PROLOGUE : Nuit de Feu

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Stelix dégaina son épée et se mit en marche, suivi de centaines de soldats.

Les bannières pourpres défilaient derrière lui et se dirigeaient vers une énorme bâtisse au toit en forme de dôme, enclavée au cœur d’une profonde vallée. L’armée remonta une longue avenue pavée, bordée de part et d’autre par des colonnes en marbre blanc, éclairée par des torches qui se tordaient sous les bourrasques. Les impériaux avançaient, silencieux, par rangées de huit. Seul le bruit de leurs pas accompagnait leur marche qui promettait d’être funèbre. Sous l’éclat timide de la lune, les épées rutilaient et les boucliers, frappés d’un symbole qui représentait un serpent-dragon, couvraient les armures sombres des guerriers.

Chaque mètre parcouru rapprochait l’armée de la bâtisse. Le calme régnait.

Les gardiens de cet endroit ne s’attendaient pas à leur venue. Leurs ennemis profitaient de la nuit pour frapper.

Capuchon noir sur la tête, Stelix remonta l’escalier d’un pas conquérant, déterminé. Sa longue cape rythmait sa marche rapide en voltant à gauche et à droite. Sa lame cramoisie brillait sous l’éclat de lune, quand les nuages daignaient la dévoiler. Le rubis incrusté dans le pommeau renforçait encore la beauté singulière de l’arme cependant, elle avait été créée pour ôter la vie.

Et son propriétaire ne s’en priverait pas.

Il avait une mission à accomplir.

Une mission qui changerait le cours du futur, il le savait. Une mission qui mettrait fin à des siècles de légendes et de gloire.

Une nouvelle ère débuterait, car Stelix et ses légions d’élite déclaraient la guerre aux Royaumes Unis d’Ebôran.

L’armée remonta les marches de marbre, toujours en rangs de huit hommes de front, déboucha sur un large couloir, encadré de statues en bronze d’une dizaine de mètres de haut. Elles représentaient des Manipulateurs armés d’épée. Stelix en dénombra dix, cinq de chaque côté de l’allée qui menait aux Portes d’Or. Les Dix Légendes. Les Manipulateurs les plus puissants de l’Ordre du Dragon. Les deux qui encadraient les Portes étaient les personnages les plus appréciés du peuple ; ceux dont on parlait encore, dans les livres d’Histoire et dans les légendes. Le premier Haut-Roi, Aodren Beodan, et sa fille, la redoutable Baelia Beodan.

Le jeune conquérant aspirait à les surpasser en tant que Manipulateur. Et ce soir, il se rapprocherait de son rêve ultime.

Les Portes d’Or s’ouvrirent et l’armée s’immobilisa. Les impériaux plantèrent leur long bouclier rectangulaire dans le sol, provoquant un son grave qui résonna dans le vaste hall.

Un homme aux cheveux gris rejetés en arrière par une queue de cheval se tenait sur le porche, une épée en main. Un bandeau rouge masquait son œil droit et une fine cicatrice barrait ce même œil, vestige d’un ancien combat. Il était vêtu d’habits robustes, faits pour l’action, et portait sur ses épaulières le blason de son Ordre : un phénix aux ailes déployées. Sur sa tunique, en revanche, figuraient les armoiries royales : le lion rugissant Beodan, grenat sur fond jaune.

Stelix s’avança seul vers son adversaire et le défia du regard. Dans son esprit, il sentait que son Spectre, son fantôme gardien, s’agitait. Il avait soif de sang.

— Qui es-tu ? demanda l’homme.

— Dépose les armes et ploie l’échine devant moi, Rohan : tu n’as aucune chance de me vaincre.

Le dénommé Rohan pencha la tête et plissa les yeux.

— Stelix ? C’est bien toi ?

— Fais preuve de respect, vieil homme ! tonna un capitaine de l’armée impériale. Tu t’adresses à notre Empereur !

— Empereur ? s’exclama Rohan en observant Stelix avec stupéfaction.

Il fit quelques pas avant d’ajouter :

— Toi, Empereur ? Tu es à peine adulte ! Ce n’est pas possible !

— La folie a obscurci ton jugement, répliqua doucement l’intéressé, car je ne suis plus le gamin que tu as connu. Je ne suis plus l’Apprenti que tu as formé. Je suis un homme fait, maintenant. Et je viens vous empêcher de réaliser vos rites les plus sombres. Je le fais pour le bien d’Ebôran.

— Que racontes-tu ? questionna Rohan, troublé. Quels rites ?

— Leurs sorts d’amnésie sont plus puissants que je ne le pensais, pour affecter un Manipulateur de ta trempe. L’heure est grave, Rohan : je dois mettre un terme aux agissements de l’Ordre du Dragon. Si tu te mets en travers de ma route, je serai obligé de te tuer.

— Tu parles de faire le bien, mais tu viens semer la mort dans ce lieu sacré.

— C’est le seul choix qui s’offre à moi.

Les lèvres de Rohan tremblaient. De toute évidence, il ne comprenait pas.

Tant pis pour lui, songea Stelix. Je l’aurais prévenu. S’il refuse d’admettre les abominations de l’Ordre du Dragon, je dois le tuer.

L’Empereur dressa son épée grenat vers le ciel.

— Légion Pourpre ! A l’attaque !

Une clameur guerrière lui répondit. Tous brandirent leurs armes vers le ciel en un geste provocateur avant de se ruer en avant. De l’autre côté, Rohan appela les gardes du temple, tous vêtus de tuniques blanches et d’armures argentées. Ils masquaient leur visage sous des heaumes qui ne laissaient qu’une fente pour leurs yeux et se battaient avec deux épées. Ils n’étaient pas des Manipulateurs, mais les rumeurs affirmaient qu’ils étaient sensibles au Pouvoir et qu’ils parvenaient à utiliser certaines capacités réservées aux membres de l’Ordre.

Une bonne mise à l’épreuve pour les soldats d’élite de l’Empire Pourpre.

Stelix courut devant ses hommes pour affronter Rohan. Il avait des comptes à régler avec son ancien maître.

Lorsque les deux guerriers levèrent leurs armes, ils surent que ce combat ne se solderait que par la mort de l’un des deux.

Les épées se croisèrent avec férocité.

Les lames prirent des couleurs chatoyantes, au contact de l’autre. Celle de Stelix devint rouge écarlate et celle de Rohan jaune électrique. On eût dit qu’un feu magique les embrasait. Les Manipulateurs savaient qu’elles réagissaient simplement à leur Pouvoir, rien de plus.

Autour d’eux, les combats étaient tout aussi violents et intenses. Les gardes du temple ne faisaient aucun cadeau aux Impériaux, et inversement. Les épées frappaient les boucliers ; les lances volaient dans la mêlée. Le sang giclait de partout ; les premières victimes jonchèrent le sol, qui se transforma en une mare rouge. Les survivants escaladaient les cadavres pour surplomber leurs adversaires et asséner des coups toujours plus agressifs.

Tout en restant concentré sur son propre duel, Stelix veillait à ce que son armée ne fût pas trop affaiblie. S’il perdait tous ses hommes ici, il ne parviendrait pas à accomplir sa mission : détruire les Manipulateurs de l’Ordre du Dragon.

Pour commencer, il devait les traquer dans leur temple pour tuer tous les Initiés et les Apprentis qui s’y trouvaient. Cela suffirait peut-être à les convaincre qu’ils prenaient une très mauvaise voie depuis plusieurs décennies. Ils s’endoctrinaient dans leurs dogmes, pervertis sans qu’ils ne le sachent.

Stelix donna un coup de coude à Rohan et dressa la main gauche. Rapidement, il s’immergea dans le Pouvoir et généra une boule de feu qu’il envoya droit sur son ancien maître. Rohan l’esquiva habilement par une manœuvre aérienne dont lui seul avait le secret. Stelix répéta l’opération encore deux fois. Son adversaire repoussa ses flammes en générant avec son Pouvoir un mur invisible.

L’Empereur grimaça, contrarié : son mentor n’avait rien perdu de sa maîtrise du vent. Il allait devoir se montrer plus malin.

Ou plus violent.

Avec un sourire cruel, Stelix puisa dans son Pouvoir et matérialisa son Spectre, l’entité démoniaque qui avait juré de le servir.

Une immense entité humanoïde faite de flammes apparut au-dessus de lui, brassant l’air chaud tout autour. Il mesurait une dizaine de mètres de haut et ses bras, longs et fins, tombaient jusqu’au sol. Ses yeux verts perçaient les ténèbres comme deux flambeaux maléfiques.

— Qu’est-ce que… ? marmonna Rohan, effrayé. Ne me dis pas que… ?

— Si, c’est bien lui, confirma Stelix, triomphant. Admire sa puissance !

L’air devint étouffant, suffocant, comme si la nuit entière s’était embrasée dans un incendie qui dévorait tout. Le Spectre enflammé étira les bras, prêt à se battre.

— Tu ne lui résisteras pas !

Rohan serra les dents et unit ses poings. L’Empereur sentit qu’il se plongeait dans le Pouvoir pour faire apparaître son propre Spectre. L’instant d’après, un aigle géant couvert de plaques d’armure apparut face à eux, fier et déterminé.

— Où as-tu pu obtenir le pouvoir nécessaire pour dompter un Spectre comme celui-ci ? demanda Rohan. Ils sont réputés pour dévorer l’âme des Manipulateurs qui tenter de les capturer !

— C’est le résultat des entraînements de l’Académie Impériale de Vorath’Rohl.

— Tu as appris des techniques interdites ! comprit sombrement Rohan.

— Tout dépend du point de vue…

Stelix dressa la main gauche pour ordonner à son Spectre d’attaquer l’aigle de Rohan, mais son attention fut attirée par un groupe d’Apprentis qui venait de franchir la Porte d’Or. Ils étaient menés par un garçon aux cheveux bruns armé d’une épée et qui devait avoir une quinzaine d’années. L’Empereur sentait qu’ils avaient tous un Spectre avec eux. Ils pouvaient compromettre sa mission.

— Saren ! hurla Rohan. Prend les Initiés et cache-les ! Sauve-les !

— Maître ! Je ne vous laisserai pas mourir !

— Pour une fois, obéis !

Rohan envoya une rafale de vent sur l’Apprenti dénommé Saren, qui tomba en arrière. Il n’eut pas le loisir de protester car un autre Apprenti le releva et l’entraîna de force avec lui.

— Tu vas mourir ici…, murmura Stelix quand Rohan se tournait vers lui.

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