16- Ouvrir ses perspectives

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J’arpente les coursives en compagnie d’Edan. Noway et Victo l'HC d'Edan, nous suivent à quelques mètres de distance. À notre arrivée, Edan les a présentés l'un à l'autre en disant, sur le ton de la plaisanterie, que même les hommes de compagnie ont besoin de compagnie. Puis il m'a offert son bras. Tandis que nous déambulons au-dessus des quartiers d'habitation, il m’explique d’un ton badin la conception et l’agencement spécifique des Bulles Ter qui produisent des combattants humains. Tout est pensé pour éviter les déplacements de front d’un trop grand nombre de personnes ou les rassemblements. Nous passons devant l’immense place centrale où trône le centre d'entrainement : facilement encerclable, discrètement cernée de miradors et de multiples réserves d’armes de neutralisation des foules. Des trappes d'accès sont camouflées afin de pouvoir intervenir n'importe où, très vite.

Une partie de moi admire le travail de réflexion et d’anticipation des ingénieurs de l’habitat SD, l’autre essaie d’imaginer l’état d’esprit de Noway.

  • Une bien belle prison tout confort, dis-je tout haut.

J'étouffe un hoquet de surprise en réalisant que ma propre bouche vient de prononcer ces mots-là et rougis sous le feu du regard du Maître des lieux. Celui-ci, après quelques secondes d'un silence de plomb, éclate d'un grand rire. Devant mes yeux ronds, il rit de plus belle. S'essuyant les yeux, il me presse gentiment l'épaule.

  • Vous êtes vraiment une très intéressante jeune femme ! Allez, continuons ! me dit-il d’un air badin.

Je lui emboîte le pas, atterrée par mon comportement et stupéfaite du sien.

Arrivés au centre de la Bulle, Edan ordonne à nos deux HC de nous attendre et m’entraine dans un ascenseur. Il tient absolument à me montrer quelque chose. Je l’écoute à peine… encore stupéfaite et inquiète de mes réactions imprévisibles de plus en plus fréquentes.

Nous débouchons dans une minuscule pièce circulaire où sont disposées deux combinaisons.

Edan me montre un sas.

  • Derrière ce sas, c’est le Dehors ! Souhaitez-vous y jeter un œil ? me demande-t-il avec un air conspirateur.

Devant mon expression effarée ou hagarde, je ne sais pas trop, il reprend son sérieux.

  • ¾ Je vous rappelle que j’ai consulté votre dossier. Par conséquent, je sais que vous n’y êtes jamais allée alors que vous avez bien assez de points pour y prétendre. Je souhaite juste vous offrir une opportunité, Alka. Bien sûr, vous êtes libre d’accepter ou de refuser, conclut-il sur un ton bienveillant.

Pourquoi pas ? Ça me permettra de me changer les idées voire de les éclaircir.

J’acquiesce et enfile la combinaison. Une fois le sas déverrouillé, je franchis le seuil derrière Edan.

Debout sur une sorte de balcon culminant à une cinquantaine de mètres du sol, une vue immense s’offre à moi. Les nuages défilent si vite et le bruit du vent dans mes oreilles est si présent que je suis prise de vertige. Sans les ajustements de ma combinaison, je tomberai face contre terre.

Une fois stabilisée, je reste fascinée par les phénomènes se déroulant devant mes yeux : le ciel, je l'ai déjà vu mais à pleine vitesse dans mon aérojet. Là, je me perds dans l’infinité changeante aux nuances de bleu et de blancs. Je me laisse porter par le glissement des nuages. Je découvre comment les cieux et la terre s'embrassent, les herbes ondulant sous la caresse invisible du vent.

Je pourrais contempler des heures ce spectacle enivrant, Edan me rappelle à la réalité. Nos combinaisons ont une faible autonomie, elle touche à sa fin. Je quitte à regret mon poste d’observation.

Une fois rentrés, j’adresse mon plus beau sourire à Edan et le remercie chaleureusement.

Il rit de bon cœur et me demande si finalement je tenterai un jour l’aventure. Euphorique, je lui réponds du tac au tac, que je le ferai dès que possible.

Alors que nous descendons via le tube, j’aperçois Noway nonchalamment adossé à la rambarde, les bras croisés. J’admire sa silhouette, telle l’esthète du génôme humain que je suis.

Quel ADN peut donner un corps aussi…

Mon regard voyage jusqu’à son visage. Il dégage une tension si douloureuse.

La découverte de son expression m’inflige une douleur physique, une aiguille fineet longue s’enfonçant dans mon abdomen. Pourquoi semble-t-il tant souffrir ? Qu’y-a-t-il de si insupportable dans notre mode de vie ?

Je blêmis, ce qui m’attire un regard étonné d’Edan. Intérieurement, c’est la panique.

  • Maya… bafouillé-je
  • Quoi, Qui est-ce ?
  • La propriétaire de Noway.

Il me fixe d’un air perplexe.

  • Je vois bien qu’il est déboussolé, tenté-je d’expliquer. Elle l’a payée si cher. Pardon, c’est juste que l’angoisse m’a saisie à l’idée de ce qu’elle pourrait ressentir si je le lui rendais en mauvais état !

Il me regarde un long moment, les sourcils froncés. Il esquisse un petit sourire en coin.

  • Peut-être qu’un peu d’exercice lui ferait du bien ? me suggère-t-il. Si vous voulez, je peux dégager un créneau pour une séance de course augmentée.
  • Je n’aime pas trop la course augmentée, lui avoué-je ennuyée. Cependant, si cela peut améliorer son état, je veux bien. Merci.

Quand l’ascenseur ouvre ses portes, Noway s’est recomposé un visage indifférent. Cela me serre la gorge.

Pourtant, comme si de rien n’était, je salue Edan que j’ai convenu de retrouver au dîner et entraine Noway d’un pas décidé vers sa première séance de course.

Je ne prends pas la peine de lui expliquer. Je lui indique juste ce qu'il doit faire. Il ne bronche pas, gardant cette attitude lointaine comme étrangère à sa propre existence.

Nous enfilons nos jambes. Je règle le pourcentage d’augment’ à 25 pour lui et 50 pour moi. Toujours sans mot dire, je me dirige vers le sas que j’ai ouvert. Je l’entends respirer derrière moi. Alors qu’il s’apprête à me demander des explications, je m’élance en criant « suis-moi ! ». Je commence à une allure soutenue mais raisonnable, lui me collant aux talons. Après un premier tour de piste, je ralentis pour lui jeter un coup d’œil.

J’étouffe un grognement de dépit en découvrant son air impénétrable et ses cheveux à peine ébouriffés. J’élève le pourcentage d’augment’ et repars à vitesse maximale. J’ignore s’il me suit mais à la fin de la boucle je décide d’enchaîner sur un deuxième tour. J’espère pouvoir gagner encore en vitesse si je calcule mieux mes trajectoires. En effet, je réussis à accélérer encore.

Satisfaite, je freine tranquillement à la fin du tour pour évaluer les effets de notre activité sur le visage imperturbable de mon partenaire. Il a pris des couleurs. Enfin !

  • Maitresse Alka, m’autorisez-vous à passer devant ? m’apostrophe-t-il.
  • Je t’en prie.
  • Combien de tours ?
  • Tu le sauras, quand je te passerai devant ! fanfaronné-je.
  • Je doute que vous y arriviez, réplique-t-il avant de s’élancer.

Il file comme une flèche. Il présente une course fluide, instinctive. Il faut être extrêmement concentrée pour le suivre. Quelles sensations !

Après trois ou quatre tours, j’envisage une stratégie pour le doubler. Je ne pourrai le déborder que dans un virage, au prix d’une très grosse accélération.

Après quelques essais infructueux, j’y parviens. Quelle joie ! Cela me donne la force de garder l’allure, mais au bout de deux tours, il reprend la tête. Je grince des dents avant de me lancer à sa poursuite.

Nous jouons ainsi au chat et à la souris pendant les deux heures qui nous sont accordées. À notre arrivée au sas, ses cheveux sont ébouriffés, son teint luit de sueur et ses yeux brillent. Pour la deuxième fois, il me sourit.

  • Merci, C’était une expérience plaisante, concède-t-il.

Je suis contente. Je me sens bien ! J’ai accompli la mission que je m’étais assignée. Peut-être trouverais-je d’autres idées pour permettre à cet homme de s’apaiser ?

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