40- La deuxième épreuve 2/2

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  • Va falloir y aller avant que MAGIE ne se décide à nous faire un coup tordu, déclare Karl d'une voix tendue.
  • Tu permets qu'on réfléchisse une seconde plutôt que de se lancer tête baissée ? lui rétorque Ariel, visiblement irritée.
  • Bon, on se calme. Voyons le bon côté des choses, ce ne sont pas des animaux venimeux et, visiblement, ils ne sont pas armés, déclare Ella qui tente vainement d’alléger l’ambiance.
  • Ceux ne sont pas des animaux, ni des enfants. Cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas venimeux, rétorque Ariel d’un ton péremptoire.

Comment peut-elle être si sûre de ce qu’elle avance ?

  • Nous nous trouvons vraisemblablement devant des organismes qui vivent de manière symbiotique, intervient Alka.
  • Le sable est un organisme vivant ? lui demandé-je.
  • Le sable, ou quelque chose qui vit dedans et l’utilise comme une arme.
  • Ça veut dire quoi, « symbiotique » ? interroge William.
  • Cela signifie que ces deux organismes ont signé un pacte de non-agression car leur alliance leur est plus profitable que leur opposition.
  • Super ! Qu’est-ce qu’on fait, du coup ?

On se prépare à l'idée qu'on va devoir massacrer des tas de petits êtres affamés pour éviter de se faire bouffer...

  • On va s’en tenir au plan de départ. Karl, qui est équipé de la combinaison de combat qui, normalement le protège de toutes attaques, va sortir le premier pour ouvrir la route. L’un des deux binômes constitués se positionnera sur ses flancs, un autre membre gardera l’arrière tandis que le dernier restera en attente au milieu du cercle ainsi formé, nous ordonne Alka.

C'était une bonne idée d'utiliser le Jokarm.

  • Il faudra qu’on reste en mouvements pour éviter de se faire coincer dans un vortex, rajouté-je.
  • Oui, bien vu, répond Ariel. Gardez vos distances avec les créatures roses, je parie que leur contact est aussi létal que celui des particules scintillantes.

Tout le monde hoche la tête.

  • On est prêt, Stratège ! lance William.
  • Très bien ! Allez-y !

Quand nous atterrissons sur le sable, un rapide coup d’œil nous indique que les autres équipes ont fait de même. Un léger reflet sur les visages montre que tout le monde est désormais équipé d’un masque osmotique.

  • Toutes les équipes ont utilisé leur Jokarm, finalement, déclare laconiquement Alka.
  • Eh merde ! jure William.

Surpris de sa réaction, je l’interroge du regard.

  • Vu l’emplacement des portes, on va tous se croiser au centre. Ça va être un sacré foutoir ! grommelle-t-il.
  • Cessez de perdre du temps et mettez-vous en position, nous ordonne notre Stratège.

Nous commençons à avancer. Les petits êtres roses nous observent de loin. Leur visage lisse aux yeux ronds et d'un gris terne n'affichent aucune expression.

Qu'est-ce que c'est que ces trucs ? Et qu’est-ce qu’ils attendent ?

Toutes les équipes convergent de manière synchrone vers le centre. Dans quelques minutes, comme l’a prévu William, nous nous croiserons tous.

  • Ralentissez ! s'écrie soudain Alka.
  • Mais oui, c’est évident ! réagit William, une lueur de compréhension dans le regard. Les machins roses attendent qu’on soit tous réunis pour nous encercler et se faire un bon gueuleton.

Nous diminuons donc notre allure. Les autres équipes, en revanche, continuent, calant inconsciemment leur rythme les unes sur les autres.

  • Hey ! hurlé-je à pleins poumons et en faisant de grands signes avec les bras pour capter leur attention. Changez d’allure ! Si on arrive tous au centre en même temps, on sera tous piégés !

D’abord interloqués, tous ralentissent.

  • Noway ! Qu’est-ce que tu fais ? s’insurge Alka.
  • Je joue au Stratège, maitresse mais c’est pas un succès pour le moment, rétorqué-je, dépité par la réaction des autres équipes.
  • J’ai vu ! Mais pourquoi t’autorises-tu…

Pour rester l’homme qui rêve qu’on peut être libres …

  • C’est la meilleure option, non ? la coupé-je abruptement.
  • Absolument pas ! Cesse de prendre des initiatives et faites ce que je dis maintenant. Sans discuter ! Karl, dirige-toi sur ta droite sur cinq ou six mètres, les autres, suivez-le !
  • Mais, ça nous éloigne… proteste-t-il.
  • Faites-le !

Karl, William et Ella hésitent mais Ariel et moi amorçons le mouvement. Cela suffit pour que les autres suivent.

  • Faites comme nous ! crié-je aux autres équipes en les hélant avec de grands gestes.
  • Noway ! Arrête immédiatement !

Jamais…

Trop tard, les autres équipes nous imitent. Ainsi, nous élargissons la surface dans laquelle nous allons nous croiser et diminuons le risque que toutes les équipes se croisent simultanément.

  • T’as intérêt à t’en sortir vivant que je m’occupe personnellement de ton cas ! souffle-t-elle. Dis à Océanie de presser le pas maintenant.

Vos désirs sont des ordres, maîtresse.

  • Wallis, crié-je, accélérez.

À ma grande surprise, celui-ci s’exécute sans discuter.

  • Maintenant, qu’América accélère également mais pas trop !
  • Diego ! crie William me devançant, à vous, mais pas trop vite !

L’équipe de Chine a manifestement compris l’idée car quelques minutes plus tard, elle augmente légèrement l’allure, à son tour. Nous fermons la marche.

Les parodies d’enfants se mettent soudain à glisser vers le centre.

En quelques secondes, ils s’échouent sur nous, comme les vagues sur une plage. Ils ne nous attaquent pas à proprement parler, ils se jettent sur nous en dévoilant griffes et crocs aiguisés, pour nous submerger. Bien que ralentis, nous continuons d’avancer en tranchant à tout-va. Un vrai carnage ! Nous traçons un sillon bordé de cadavres rose pâle aussitôt remplacés par leurs clones bien vivants. Soudain Ella crie, une main lui a saisi l’avant-bras. Elle a tranché le membre du coupable mais la main reste accrochée à son bras. Elle ne peut l’enlever, sous peine de se blesser encore plus.

  • Ça brûle ! piaille-t-elle en secouant son bras pour essayer de s’en débarrasser.

Ariel prend aussitôt sa place tandis qu’elle se replie.

  • Ariel ? appelé-je.
  • Ça va, j’ai compris !
  • Karl ! Aide Ella, on te couvre !

Ariel se révèle être une combattante hors pair. Sa lance à double lame virevolte dans ses mains à une vitesse fulgurante. Ses mouvements fluides sont d’une précision mortelle. Ensemble, nous dansons un pas de deux meurtrier qui permet à Karl de porter secours à Ella. Quand il revient prendre sa place, le polymère qui recouvre les paumes de ses mains dégage une fumée nauséabonde.

  • Ella est hors-jeu, son bras est dans un sale état ! nous annonce-t-il en reprenant ses deux haches et sa place.

Lui aussi est mal en point. Il est essoufflé et livide. Espérons qu’il tiendra le coup !

Mes deux épées courbes continuent inlassablement de fendre l’air et les corps. Notre monde se résume à des légions sans cesse renouvelées de petits corps roses morts ou vivants. La voix d’Alka nous guide sur cette étendue piégeuse où de multiples vortex s’ouvrent constamment pour aspirer les cadavres. Je pourfends une énième petite créature et m’arrête juste à temps pour ne pas éventrer Wallis. Il est manifestement la proue du navire Océanie, mais n’est pas équipé d’une combinaison de combat comme Karl et ses poignards présentent une portée insuffisante face à nos adversaires. La teinte écarlate de son épiderme, ses multiples blessures suintantes, son visage crispé de douleur témoignent qu’il en paie chèrement les conséquences. D’un bond je passe derrière lui et son équipe. Ils ne sont plus que trois.

  • Restez dans notre cercle un instant et soigne-toi ! lui intimé-je, sans consulter mes équipiers.
  • Vous allez en profiter pour nous éliminer, siffle la nouvelle d’un ton plus que méfiant.
  • Non ! lui crache Ella, à côté d’elle, on vous couvre ! Quelques minutes seulement ! Mais si tu fais le moindre geste suspect, je t’égorge !

Continuant ma danse macabre, j’entends vaguement Wallis intimer à son équipière de se taire.

  • C’est bon ! dit-il une brève éternité plus tard. On repart. On vous en doit une, on saura s’en souvenir.

Je décapite un petit homme et en éventre un autre.

  • Attends Wallis ! le hélé-je.

Rapidement, je plante l’une de mes épées dans le sable derrière moi.

  • Prends ça !

Et, sortant de ma ceinture un long couteau, je retourne à ma terrible besogne.

Je l’entends me remercier puis l’équipe d’Océanie reprend sa route. Comme si de rien n’était, Alka reprend la parole.

  • Noway, laisse ta place, tu dois t’économiser.

Pourquoi elle m'engueule pas, elle devrait !

J’ai aperçu Ella. Son bras sacrément amoché a pris une teinte violacée très inquiétante. Moi, je ne suis pas fatigué. Dégoûté mais en pleine forme.

  • Non, c’est bon. Je vais bien.
  • Si tu t’écroules, tant pis pour toi, réplique-t-elle d'un ton glacial.

Ah voilà, C'est mieux. Je ne m’écroulerai pas, je le jure.

Nous progressons lentement, fauchant inexorablement ces petits êtres roses et, ralentis par l’apparition des vortex. Je sors William de l’un d’eux, in extremis. Des hurlements déchirants nous indiquent qu’un combattant va mourir. Nous sommes tous blessés à cause des contacts toxiques de nos adversaires mais nous tenons debout.

Les rangs de nos ennemis semblent se clairsemer. Nous apercevons enfin notre porte, à une trentaine de mètres.

  • Noway, je peux te relayer, me propose Ariel.
  • Non ! C’est bon !

À vingt mètres de la porte, Karl s’écroule silencieusement. Ariel nous crie de nous arrêter et se précipite à ses côtés.

  • Il est inconscient ! crie-t-elle par-dessus les clameurs du public.
  • Prends ma place ! Je vais le porter !

Les sourcils froncés, elle semble hésiter.

Le doute est un luxe qui nous est interdit.

  • Allez ! l’admonesté-je tout en continuant de tenir à distance les nains venimeux, il faut qu’on bouge avant qu’un vortex se forme.

Mais William s’interpose.

  • Laisse, je vais le faire !

Aussitôt, Ariel se lève. Sans attendre, William jette Karl en travers de ses épaules. il ploie les genoux le temps de s’habituer au poids de Karl et de l’équilibrer. Tandis qu’Ella se positionne aux côtés de William, je m’élance pour couvrir le plus d’angles possibles. Mes coéquipiers sont quasiment sans défense, alors je me bats comme si j’étais invincible, me servant de la douleur des éclaboussures acides et des contacts brûlants de ces petits êtres empoisonnés comme d’un aiguillon pour continuer. À mes côtés, Ariel, le visage torturé et les yeux enfiévrés, fonce dans le tas telle une déesse vengeresse et meurtrière.

Quand nous arrivons à la porte, je suis un brasier vivant. À mes côtés, le corps d’Ariel, zébré de sang, est auréolé d’une légère brume à l’odeur piquante.

Dans mon oreillette, j’entends Alka mais ses paroles n’ont plus de sens.

  • On a trouvé la serrure, elle s'ouvre avec le sang de trois combattants, nous hurle Ella. On a besoin de l’un d’entre vous.

Nous échangeons un regard avec Ariel. Elle veut que j’y aille, je crois. Mais elle tremble. Je la pousse vers la porte.

  • Fonce !

En transe, je m’incarne dans ces deux lames qui virevoltent pour repousser inlassablement l’ennemi.

  • Noway ! Décroche ! me crie Ariel, quelques secondes plus tard.

Elle me tire vers l’arrière. La porte se referme. Je me retourne juste à temps pour rattraper Ariel qui s’effondre dans mes bras.

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