39- La deuxième épreuve 1/2

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« Edan m’avait prévenue, ne plus être soumise aux effets de l’Optimem ouvre une porte, une porte qui mène vers une nouvelle vision du monde, une porte qui mène vers une version de soi-même que l’on ne connait pas… »

Assis dans la salle d’attente d’où nous partirons, moi et mon équipe attendons le départ vers l’aire de lancement pour le DC. La deuxième épreuve commence dans quelques instants. J’essaie vainement de me concentrer sur le présent, rien ne fonctionne. Je suis hantée par les mots qu’Alka m’a adressée via son « journal de bord ». J’ai profité d’un temps libre durant lequel j’ai prétexté une sieste. Caché sous les draps, j’ai ouvert le dossier. C’était bien ce que je pensais, son récit de notre périple sous les Bulles de la deuxième ceinture avant qu’elle ne fissure… et la suite. Comment elle a appris à lutter contre les effets de l’Optimem. Elle s’y rend toutes les semaines, malgré la conscience aigue de ce qu’elle va y endurer. Car elle se souvient … elle n’est pas certaine qu’elle se souvient de tout… Mais, elle garde en mémoire les séances, ce que MAGIE veut lui faire oublier, les décharges électriques qui lui vrillent le cerveau, les maux de tête qui s’en suivent puis de retour chez elle, la lecture pénible et angoissante des souvenirs qu’elle a couché sur son journal pour être sûr qu’on ne lui a rien enlevé.

  • Levez-vous, nous ordonne une voix métallique.

La porte s’ouvre sur des gardes. D’un signe, ils nous indiquent de les suivre.

« J’ai découvert qu’il y a toujours des humains dans les salles d’Optimem … des gardes. Avant, je les oubliais. Depuis, je me demande pourquoi ils sont là, pour protéger qui ? de quoi ? … »

Je marche derrière William. À chaque pas, une nouvelle question : Est-ce que ces gardes font cela aussi ? Est-ce qu’ils regardent leurs compatriotes se faire griller le cerveau ? Est-ce qu’ils s’en rappellent ? Jusqu’où va la manipulation ?

Nous entrons dans une toute petite pièce ronde, nous devons nous serrer pour tous y tenir.

  • On va bouger, murmure Ariel en inspectant la pièce du regard.

Elle saisit au vol mon incompréhension.

  • Je pense que cette pièce va bouger, elle va certainement nous conduire dans l’arène, m'explique-t-elle.

J’opine, un genre de loge mobile donc, en moins confortable. On y est presque, il faut que je me ressaisisse. Je voudrais oublier, quelle ironie ! Je voudrais oublier la dernière lettre d’Alka à mon intention, oublier l’horrible tristesse, la rage silencieuse que j’ai éprouvées lorsque ces mots dansaient dans ma tête alors que la Stratège Alka, glaciale et hautaine, nous tenait notre dernier briefing avant l’épreuve.

« Edan m’a dit qu’il fallait être vigilant, lutter en permanence, que cette porte pouvait être refermée à tout moment. Il ne savait pas. Comment l’aurait-il pu ? Je l’ignorais moi-même au début. Et puis, j’ai fini par comprendre. Il n’y a plus de porte à refermer chez moi. L’amour que je te porte l’a explosée, désintégrée ouvrant sur un univers infini, magnifique et terrifiant. On ne peut pas m’arracher les souvenirs que j’ai de toi. Tu es mon bouclier et mon arme. Tu es ma force, celle qui me donne l’énergie de résister et de rêver que d’autres puissent être eux-mêmes. Je sais que tu as peur pour moi. Tu ne devrais pas. Je suis libre désormais. Reste cet homme qui a permis que je brise mes chaines, bats-toi, je t’en conjure ! Je t’aime. »

Une vibration. Ariel avait raison, la pièce se met en mouvement me forçant à revenir au présent. Tandis que je me cale sur une paroi en soupirant, Ariel se fraye un chemin vers moi. Son visage fermé et ses sourcils froncés m’interpellent. Elle me dévisage en silence.

Soudainement, elle me gifle. Je me redresse pour saisir son poignet avec qu’elle ne recommence.

  • Qu’est-ce qui te prends ? m’énervé-je.
  • T’étais pas là, me répond-elle d’une voix calme.
  • Donc, tu me frappes ?

Elle ne se démonte pas.

  • Arrête de jouer les abrutis. Concentre-toi et je te frapperai plus.

En effet, inutile d’en rajouter, elle a raison.

  • Entendu, acquiescé-je en m’adossant à nouveau à la paroi.

Elle s’installe à côté de moi.

  • Tu devrais me remercier, murmure-t-elle juste pour moi. Grâce à moi, ta réputation de héros sexy et infaillible sera sauve.

Surpris, je lui jette un regard qu’elle me rend accompagné d'un léger sourire en coin.

  • C’est sensé m’aider à me concentrer, ça ?

Pour seule réponse, elle rit doucement. Je finis par sourire à mon tour.

  • T’as une drôle de façon de te préparer au combat, toi ? lui chuchoté-je.
  • En tout cas, elle est plus efficace que la tienne, me réplique-t-elle juste avant que la pièce ne cesse de bouger.

Pas le temps de répondre, le sol s’escamote. Nous sommes dans l'arène.

Un air brûlant s’engouffre dans l’habitacle cylindrique, charriant avec lui les clameurs des spectateurs. Comme des papillons de nuit irrésistiblement attirés par la lumière, nous nous approchons du trou béant pour voir ce qui se trouve en contrebas. Pas grand-chose à première vue, du sable d’un rose maladif parsemé d’éclats brillants. L’espace d’un instant, je suis transporté à Tamanrasset. Là-bas aussi, le sable se pare de rose sous les rayons brûlants de l’astre solaire. Je revois les visages des hommes du désert et ce qu’ils m’enseignaient pour m’apprendre à avancer au milieu des tempêtes de sable.

Le sable se disperse. Pas toi, Noway. Sois un, à chaque pas, à chaque seconde, à chaque souffle. Sois ton propre refuge.

Ariel émet un grognement sourd et se met à plat ventre pour pouvoir passer la tête par l’ouverture. Tout aussi curieux, je l’imite. Comme l’avait anticipé Alka lors de notre dernière réunion, nous nous trouvons au centre de la zone. Je balaie les lieux du regard. Partout cette étendue plane et sableuse. Je ne vois pas les refuges des autres équipes, mais aperçois, à la périphérie, quatre portes ouvragées à équidistance les unes des autres. Sur chacune est inscrit le nom d’une équipe.

La voix de MAGIE s’élève.

  • Bienvenue mes enfants ! Voici les règles de la deuxième épreuve : L’épreuve durera au maximum trois heures. Tous les combattants devront être sortis de leur base d’ici une heure. Passé ce délai, ils seront éliminés. Pour être déclarée sauve, chaque équipe doit atteindre sa porte et réussir à l’ouvrir.

Elle marque une pause pour laisser le public exulter.

  • Place au spectacle ! Je déclare la deuxième épreuve du DC ouverte, conclut-elle sous les vivats de la foule.

Aro d’Océanie et le nouveau venu d’América apparaissent aussitôt dans l’arène.

  • Les cons, murmure Ariel.
  • Il n’y a pas de menace en vue, peut-être est-ce une bonne idée ? S’ils sont assez rapides… objecte William qui nous a rejoint dans notre réunion tête en bas.

Partageant plutôt l’opinion d’Ariel, je les observe. Un nuage de particules scintillantes s’est élevé lors de leur atterrissage. Mais, elles ne retombent pas, elles se mettent à tourbillonner autour d’eux, toujours plus près, comme une nuée d’insectes agressifs. Les deux hommes giflent l’air en tous sens pour s’en débarrasser. Malgré cela, elles se rapprochent toujours plus, à les toucher. On aperçoit leur scintillement sur leur peau, on les voit disparaître dans leurs nez et leurs bouches. Leurs yeux s’écarquillent et se mettent à pleurer des larmes de sang. Leurs visages ruissellent d’hémoglobine par tous les orifices. S’asphyxiant dans leurs propres fluides, ils s’écroulent bientôt, raides morts.

  • Enfilez vos masques osmotiques, nous enjoint la voix froide d’Alka.

Le sang des deux cadavres s’écoule et forme des rigoles pourpres sur le sable rose pâle. Je me relève avec cette image et laisse le feu froid de ma rage faire son œuvre.

  • Regardez, nous intime Ariel que rien ne semble déconcentrer.

Elle nous indique l’une des portes. De part et d’autre, des pans de paroi coulissent pour laisser apparaître de grandes ouvertures ovales. Des êtres de petite taille, d’apparence humaine, en sortent sans se presser. Imberbes et chauves, ils ont la même teinte que le sable qu’ils foulent. Nus et manifestement asexués, ils en seraient presque comiques, jusqu'au moment où ils s’élancent vers les deux corps sans vie. Ils ne marchent pas, ils glissent. Leurs pieds semblent fusionner avec le sol. Arrivés à destination, ils se jettent sur les dépouilles toutes dents dehors et les dépècent à une vitesse prodigieuse. En quelques minutes, il ne reste que des os.

Repus, sans se soucier de leur peau souillée par le sang de leurs victimes, ils s’éloignent de quelques mètres. C'est alors que le sable se met à bouger, formant un cône inversé tourbillonnant qui avale le peu qu’ils ont laissé, en quelques secondes.

En quelques minutes, deux hommes sont morts dans d'atroces souffrances, toutes traces de leur existence effacées. Le silence est assourdissant dans les gradins. Les Bullites sont sidérés. Quelques secondes. Puis fuse un premier cri impatient.

  • Allez ! Sortez ! Qu'est-ce que vous attendez ?
  • Ouais ! Allez, à l'attaque !
  • Battez-vous, bande de lâches !

De plus en plus nombreuses et de moins en moins aimables, les invectives se muent bientôt en insultes accompagnés de sifflets stridents.

Y-a-t-il vraiment quelque chose de bon à sauver sous les Bulles ?

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