3.1 Trahisons

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 La grande cité au centre des Hautes-Terres d’Oloven se nomme Creana. C’est également le point géographique le plus élevé du pays. Cette position stratégique permet aux prêtres d’observer les douze brasiers d’Imara depuis le confort de la capitale. Il n’y a pas de fortification notable, mais les entrées et sorties de la ville sont tout de même surveillées. Étant le centre fondamental de l’adoration de la déesse de lumière, tout le monde y est le bienvenu.

 Un chariot tiré par un cheval s’apprête à y entrer par la route du sud. Un garde est posté sur les deux côtés du chemin. Vêtus du manteau blanc traditionnel de prêtres d’Imara, ils portent également un long scapulaire bleu marqué du symbole de la déesse. Ils sont au garde-à-vous et patientent calmement que le chariot passe. Tout à coup, une prêtresse bloque la voie. D’un air inquiet, elle bombarde le conducteur arrivant de questions:
« Yrena, qu’est-ce qui s’est passé? Comment une telle chose a-t-elle pu arriver? Deux de mes prêtres devaient se trouver à ce brasier. Est-ce qu’ils ont pu s’échapper? »

 La femme qui se tient au milieu de la route est Elora Oloven, la grande prêtresse de l’église Oloven. Elle est dans la trentaine et en temps normal, très jovial. Mais depuis que le brasier sud s’est éteint cette nuit, son visage a pris des traits anxieux. Des cheveux châtains descendent jusqu’à ses épaules. Les mains sur ses larges hanches, elle attend une réponse de la souveraine. Yrena prend la parole:
« Je ne suis pas certaine de ce qui s’est passé. Mon église va lancer une enquête. Pour ce qui est des prêtres… Ils sont morts. Je n’ai pas pu trouver le cadavre d’Illphas ni celui de ton deuxième prêtre. »

 Sur ces mots, Elora s’approche du chariot. Entassés à l’intérieur, quatre corps enroulés dans des draps blancs sont distinguables. Trois d’entre eux sont plutôt corpulents, mais la dernière dépouille a une plus petite carrure aux contours fins. Le choc déstabilise la grande prêtresse Oloven. Une larme roule sur sa joue. La vérité lui semble évidente, mais elle questionne tout de même:
« C’est elle? Est-ce que c’est ma petite Aurae? »
Elle s’approche du corps. Elle veut en avoir le coeur net en soulevant le tissu qui lui couvre le visage, mais avant de pouvoir effleurer le drap, la lame d’Yrena s'abat sur le rebord du chariot, à quelques centimètres des doigts de la bonne femme. Confuse et en colère, elle demande des explications. Yrena clarifie la situation:
« Ces corps sont des éléments cruciaux pour comprendre comment les ténèbres ont pu s’infiltrer et étouffer la flamme d’Imara. Personne n’est autorisé à les toucher avant que mon église ait terminé de les étudier. »
Sans plus tarder, la dirigeante des Xilfiel reprend les rênes et le chariot recommence à avancer. Elora reste sur place et les regarde s’enfoncer dans la ville.

 « C’était risqué », pense Aurae. Quand elle a entendu la voix de la grande prêtresse Oloven, elle a failli perdre son calme. Heureusement, Yrena a bien maîtrisé la situation. Le plan de la souveraine de Hautes-Terres était de faire passer Aurae pour un cadavre le temps de retourner à la capitale, évitant ainsi la possibilité que quelqu’un remarque son état de mort-vivant. Étant donné son statut, les gardes n’ont pas posé de question sur le contenu de son chariot. Maintenant qu’ils ont confronté Elora sans l’alerter, le plus délicat sera de traverser la ville jusqu’à la cathédrale Xilfiel où Yrena tentera de restaurer l’état de la jeune prêtresse.

 Le chemin qu’ils empruntent mène directement au centre-ville sur une ligne droite qui traverse les habitations de pierres et plusieurs commerces. À chaque secousse, Aurae se remémore chacune des maisons sur la rue. Elle a fréquemment pris cette route pour aller à l’orphelinat, le chariot vient tout juste de dépasser la ruelle qui s’y rend. Quelques minutes après, ils passent en face du kiosque de fruits et légumes de son père. Cette partie du chemin est plutôt endommagée ce qui brasse violemment les carcasses du chariot. Une fois que les secousses se seront arrêtées, leur destination ne sera plus très loin.

 Le chariot s’arrête. Aurae peut entendre Yrena poser pied à terre puis s’approcher. La souveraine veille à ce que le drap recouvre bien le corps de la jeune prêtresse et la soulève ensuite pour la transporter sur son épaule. Elle monte des escaliers et ouvre une porte. Une fois à l’intérieur, Yrena interpelle quelqu’un:
« Occupez-vous des corps dans le chariot dehors. Informez leur famille et incinérez-les par précautions. Je dois examiner celui-ci, nous rendrons hommage aux défunts plus tard. »

 La suite se passe en silence. La grande prêtresse ouvre une autre porte. Aurae reconnaît le cliquetis des clefs alors qu’Yrena verrouille le passage et dépose la jeune fille. Yrena retire le drap qui recouvrait Aurae. Elles sont seules à présent. La pièce est sombre et humide. Cependant, ce n’est pas un problème pour la prêtresse morte-vivante qui peut contempler la salle comme si elle était éclairée par la lumière du jour. Les murs en pierre semblent de construction récente si on compare au reste de la ville. Il n’y a pas de fenêtre. À quelques pas devant elle, un escalier en colimaçon s’enfonce profondément dans les entrailles de la Terre. Yrena lance un miracle de lumière qu’elle tient dans sa main gauche et attrape Aurae par le bras qui est soudainement éblouie par l’éclairage environnant. Sans plus tarder, les deux prêtresses empruntent l’escalier et descendent de plusieurs étages jusqu’à finalement arriver dans une large caverne naturelle.

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