2.1 Allégeances

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Il y a quatre mois qu'Aurae est devenue prêtresse pour les Oloven. Son initiation a eu lieu peu de temps après que la grande prêtresse Elora Oloven ait confirmé la force de sa foi. Plusieurs membres de l'église s'étaient déplacés pour accueillir la nouvelle recrue. Un nouveau membre à la famille est une occasion de fêter pour les prêtres. Du thé et des petits gâteaux aux fruits sont servis. Aurae raffolait particulièrement des gâteaux aux fraises des champs. Cette cérémonie a pour but de familiariser les nouveaux prêtres à leurs frères et soeurs adoptifs, rencontrer tout le monde et tisser des liens.

Après consultation avec la grande prêtresse, un instructeur est normalement attitré à la nouvelle recrue. À la demande spéciale du père Arun Oloven Olana, Aurae lui avait été confié. C'est lui qui a inspiré Aurae à s'enrôler dans le clergé. Alors qu'elle était encore loin de la vie religieuse, le prêtre avait aperçu la jeune femme faire acte de bonté et de générosité à plusieurs reprises. Notamment, elle avait réussi à convaincre son père, Durlan, de la laisser récupérer les produits de moins bonne qualité ou sur le point de pourrir de son kiosque de fruits et légumes et de les remettre à l'orphelinat local. À la fin de sa journée de travail au kiosque, Aurae remplissait un panier de denrées invendues et l'apportait aux orphelins tous les soirs. C'est sur cette route qu'Arun croisait fréquemment Aurae qui passait en face de l'église Oloven.

Un soir, alors qu'elle portait son panier rempli, un inconnu la suivait discrètement. Le prêtre s'en aperçut et crut sage de surveiller cet individu. Vu son accoutrement, on pouvait déterminer que cette personne était un vagabond. Arun espérait que l'individu mendierait un peu de nourriture à Aurae et s'en irait sans causer de problème. Malheureusement, une fois qu'il s'est imaginé hors de vue, le vagabond a foncé sur sa cible. Il a attrapé la fille par l'épaule pour la retourner et rapidement révéler un pieu en bois pointé sur elle. « Donne-moi ton panier et ne crie pas ». Paniquée, Aurae s'agitait nerveusement. Elle ignora les directives de son agresseur et hurla au secours en se débattant. C'est à ce moment qu'Arun fit son entrée. Il accourut vers le vagabond qui prit par surprise, planta le pieu dans l'épaule de sa victime et arracha le panier de ses mains en courant. Il ne fallut qu'une seconde à Arun pour arrêter la course du voleur. « À genoux », dit-il d'une voix qui fit trembler le sol. Le vagabond s'arrêta et se mit mystérieusement à genoux en tremblant. Après avoir soigné miraculeusement l'épaule d'Aurae, le prêtre approcha la personne captive de son ordre. Il prit une pomme et la remit à l'homme avant de rejoindre Aurae avec le panier. « Tu peux te relever ». Arun et Aurae portèrent le panier à l'orphelinat et le prêtre accompagna la fille chez elle. Après toutes ces émotions, elle s'endormit profondément.

 Au réveil, Aurae sent toujours la douleur dans son épaule. Le pieu a probablement laissé une cicatrice, il faudra qu'elle regarde dans un miroir. Étendue dans son lit, elle ouvre péniblement les yeux. Assis sur une chaise à côté, son frère Illphas a entendu ce qui s'est passé et est rapidement venu à la maison familiale prendre des nouvelles de sa soeur. Il porte sa tenue de prêtre Xilfiel. Il n'a pas pris le temps de se changer et il a l'air préoccupé. La vision d'Aurae est encore embrumée par son long repos. Illphas semble avoir remarqué qu'elle s'est réveillée. Il se lève et s'approche du lit. Il demande à sa soeur comment elle va ou s'il peut lui apporter quelque chose. Aurae répond: « Non, je vais bien. Merci d'être venu ». Elle s'assoit sur le lit et tend sa main pour que son frère l'aide à se lever.

 Lorsqu'elle attrape sa main, elle remarque qu'elle est osseuse, rude et froide. Elle s'arrête un instant et se frotte les yeux avec son autre main. Une fois sa vue rétablie, elle découvre que ce n'est pas sa chambre. Elle se trouve dans un lit plutôt dur. La grande pièce est circulaire et en pierre. Quatre fenêtres laissent la lumière entrer dans la chambre peu éclairée. Mais plus important, la personne qui se tient devant elle n'est pas son frère. Aurae reconnaît vaguement ce visage, c'est un des guerriers morts-vivants qui l'ont attaqué. Sans prendre le temps de réfléchir, la prêtresse lance la couverture tâchée de son sang sur le mort-vivant et le repousse, révélant qu'elle est présentement en sous-vêtement. Elle accourt vers la porte et l'ouvre. Un escalier lui permet de descendre à l'étage inférieur où une porte menant à l'extérieur est restée ouverte. Elle fonce dehors sans hésiter, mais s'arrête immédiatement devant le grand brasier éteint.

 Aurae se remémore les évènements qui se sont produits. Une trainée de sang se trouve là où elle a perdu conscience. Les corps des soldats vaincus sont étendus par terre. Un d'eux a encore la bouche et les yeux ouverts comme figés dans un état de terreur éternel. La dépouille de son maître, Arun, n'est pas trouvable. Ce qui est peut-être une bonne chose, car la prêtresse ne sait pas si elle aurait supporté de le voir mort. Après s'être calmée, elle découvre quelque chose qu'elle n'avait jamais imaginé voir un jour. Le brouillard ténébreux a complètement disparu. Elle s'approche du bord de la colline, là où les vagues sombres venaient s'écraser. En dessous, une grande forêt de sapins s'étend aussi loin qu'il est possible de voir. Aurae n'avait jamais vu autant d'arbres. Il y a de la fumée qui monte de ce qui semble être un village dans une clairière, c'est plutôt loin.

 Des bruits de pas avertissent la prêtresse que son poursuivant s'approche. Il n'a pas l'air de vouloir se battre, mais il vaut mieux être sur ses gardes. Aurae cherche son pendentif d'Imara autour de son cou avant de se rendre compte qu'il n'y est plus. Elle décide de courir ramasser l'épée d'un cadavre au sol et la pointe vers le mort-vivant. La créature s'arrête et tend un vêtement. C'est la robe de la prêtresse: « Je l'ai lavée, elle était couverte de sang. Tu devrais faire de même pour ton dos ». Aurae touche son dos de la main gauche sans quitter son adversaire des yeux. Elle est barbouillée de sang séché et de larges cicatrices lui font retirer sa main de dégoût.

 Furieuse, elle demande des explications: « Qu'est-ce qui se passe? Où est le brouillard? Pourquoi m'as-tu soignée? Si c'est une de vos immondes ruses, ça ne fonctionnera pas ». Le mort-vivant l'écoute calmement et prend la peine de répondre à ses questions:

- « Pardon, je vais t'expliquer du mieux que je peux. Je ne t'ai pas soignée. Je ne sais pas qui t'a ramenée à la vie, mais quand je t'ai »... Aurae le coupe au milieu de la phrase.

- « Ramenée à la vie? Quel genre de "ramenée à la vie"? », dit-elle en frissonnant.

- « Je ne suis pas certain, mais tu fais certainement partie des créatures des ténèbres maintenant.

 Le mort-vivant laissa quelques secondes à la prêtresse pour digérer l'information. Elle était en état de choc et ne disait plus un mot. Profitant de cette occasion, il poursuivit là où il avait été interrompu précédemment: « Comme je disais... Je ne sais pas qui t'a ramenée. Tout ce que j'ai vu c'est mon prêtre se faire écraser par une créature gigantesque qui s'est volatilisée tout de suite après. Ensuite, tu t'es relevée et tu as marché un peu en marmonnant "Illphas", "Illphas" avant de t'effondrer. »

 Aurae se met à ricaner doucement: « C'est une blague? Ou je suis en train de rêver? » Elle baisse son arme et s'avance vers le mort-vivant. Sans un mot, elle récupère sa robe et retourne à l'intérieur en fermant la porte pour se laver et s'habiller. La créature de ténèbres reste dehors à attendre. La prêtresse trouve une petite baignoire en bois dans un coin et ouvre un tonneau d'eau. À l'aide d'une écuelle, elle s'asperge d'eau et élimine toute trace de sang. Une fois propre, elle revêtit sa robe de prêtresse. L'arrière de la robe est complètement déchiré, preuve des lames qui l'ont embroché. Des traces de sang indélébiles laissent une large marque sombre dans le dos. Aurae retourne ensuite à l'étage et se laisse tomber sur le lit.

 Elle sait très bien que ce n'est pas un rêve, mais que faire? Elle tourne la tête et voit son pendentif d'Imara par terre, sous la table de chevet. Elle l'observe quelques instants et prend sa décision. Elle ramasse l'objet et se lève. Pour s'assurer de sa détermination, Aurae annonce d'une voix forte: « Peu importe ce que ce mort-vivant dit. Je suis une prêtresse d'Imara. Je ferai fuir les créatures des ténèbres. Je restaurerai le brasier d'Imara. Je rendrai gloire à la déesse de lumière ».

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É. de Jacob

Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Si tu souffres de l’agression de tes idées noires,
Si tu croupis dans la prison de tes ténèbres en plein jour,
Si tu ne vois plus la lueur au bout de ton désespoir,
Sache que ton chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Apprends à changer ta vision du réel.
N’accorde pas prise aux reproches,
Ni à ta condamnation personnelle.
Du renouveau de ton âme, tu approches.
D’abord, pour les autres et toi : ton pardon ;
Des remords et des regrets : ton absolution ;
Ton apprentissage de l’amour : ta solution ;
Laisser derrière toi le passé, ta résurrection.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour
La foi en la Divinité te paraît peut-être stupide,
Car tu es persuadé qu’il s’agit d’un monde irréel.
Si une personne t’en parle, tu t’éloignes d’elle,
Tu ne veux pas du tout entendre ces ritournelles.
Mais laisse-moi te dire que la Divinité n’est pas religion ;
Que tu peux entrer en contact avec Elle simplement,
Sans rites, sans dogmes, sans menaces de punitions
Sans obligations, ni restrictions, ni peur du châtiment.
De même que, si tu commences à converser avec Elle,
Elle te répondra, et tu ressentiras alors pour Elle
Un amour illimité qui te fera sentir tout autre.
Ne crains rien, tu n’as pas à devenir apôtre.
Converse avec le ciel, les nuages et les esprits,
Une merveilleuse et magique musique, tu verras,
Commencera à te combler d’une immense joie,
Sur le chemin illuminé de l’amour inédit, infini.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour,
C’est l’amour.
Mais peu importe que tu refuses ce lien divin,
Si, au moins, tu recherches dans les nuages et le ciel,
Le réconfort bienfaisant de la Lumière spirituelle,
Alors, tu auras, à mes yeux, emprunté le bon chemin.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
Voilà la merveilleuse voie de ta guérison,
La magnifique route inversée de tes désillusions.
Le chemin vers la Lumière, c’est l’amour.
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148
É. de Jacob
Ce recueil ne représente à mes yeux qu'une tentative, car je ne me suis jamais adonné jusqu'ici à l'écriture de la poésie. Il s'agit uniquement d'un exercice visant à me garder alerte en attendant qu'une histoire supplémentaire ne se profile dans les méandres créateurs de mon cerveau.
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