41- Nouvelle donne 1/2

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J’ouvre les yeux sur un plafond blanc. Après quelques minutes de confusion, je reconnais la salle de diagnostic. Alka est là. Je tente un pauvre sourire.

  • Bonjour, maitresse, croassé-je.

Je l’entends se lever et s’approcher. Son visage sévère me surplombe. Ses yeux brillants lancent des éclairs.

  • Tu peux remercier le ciel pour tes capacités exceptionnelles de combattant, sans quoi je t’aurais achevé moi-même ! me jette-elle d’un ton froid.

Son regard lui, me dit combien elle a eu peur pour moi.

  • Merci… articulé-je péniblement.
  • Ne refais jamais ça !

Si seulement… J’aimerais tellement lui répondre par l’affirmative, la prendre dans mes bras et lui dire que tout ça, c’est fini.

  • J'exige de t’entendre le dire : Oui Stratège, je suivrai désormais vos ordres à la lettre. Celui-ci est le premier. Je t’écoute !
  • Oui Stratège, je suivrai désormais vos ordres à la lettre, craché-je d’une voix forcée.-- Bien ! As-tu des questions ?
  • Comment vont les autres ? lui lancé-je avant qu’elle ne passe la porte.

Son air sombre me prévient qu’il y a de mauvaises nouvelles.

  • Karl est mort, lâche-t-elle sans préambule.
  • Quoi ? Mais il était protégé par…
  • La combinaison n’a pas tenue. Le poison a créé de minuscules ouvertures par lesquelles il s’est infiltré et…

Elle baisse les yeux, semblant incapable de continuer.

  • Bref, il est mort, réussit-elle à poursuivre. Les autres sont en vie mais Ella a perdu son avant-bras. Voilà, tu sais tout. Nous reparlerons de tout ça au briefing.
  • Oui, maitresse lui dis-je, en plantant mes yeux dans les siens.

J’essaie de lui communiquer tout ce que je ne peux pas dire, tout mon amour et mon soutien.

  • Bien, je te laisse. À cause de toi, j’ai rendez-vous avec un membre de l’unité spéciale de MAGIE. Les gardiens viendront pour te raccompagner au dortoir dans quelques minutes.

Quoi ?

Cette dernière phrase m’électrise. Je me redresse et me retient au dernier moment de lui attraper le poignet.

  • Pourquoi ? réussis-je à demander d’une voix maîtrisée.

Elle tourne vers moi son visage figé de poupée.

  • Les Stratèges doivent contrôler leurs pions, Noway. À cause de tes agissements, je dois rendre des comptes et convaincre MAGIE de ne pas pénaliser l’équipe.
  • Je…

Comment formuler cela pour qu’elle comprenne ?

  • Est-ce qu’on risque d’être punis ?

Surtout, est-ce qu’elle risque quelque chose, elle ? Me le dira-t-elle, si c’est le cas ?

  • Nous aurons certainement un avertissement. Cela s’arrêtera là car tu m’obéiras, crois-moi ! me lâche-t-elle avec un sourire dur que je ne lui connais pas. Je vous informerai au briefing. À tout à l’heure.

Alors qu’elle se retire, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour elle. Elle ne paraît pas craindre de représailles. Cela dit, je suis le mieux placée pour savoir qu’elle est passée maîtresse dans l’art de camoufler ses pensées et ses émotions. Et si elle se trompait, si MAGIE décidait de lui faire du mal ? Je ne peux qu’espérer qu’elle tiendra le choc face à l’agent de l’unité spéciale. Mon impuissance me torture, je ne peux qu’avancer jusqu’à la prochaine réunion qui est…

J’ai perdu toute notion du temps. Quelle heure est-il ? Quel jour sommes-nous ?

  • Hum, excusez-moi, pouvez-vous m’indiquer depuis quand je suis ici ? interrogé-je le vide, sans grand espoir de réponse.
  • Cela fait douze heures. Me répond la voix métallique de l’IA de diagnostic.
  • D’accord. Quelle heure est-il, s’il vous plait ?
  • Cinq heures et sept minutes.

Après l’avoir remerciée, je décide de pratiquer mon propre examen en me mettant à bouger lentement chacun de mes membres.

Quand les gardiens arrivent, je suis chancelant mais debout. Tandis que nous traversons le couloir, à une intersection, je reconnais Aetna qui discute avec un homme dont la haute stature m’interpelle. Elle m’est familière mais les gardiens me poussent à continuer et il échappe à ma vue.

Arrivé dans le dortoir, je constate que William et Ella sont dans leur lit, mais pas de trace d’Ariel.Je ne peux qu’espérer qu’elle va bien. Je m’allonge silencieusement pour me reposer un peu avant que l’heure du réveil ne sonne.

***

-- Noway ! Ouvre les yeux ! me secoue Victo.Victo ?

Mais… que fait-t-il ici ?

-- Vic…

Un visage inconnu me surplombe. Petit à petit, je reprends pied dans le présent. Le gars est en uniforme, c’est un garde.

Je rêvais de Victo … Pourquoi ?

Péniblement, je me redresse.

  • Allez ! Debout, vite et sans faire de bruit ! Tu as une minute pour t’habiller, pas plus.

Son air peu aimable me dissuade de lui poser des questions. j’aurais très vite la réponse de toute façon.

Après m’être préparé, je les suis sans discuter. Au détour d’un couloir, je croise Ariel entourée de deux gardes. Elle est pâle mais un léger sourire flotte sur son visage. Nous avons juste le temps d’échanger un regard.

Quelques mètres plus loin, une porte coulisse. Quand j’entre dans la pièce, je découvre Aetna attablée derrière un somptueux petit-déjeuner. Tandis qu’elle croque un biscuit très appétissant, elle me fait signe de prendre place en face d’elle.

  • Bonjour Noway, bien dormi ? me salue-t-elle d’un ton affable aussitôt démenti par son expression glaciale.

Sans dire mot, je hoche la tête.

C’est quoi encore, ce cirque ?

  • Tu dois avoir faim ? C’est dommage que tu manques le petit-déjeuner…

Elle marque une légère pause pour saisir une tasse laissant échapper des volutes d'où émanent un parfum fruité . Elle boit lentement quelques gorgées.

  • Je ne te propose rien, c’est interdit par le règlement, me dit-elle ensuite d’un ton doucereux.

Sérieusement ? J’ai connu la faim et la soif, à en avoir la langue gonflée et des crampes d’estomac terribles. Une faim hallucinante : le moindre reflet devenait une source, le moindre mouvement devenait gibier. Et elle, elle croit qu’elle peut me mettre la pression en mangeant devant moi, alors que je n’ai sauté que deux repas ! Au fond, elle ne sait rien de moi.

Cette constatation me fait un bien fou, mais je tâche de garder un visage neutre. Devant mon absence de réaction, elle se décide à poursuivre.

  • Bien, il semble que tu n’aies pas bien compris ce que je t’ai dit, la dernière fois.
  • Si, j’ai compris.
  • La vie d’Alka t’importe peu, donc.
  • J’ai obéi à ses ordres.

Elle claque des doigts, des voix se sont entendre.

  • Noway ! Qu’est-ce que tu fais !
  • Je joue au Stratège, maîtresse mais c’est pas un succès pour le moment.
  • J’ai vu ! mais pourquoi t’autorises-tu…

Je reconnais, bien sûr, des extraits de nos échanges lors de l’épreuve.

Allez ! Joue au con, Noway… on sait jamais…

  • Elle n’avait pas spécifié qu’on ne devait pas parler aux autres équipes… objecté-je.
  • Pas d’alliance avec les autres équipes ! s’agace-t-elle.
  • On n’a pas fait alliance. Il s’agissait de trouver une solution pour ne pas tomber dans un guet-apens, répliqué-je, jouant la carte du mec offusqué.
  • Il suffisait de laisser les autres équipes avancer, se faire piéger, puis d’en profiter pour passer à côté.

Je ravale mon dégoût et ma colère à l’évocation de cette stratégie.

  • Je n’y ai pas pensé, déclaré-je, d’un ton que j’espère penaud.
  • Alka, si ! Jusqu’à ce que tu sabordes ce plan, en prévenant les autres équipes ! réplique-t-elle d’un ton sec.

Elle ne semble pas soupçonner Alka. Ça me va !

  • Ah ! C’est pour ça qu’elle est si remontée contre moi alors, dis-je, l’air désabusé.
  • Crois-moi, d’autres t’auraient laissé sans soins après ça ! Elle est beaucoup trop complaisante avec toi ! Elle t’a même laissé aider Océanie.

Comment aurait-elle pu m’en empêcher, au juste ?

  • Elle voulait m’achever, mais m’a laissée une chance car je suis excellent combattant, selon elle, me rengorgé-je, comme le mâle stupidement viril et agressif qu’ils voudraient bien que je devienne.

Peut-être puis-je arriver à faire illusion, au moins quelques temps ?

  • Ecoute-moi bien ! Ceci est mon dernier avertissement ! Tu vas te comporter comme MAGIE te l’ordonne sinon je te promets que nous allons te faire regretter de ne pas être mort plus tôt ! me menace-t-elle en me fusillant des yeux. Emmenez-le !

Sans me faire prier, je rejoins les gardes qui m’attendent. Je tâche de garder un air contrit tandis que nous cheminons. En réalité, même s’il ne me tarde pas de découvrir quel coup tordu cachent ses menaces, je suis plutôt soulagé. Pour l’instant, Alka semble hors de tous soupçons.

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