Au revoir

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Dans une navette spatiale

C'est encore le même cauchemar. Dans celui-ci, je tombe sans fin avec le zombie. Au loin, j’aperçois Hélio, Alka et Kaly qui m’appellent. Ils disparaissent puis leurs voix s’éteignent. Seul, je tombe dans l’obscurité silencieuse et vide. Soudain, un éclair blanc déchire ce néant. Dans ce trait de lumière, deux grands yeux noirs ourlés de longs cils me fixent de façon intense. Je me réveille.

Il y a quelques heures, des soldats m’ont entravé sur une sorte de civière flottante et m’ont chargé dans la navette spatiale qui me conduira dans ma prison sur-mesure. Aédé est venu me dire au revoir et m’assurer que nous nous reverrions bientôt, comme si cela m’importait.

Après son départ, lassé de contempler les parois anthracites de ma prison volante, je me suis assoupi. C'est mon triste quotidien depuis quelques jours, je ne sais même pas combien. Constamment allongé et entravé, j'ai pour seule échappatoire, le sommeil.

À mon premier réveil, j'étais attaché sur un lit dans une chambre et Edan ou plutôt le Colonel Aédé, était à mon chevet. Il a passé de longues heures à me raconter ce qui s’était passé. J’ai mis un point d’honneur à ne laisser transparaître aucune émotion mais je ne l’ai pas cru.

Cet homme est un manipulateur diablement intelligent. Il ne m’a pas dit toute la vérité. Je pense que son histoire de Morkim et de mutation est authentique, il avait un regard fiévreux et fier quand il l’a évoquée et je ne peux que constater que j’ai changé.

Pour le reste, durant plusieurs jours, j’étais perdu. J’oscillais entre un abattement profond et une rage meurtrière. Quand le Colonel me rendait visite, j’étais pris d’une envie furieuse de le cogner jusqu’à ce qu’il avoue ses mensonges. Ce qui m’a retenu à chaque fois, ce sont mes entraves bien sûr, mais aussi le sentiment ténu et étrange que cela ne lui déplairait pas. Cet homme est complètement fou.

J’étais quand même à deux doigts de perdre pied à force de ressasser ses révélations lorsque certains éléments de son récit m’ont raccroché à la vie. Le colonel semblait persuadé que je n’avais aucune connaissance de l’existence des colonies humaines extraterrestres et de l’Armée. Il me l’a annoncé avec beaucoup de précaution comme s’il avait peur que je ne puisse pas concevoir une telle réalité.

Mais, je savais déjà tout cela, Ariel me l’avait dit.

Ariel, dans mes cauchemars, ses grands yeux sombres dissipent l’obscurité. Ses mains me délestent de mon pendentif.

Quoiqu’il arrive, tiens bon ! Je viendrai te chercher, je le jure, murmure-t-elle à chaque fois, avant que je me réveille.

Mon papillon s’est envolé. Alors, parfois je la crois.

Peu importe que ce soit une hallucination ou non, cela me permet de tenir. Peut-être qu’Alka est morte, peut-être que mes amis et ma sœur sont prisonniers, et peut-être même que sur Terre, rien n’a changé. Peut-être pas !

Je n’ai que deux certitudes : J’ai survécu et je n’abandonnerai pas les miens.

Une vibration sourde parcourt soudain l'habitacle, tout bouge. Un instant plus tard, une voix masculine retentit dans l’habitacle.

-- Nous avons décollé, un dernier adieu à la Terre ? demande-t-elle sur un ton guoguenard, tandis qu’un pan de la paroi s’éclaircit pour laisser apparaître la magnifique perle bleutée qu’est ma planète.

Je la contemple. Je grave son image dans ma mémoire mais je ne lui fais pas mes adieux, je lui promets que je saurai être patient, que je guetterai et saisirai la moindre opportunité de revenir vers elle, de revenir vers eux.

Sur Terre

Aux abords de la Bulle des Gouvernants d’Europe, cachés dans les ruines d’un vieux bâtiment, Hélio, Kaly, Feng et William préparent leur dîner. Après leur fuite du DC, les prisonniers adultes qui les accompagnaient sont partis de leur côté. Ils ont gardé les enfants en attendant de trouver des gens honnêtes à qui les confier. Cela s’avère mission impossible, pour le moment.

Le chaos règne depuis que la Bulle a disparu. Ils ont croisé quantité de cadavres mais aussi de Bullites effrayés et traumatisés par les exactions des HC. Ils ont même assisté à des rixes et à des agressions en tous genres. Leur notoriété leur a permis d'éviter les ennuis sans combattre, jusque-là. Cependant Kaly ne se fait aucune illusion, cela ne durera pas. Feng, William et même les enfants en sont conscients et ont accepté la réalité des évènements mais pas Hélio. Les traits tirés et l’air contrarié, il jette une branche dans leur feu de camp.

-- Hélio, l’interpelle Feng. Arrête de faire cette tête, il va falloir que tu t’y fasses. C’est comme dans les légendes des Grandes Explosions, Il y a du beau et…

-- J’aime pas ces légendes ! la coupe-t-il sur un ton irrité.

-- Bah pourquoi ? intervient William. Moi, c’est mes préférées ! C’est sauvage, épique mais aussi romantique. De la violence, du sang mais aussi de l’amour et des larmes… La vie avec un grand V, quoi !

Kaly, un peu en retrait, les observe avec un air curieux. Elle ne connaît pas ces légendes mais elle n’a aucun mal à imaginer leur teneur. Elle regarde Hélio qui affiche un air outré et triste.

-- J’aime pas parce qu’au lieu de saisir leur chance, les humains de cette époque ont fait n’importe quoi ! À la fin, ils étaient tout aussi esclaves qu’au début ! C’est pathétique, comme aujourd’hui !

Quand elle l’entend parler ainsi, Kaly comprend pourquoi Noway et le jeune homme se sont liés d’amitié. William lui, rit doucement.

-- Faut croire que l’humanité est pathétique…

-- Ce n’est pas ce que Noway voulait, grogne Hélio.

-- Noway est mort, Hélio ! s’agace Feng.

Sans surprise, Hélio lève les yeux au ciel. Ils ont cette discussion presque tous les soirs. Hélio veut croire que Noway a survécu et cela énerve prodigieusement Feng.

Kaly ne s’est pas mêlée de ces discussions jusqu'à présent, se contentant de ravaler sa peine. Évoquer son frère lui broie les entrailles. À peine retrouvé, elle l’a perdu définitivement.

Elle aussi, a envie de crier à Hélio de se taire mais comme lui, elle se prend souvent à espérer qu’il est encore vivant quelque part. En vérité, pour le moment, peu importe. C’est ce que Noway lui dirait.

« Peu importe ! Debout Kaly ! Avance ! Un pas après l’autre. Un jour, tout cela sera derrière toi ! »

Alors, pour lui, elle veut desserrer l'étreinte terrible de son chagrin.

-- Que ferait-il selon toi ? demande-t-elle à Hélio, la gorge nouée.

-- Oh, Kaly ! Tu vas pas t'y mettre aussi, s’insurge Feng.

Kaly l’ignore et garde les yeux posés sur Hélio. Celui-ci sourit. Ses yeux brillent.

-- Il parlerait à tous les HC pour leur faire comprendre qu’il y a bien mieux à faire que s’entretuer.

Kaly réussit à esquisser un sourire mais secoue la tête.

-- Ça, c’est que tu aimerais qu’il fasse, lui dit-elle doucement. Mon frère n’est pas adepte des grands discours, tu le sais, non ?

Hélio et William opinent, elle a raison.

-- À mon avis, il serait déjà en route pour faire péter une autre Bulle, avec ou sans nous, déclare William.

-- Et, il casserait la gueule à quiconque se comporterait comme une ordure ! ajoute Hélio.

Le sourire de Kaly s’élargit tandis qu’elle acquiesce. Cela lui fait du bien d'entendre les deux hommes parler ainsi de son frère, de savoir que loin d'elle, il était redevenu la force vive et indomptable qu'elle aimait tant.

-- La meilleure manière de garder son souvenir vivant, c’est de faire ça Hélio, pas d’attendre qu’il revienne ! conclut-elle.

Ce qu'elle propose est fou, complexe et extrêmement risqué, elle le sait. Elle tentera le coup pour Léo, Ash, Noway... pour elle-même aussi. Ses nouveaux compagnons pourront-ils envisager de la suivre dans ce pari fou ? Rien n'est moins sûr.

-- Moi, ça me va, déclare pourtant William d'une voix nonchalante.

-- T'as raison, Kaly ! renchérit Hélio, l'air exalté et les poings serrés.

Kaly regarde Feng dont la bouche finit par s’étirer en un fin sourire moqueur.

-- N’importe quoi, vous êtes complètements tarés, ma parole ! s’exclame-t-elle en prenant un air exaspéré.

-- Ça, ça veut dire que t’en es ! l’asticote William, d’un ton narquois.

-- Absolument ! assène-t-elle avec un sourire menaçant. Moi aussi, je veux une légende à mon nom… Feng, l’annihilatrice, ça sonne bien, non ?

Les membres de son petit clan improvisé savent tous qu'ils vont probablement y laisser leur vie. Pour conjurer le sort, ils rivalisent d’imagination en évoquant leurs prochains exploits supposés. Tout en les écoutant d'une oreille distraite, Kaly laisse son regard s’échapper vers la voûte céleste.

Elle a perdu Noway mais il lui a laissé ses amis, ses rêves et sa légende. Elle prend le relais. Elle portera ses idéaux jusqu’à ce qu’il revienne ou jusqu’à ce qu’elle tombe à son tour.

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