2.2 Allégeances

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 À l’extérieur de la tour, le mort-vivant s’impatiente d’attendre la prêtresse. Ça fait près d’une heure qu’elle s’est enfermée. Il veut bien laisser du temps à cette jeune femme de méditer sur les changements dramatiques de sa nouvelle vie en tant que créature de ténèbres, mais ils devront partir bientôt. L’extinction du brasier d’Imara va rapidement attirer l’attention. Il ne voudrait pas être pris dans une reconquête des terres par les créatures de lumière ou encore pire, que les bêtes titanesques du seigneur des ténèbres viennent explorer les lieux.

 Le mort-vivant se dépêche d’entrer dans la tour. Il monte les escaliers et se retrouve face à la porte close de la chambre de l’étage. Avant d’ouvrir, il entend la prêtresse chuchoter faiblement: « … que ta bonté protège l’innocent. Que ta lumière disperse les ténèbres. Que ta volonté réduise le mal à néant… » C’est une prière à la déesse de lumière. Nerveux, il ouvre grand la porte de la chambre et constate la scène lamentable qui s’y déroule.

 Au centre de la pièce, la prêtresse est à genoux, en position de prière et tenant le symbole d’Imara entre ses mains. Elle ne chuchote pas sa prière, elle étouffe. Ses cheveux blonds ont pris une couleur grise. Ses yeux sont injectés de sang et pleurent abondamment sur un visage crispé de douleur. Ses mains brûlées tremblent en tenant le symbole de la déesse. Le mort-vivant accourt vers elle pour lui arracher le pendentif et le lancer rapidement par la fenêtre. Elle l’observe faire d’un regard assassin avant de se faire réprimander par le guerrier: « Mais à quoi tu penses? Tu devrais savoir que la déesse de lumière exècre les créatures de notre genre ». Il examine les paumes de la prêtresse. Les brûlures ont l’air douloureuses. Le mort-vivant fouille dans sa poche pour en sortir une pierre d’obsidienne. La même qui était attachée au bâton de son ancien maître. Il avait profité du temps qu’Aurae dormait pour aller la récupérer. Il demande à la prêtresse de la tenir dans sa main: « Tu étais prêtresse, n’est-ce pas? Tu devrais pouvoir t’en servir. » Elle prend la pierre à contrecœur.

 Le mort-vivant poursuit: « Tu sais comment lancer un miracle de soin. La pierre devrait agir comme ton pendentif. Évite seulement de mentionner le nom de la déesse ».

 Aurae hésite un peu à suivre les instructions d’une créature des ténèbres, mais elle reconnait que sa situation est délicate. Bien sûr qu’elle sait soigner. C’est ce qu’elle sait faire de mieux. Mais si elle a perdu les grâces de la déesse de lumière, aucune chance que ça fonctionne. Elle serre la pierre entre ses mains. La prêtresse ferme les yeux et se concentre sur le miracle de soins. Elle peut alors sentir ses brûlures guérirent. Son énergie se restaurer. Même les cicatrices dans son dos semblent disparaitre. Elle n’a plus mal du tout. Puis elle sent une secousse et ouvre les yeux. Elle est en train de chuter dans le vide d’un abysse dont l’obscurité est impénétrable. Le silence est total. Il n’y a aucune odeur. Il ne fait ni chaud ni froid. Toute sensation s'évanouit. L'obsidienne est toujours entre ses mains. Bien que les ténèbres l’entourant ne lui semblent pas menaçantes, Aurae prend peur et laisse tomber la pierre, ce qui met fin à la vision.

 Cette sensation de tomber dans le vide. Les ténèbres. Il n’y a pas de doute, Aurae venait de se servir des pouvoirs maudits du père du mal. Elle pouvait comprendre qu’Imara la rejette et refuse de lui accorder ses miracles, mais elle ne s’attendait pas à ce que le seigneur du mal lui offre ses faveurs. Toute sa vie, Aurae a craint les ténèbres et a appris à détester tout ce qui s’y trouve. C’est dangereux. Alors qu’elle réfléchit à ce qui vient de se passer, le guerrier mort-vivant interrompt le cours de sa pensée: « Comme je pensais. Tu es bien une prêtresse. Quand un humain prêtre meurt et revient à la vie en mort-vivant, il garde ses compétences. Seulement, au lieu de te servir de l’énergie de la déesse de lumière, tu utilises l’énergie du dieu des ténèbres. C’est pareil pour tout le monde. » Il aide ensuite la prêtresse à se relever et se présente: « Je m'appelle Link Willow. Je peux t’aider à t'acclimater à ta nouvelle vie, comme tu ne pourras sans doute plus retourner d’où tu viens. »

 Aurae accepte également de se présenter, mais s’interroge: « Je m’appelle Aurae... mais pourquoi veux-tu m’aider? Nous étions pourtant ennemis ».

 Link lui explique son point de vue: « J’étais sous les ordres du prêtre Alabaster. Enfin, sous le contrôle d’Alabaster avec les autres guerriers. Il nous a ressuscités il y a longtemps, mais il gardait le contrôle total de nos actions. Je regrette sincèrement le mal que j’ai causé pendant ce temps. Quand notre maître s’est fait tuer par la créature géante qui est apparue près du brasier, nous avons repris le contrôle de nos corps. C’est un peu après que je t’ai vu revenir de la mort et marcher. C’est en partie de ma faute si tu es décédé, alors je dois bien t’aider un peu, non? Si tu es prête, nous pourrons descendre dans la forêt et en continuant vers le Sud, nous arriverons...» Il s’arrête de parler en voyant le regard déterminé de la prêtresse.

 Aurae prend la parole: « Je retourne à la capitale. Je dois rapporter ce qui s’est passé à ma grande prêtresse à l’église Oloven. Je ne suis pas ton alliée. Si tu veux m’aider, libre à toi. »

Link mesure la résolution de la prêtresse. Elle est sérieuse. Est-ce qu’elle a perdu la tête? Il tente de la convaincre de faire autrement: « Tu n’y arriveras pas. Tu ne l’as peut-être pas remarqué, mais il fait jour. Dès que tu sortiras du brouillard, tu t'affaibliras rapidement et tu mourras pour de bon cette fois ».

- « Le brouillard? Il n’a pas disparu après que le brasier s'est éteint? », questionne Aurae.

- « Pas du tout, c’est toi qui ne te rends pas compte de sa présence depuis que tu es une créature des ténèbres. », répond le mort-vivant.

 Aurae se concentre sur l’air l’entourant. En effet, en agitant un peu les bras, elle peut apercevoir un voile sombre onduler selon ses mouvements. Elle réplique en hésitant: « Je n’ai qu’à éviter le soleil. Je partirai cette nuit ».

 Link ramasse l'obsidienne qui est restée au sol, la range dans sa poche et s’éloigne: « Fais ce que tu veux. Les autres avaient peut-être raison de te laisser ici et de partir. Si tu changes d’avis, tu pourras voir un village dans la forêt en regardant vers le sud. Le village de l’Étoile du Loup. On peut y arriver avant la tombée de la nuit ». Puis il sort de la pièce. Aurae le regarde par la fenêtre descendre de la colline vers la forêt et le perd de vue.

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É. de Jacob

Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Si tu souffres de l’agression de tes idées noires,
Si tu croupis dans la prison de tes ténèbres en plein jour,
Si tu ne vois plus la lueur au bout de ton désespoir,
Sache que ton chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Apprends à changer ta vision du réel.
N’accorde pas prise aux reproches,
Ni à ta condamnation personnelle.
Du renouveau de ton âme, tu approches.
D’abord, pour les autres et toi : ton pardon ;
Des remords et des regrets : ton absolution ;
Ton apprentissage de l’amour : ta solution ;
Laisser derrière toi le passé, ta résurrection.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour
La foi en la Divinité te paraît peut-être stupide,
Car tu es persuadé qu’il s’agit d’un monde irréel.
Si une personne t’en parle, tu t’éloignes d’elle,
Tu ne veux pas du tout entendre ces ritournelles.
Mais laisse-moi te dire que la Divinité n’est pas religion ;
Que tu peux entrer en contact avec Elle simplement,
Sans rites, sans dogmes, sans menaces de punitions
Sans obligations, ni restrictions, ni peur du châtiment.
De même que, si tu commences à converser avec Elle,
Elle te répondra, et tu ressentiras alors pour Elle
Un amour illimité qui te fera sentir tout autre.
Ne crains rien, tu n’as pas à devenir apôtre.
Converse avec le ciel, les nuages et les esprits,
Une merveilleuse et magique musique, tu verras,
Commencera à te combler d’une immense joie,
Sur le chemin illuminé de l’amour inédit, infini.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Mais peu importe que tu refuses ce lien divin,
Si, au moins, tu recherches dans les nuages et le ciel,
Le réconfort bienfaisant de la Lumière spirituelle,
Alors, tu auras, à mes yeux, emprunté le bon chemin.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Voilà la merveilleuse voie de ta guérison,
La magnifique route inversée de tes désillusions.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
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