dernier, elle avait ensorcelé son armoire pour disposer de plus de place, mais le sortilège d’extension s’avérait instable. Une nuit, il avait recraché l’intégralité de sa garde-robe, en boule, sur le sol. Le dressing avait, de toute évidence, réitéré ses crises de vomissement pendant son absence.

Naola laissait une grande partie de ses affaires dans sa chambre lorsqu’elle était en cours. Elle les retrouva ses affaires, éparpillées aux quatres coins de la pièce et jusque sur le plafonnier. La jeune fille soupira et, de quelques gestes du concentrateur, elle envoya son linge se plier sur la commode. Par sécurité, elle se résigna à ranger sa valise sous son lit, à côté de sa lourde caisse à outil. Elle n’avait pas envie de tester la régurgitation de marteau par une armoire malade.

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