4- Qui es-tu ?

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Les yeux fixés sur l’écran, je cherche à comprendre. Je suis en congé, pour deux jours. Je devrais être oisive ou m’adonner à l’un des nombreux loisirs listés dans mon profil. J’ai l’embarras du choix : regarder la suite de mon holosérie préférée ou un documentaire sur les dernières avancées en cybergénétique ou débuter une partie de worléchec ou encore pratiquer une activité physique.

Au lieu de cela, j’enquête. Je suis retournée voir Maya à plusieurs reprises, depuis mon retour. Dès qu’il est là, je me déconcentre. Je ne peux m’empêcher d’observer ses moindres gestes à la dérobée, d’écouter chaque mot qu’il prononce. Pour un peu, je sortirai mon Pad pour prendre des notes, comme au boulot.

C’est un problème. Il y a deux jours, j’ai donc lancé une auto analyse de mon comportement sur mon logiciel d’aide à l’équilibre et au bien-être. Il en est ressorti que ma réaction est liée à deux de mes traits de personnalité principaux : la curiosité et le besoin de résolution de problèmes. Il est une énigme que je ne parviens pas à résoudre alors mon esprit est en boucle sur lui.

Je profite donc deux mes deux jours de congés pour m’atteler à la résolution de cette énigme. Cette obsession inappropriée pourra ensuite disparaître.

J’ai d’abord cherché son contrat d’HC pour mieux cerner son environnement proximal, sa famille comme disent les HC. Première anomalie : il n’a aucun lien de parenté avec les bénéficiaires de son contrat. Cela arrive quand le contractant est sous le joug d’un groupuscule criminel comme il y en a tant aux abords des Bulles. MAGIE a tenté de mettre un terme à ses pratiques, cela n’a pas fonctionné. Sans Optimem et manipulations génétiques, il s’est avéré impossible de dompter cet aspect barbare de notre espèce.

En y regardant de plus près, les bénéficiaires ne font pas partie d’un de ses groupuscules. Il s’agit d’une femme âgée, sa fille et ses trois enfants.

Les HC disent, pour la plupart, qu’ils préfèreraient rester hors Bulle. Cela dépasse l’entendement quand on connait leurs conditions misérables d’existence mais c’est ainsi. Pourquoi alors, Noway a-t-il signé un contrat pour des gens qui, selon les critères des HC, ne sont rien pour lui.

J’ai appris qu’une livraison de colis est prévue aujourd’hui. Elle va bientôt commencer. Je me connecte au système de Visio surveillance par drone des abords de B2. Mon travail me permet de détenir l’accréditation nécessaire.

Les yeux rivés sur l’holovid, je regarde des hommes et des femmes s’approcher du distributeur automatique, scanné leurs cartes-codes et attendre que la trappe s’ouvre sur leur dûs. Pourquoi refusent-ils les nanopuces d’identification, ne puis-je m’empêcher de songer. C’est tellement plus pratique et sécure. Là, s’ils perdent ou se font voler leurs cartes, c’est fichu, plus de colis. Quand on sait que, pour beaucoup, ce carton de vivres constitue leur seul moyen de subsistance. Cette phobie de la nanotech est totalement puérile et irrationnelle.

Soudain, une alerte sur mon écran m’indique que le code contrat que j’ai entré en recherche vient d’être activé. Devant la borne, se trouve un jeune homme brun au regard sombre et farouche, il a l’air d’avoir une quinzaine d’années. Le colis est volumineux, cela ne m’étonne pas. Noway est un spécimen exceptionnel : il est jeune, en bonne santé et athlétique. De plus, il semble présenter de bonnes capacités intellectuelles puisqu’il sait lire. C’est assez rare, hors Bulle. Enfin, c’est un bon négociateur, pour preuve, il a même pensé à demander un mini-transporteur pour que ses bénéficiaires puissent déplacer facilement le colis.

Je consulte le contrat de Noway : il s’agit de Téodime, l’aîné des enfants. Je verrouille un drône sur lui. Ainsi, je peux le suivre jusqu’à l’endroit où il vit.

J’identifie toutes les personnes citées sur le contrat : la vieille femme, sa fille sur qui le traitement médicamenteux fourni semble être efficace même si elle porte encore les stigmates d’une longue maladie. Son teint est pâle, son visage émacié et elle est très amaigrie. Les deux autres enfants sont présents aussi, un garçon et une fille dont je n’ai pas les noms en tête. Quand Téodime arrive, ils courent vers lui en criant.

  • Téodime est revenu ! Téodime est revenu !

Il éteint le mini transporteur puis ébouriffent leurs cheveux en les gratifiant d’un sourire.

  • Oui, allez, retournez à vos occupations.
  • Mais, on veut voir ce qu’y a dans le colis, nous ! s’insurge la petite fille. Peut-être que Noway nous a envoyé un dessin ou autre chose.
  • Léa, je te l’ai déjà expliqué cent fois. Noway ne nous enverra rien, soupire le jeune homme.
  • Pourquoi ? Il nous aime plus ? demande-t-elle tristement.

Le jeune homme lève les yeux au ciel. Il a l’air contrarié. La mère des deux enfants, qui s’est approchée, passe un bras autour des épaules de la petite fille.

  • Ma chérie, quand quelqu’un part sous Bulle, il n’a pas le droit d’envoyer des nouvelles. Noway ne t’envoie rien parce qu’il ne peut pas. Ne t’inquiète pas, je sais qu’il va bien.
  • Pourquoi il a plus le droit de nous parler ? crie Léa, les yeux pleins de larmes.
  • Je ne sais pas, ma puce. C’est comme ça, c’est le contrat.
  • C’est nul !
  • C’est vrai ! renchérit son frère, c’est méchant ! Si il est malade, si il est triste, comment on le saura ? On pourra même pas le soigner ou le consoler !

Téodime s’accroupit à hauteur des deux petits.

  • Noway est fort, il est courageux. Vous le savez, n’est-ce pas ?

Les deux enfants, très attentifs, hoche la tête d’un air grave.

  • Je vous l'ai déjà dit cent fois, les enfants. Nous recevons ce colis parce que Noway est parti travailler sous Bulle. S’il était malade ou trop triste pour travailler, nous le saurions car nous ne le recevrions pas. Alors, vous voyez cette boîte, c’est la preuve que Noway va bien et qu’il ne nous a pas oublié.
  • D’accord, répond le petit garçon. Mais nous, on peut pas lui dire qu’on va bien, qu’on pense à lui et que…il nous manque.
  • Je suis sûr que si vous le pensez très fort, il l’entendra dans son cœur.

Ce raisonnement totalement irrationnel est totalement typique des humains hors-bulle, ne puis-je m’empêcher de penser. Leur crédulité naïve est touchante.

Le jeune homme se relève.

  • Allez, au travail, maintenant, il va faire bientôt nuit.

À cette affirmation, je sursaute. Pourtant, il me suffit d’un coup d’œil à l’horloge sur l’écran pour confirmer ce que je viens d’entendre. J’ai passé toute mon après-midi à ces recherches.

C’est trop, il faut que je mange. Je mets l’holovid sur pause, hésite même à fermer le fichier. Finalement, je le mets juste de côté. Je n’ai pas terminé mes recherches. Je les reprendrai demain, autant garder le fichier sous la main.

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