2.3 Allégeances

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 La prêtresse se retrouve à nouveau seule. Elle se laisse bercer par l’illusion que l’église l’aidera. Qu’ils trouveront un moyen de la ramener comme avant. Mais en réalité, elle sait que si quelqu’un s'aperçoit qu’elle est morte-vivante, elle sera exécutée sur place: « Je veux vivre. », se dit-elle à elle-même, mais elle n’a aucune intention de fuir et trahir son allégeance envers l’église. Elle n’a donc pas d’autre choix que de retourner à la capitale et espérer que les grandes prêtresses l’écoutent.

 Aurae ramasse quelques couvertures dans le bâtiment et elle sort. Les cadavres de ses compagnons sont toujours étendus dans la poussière. Elle enroule leur corps dans les draps qu’elle a apportés et prie pour leur âme. Elle en profite également pour récupérer son pendentif d’Imara. Le guerrier mort-vivant ne l’avait pas lancé bien loin. Elle déchire un morceau de tissu et emballe le symbole sacré pour éviter de se brûler. Ensuite, elle s’occupe avec les tâches habituelles du gardien du brasier. Elle fait le ménage dans la tour, elle transporte le reste du matériel qui est resté dans le chariot en bas de la colline et elle tente de sanctifier à nouveau le grand brasier d’Imara. Sans succès.

 Un peu plus tard, Aurae décide de charger le chariot des corps de ses défunts camarades dans le but de les transporter hors du brouillard. Elle devrait au moins être capable de les tirer jusqu’au village le plus proche pour qu’ils soient enterrés dans un cimetière. Une fois que les dépouilles sont toutes embarquées, la prêtresse soulève le manche et se met à tirer de toute ses forces. Le chariot avance, lentement. Aurae avait des doutes sur sa capacité à tirer ce poids lourd sur une si longue distance. Surtout que la route est en pente montante tout le long. Mais la fatigue ne vint pas. Peu importe le temps qui passait, Aurae ne faiblissait pas. Cette constatation confirmait à la prêtresse qu’elle n’était plus tout à fait humaine.

 Cela fait quelques heures que la jeune femme avance. Elle sortira bientôt du brouillard vers le premier village humain. Heureusement, la nuit est tombée et elle pourra peut-être passer inaperçue. Soudain, des bruits de galop se font entendre. Aurae lève la tête pour repérer la source. Devant, une sphère de lumière éclatante s’approche rapidement en traversant le brouillard noir. À cette cadence, la lueur et Aurae vont se croiser à tout moment. Il serait probablement plus prudent d’éviter une confrontation pour le moment. La prêtresse tire son chariot hors du sentier et s’éloigne un peu. Elle dépose le tout et se cache derrière le véhicule. Elle espère voir ce qui approche sans se faire détecter.

 La boule lumineuse passe à côté de la prêtresse. Le rayonnement est éblouissant, mais il est possible de distinguer la silhouette d’un cavalier galopant tenant une épée étincelante en l’air. Le cheval s’arrête sec. L’individu descend de sa monture et pointe son arme dans toutes les directions pour éclairer les environs. Aurae est toujours cachée et observe entre les fentes du chariot, la lumière lui brûle les yeux. Est-ce qu’elle a été repérée? En portant plus attention à cette personne, elle arrive à déterminer que c’est une prêtresse d’Imara. Elle reconnaît la robe traditionnelle couverte de symbole doré. Un plastron métallique reflète l’éclairage de son arme. Une longue chevelure noire lui tombe jusqu’aux reins. Aurae reste en retrait jusqu’à ce qu’elle aperçoive la couronne de pierre blanche sur la tête du cavalier. C’est le même type de pierre qu’on utilise pour les pendentifs d’Imara. C’est la couronne du souverain des Hautes-Terres d’Oloven. Cette personne est la grande prêtresse Yrena Xilfiel.

 Aurae sort de sa cachette. Si la grande prêtresse Yrena est là, peut-être que son sort sera différent. Elle approche prudemment la souveraine en se protégeant les yeux. Lorsque Yrena pointe son arme vers la jeune prêtresse, Aurae se prosterne par respect et confirme sa fidélité: « Aurae Oloven Araynore, prêtresse d’Imara. À votre service. »

 L’ambiance est tendue. Il n’y a pas de doute que la grande prêtresse a immédiatement déterminé la nature ténébreuse de la jeune femme au premier coup d'oeil. Le silence s’installe un bon moment jusqu’à ce qu’Aurae relève légèrement la tête pour voir pourquoi elle ne reçoit pas de réponse. D’un grand coup, Yrena assomme la prêtresse du plat de son épée. Non pas pour la blesser, mais un éclair doré jaillit de la lame. Aurae est poussé au sol par une force invisible. Incapable de se relever et étendue par terre, elle est complètement paralysée. En enfourchant son cheval, Yrena annonce: « Je n’ai pas le temps de discuter. Je reviendrai plus tard. » Puis elle détale à toute vitesse.

 Le visage dans la poussière, Aurae essaie de toutes ses forces de bouger, mais rien n’y fait. C’est comme si des chaînes l’entravaient. Abandonnant l’idée de se relever, elle en profite pour réfléchir à la suite:

« La grande prêtresse a dit qu’elle allait revenir après tout. Elle ne m’a pas exécutée. C’est bon signe, non? Elle doit savoir comment restituer mon humanité, sinon elle ne m’aurait pas laissé la vie. »

 Puis elle se mit à imaginer ses retrouvailles avec sa famille. Elle s’effondrera dans les bras de sa mère. Elle racontera son aventure à ses petits frères et soeurs. Esta, la plus jeune soeur, sera certainement la plus impressionnée par cette histoire. Elle devra sermonner son grand frère de l’avoir abandonnée à la mort, mais si elle s’en sort, elle lui pardonnera tout. Elle s'égare dans ses pensées un long moment. Combien de temps s’est-il passé, elle l’ignore. Suffisamment assez de temps pour que Yrena se soit rendue jusqu’au brasier d’Imara. Elle doit déjà avoir rallumé la flamme. La force de sa foi est incomparablement supérieure à la sienne. La grande prêtresse n’a sans doute qu’à claquer des doigts pour invoquer la toute-puissance de la déesse de lumière. Et comme pour valider ses doutes, le brouillard sinistre se mit lentement à se dissiper. Il ne restera bientôt plus que la nuit étoilée.

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É. de Jacob

Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Si tu souffres de l’agression de tes idées noires,
Si tu croupis dans la prison de tes ténèbres en plein jour,
Si tu ne vois plus la lueur au bout de ton désespoir,
Sache que ton chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Apprends à changer ta vision du réel.
N’accorde pas prise aux reproches,
Ni à ta condamnation personnelle.
Du renouveau de ton âme, tu approches.
D’abord, pour les autres et toi : ton pardon ;
Des remords et des regrets : ton absolution ;
Ton apprentissage de l’amour : ta solution ;
Laisser derrière toi le passé, ta résurrection.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour
La foi en la Divinité te paraît peut-être stupide,
Car tu es persuadé qu’il s’agit d’un monde irréel.
Si une personne t’en parle, tu t’éloignes d’elle,
Tu ne veux pas du tout entendre ces ritournelles.
Mais laisse-moi te dire que la Divinité n’est pas religion ;
Que tu peux entrer en contact avec Elle simplement,
Sans rites, sans dogmes, sans menaces de punitions
Sans obligations, ni restrictions, ni peur du châtiment.
De même que, si tu commences à converser avec Elle,
Elle te répondra, et tu ressentiras alors pour Elle
Un amour illimité qui te fera sentir tout autre.
Ne crains rien, tu n’as pas à devenir apôtre.
Converse avec le ciel, les nuages et les esprits,
Une merveilleuse et magique musique, tu verras,
Commencera à te combler d’une immense joie,
Sur le chemin illuminé de l’amour inédit, infini.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Mais peu importe que tu refuses ce lien divin,
Si, au moins, tu recherches dans les nuages et le ciel,
Le réconfort bienfaisant de la Lumière spirituelle,
Alors, tu auras, à mes yeux, emprunté le bon chemin.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Voilà la merveilleuse voie de ta guérison,
La magnifique route inversée de tes désillusions.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
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É. de Jacob
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