1.5 Les Hautes-Terres d'Oloven

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 Il se lance dans la mêlée et embroche un ennemi. L'adversaire est faible en présence du brasier et ils ne cherchent qu'à atteindre la prêtresse. Les soldats forment un mur autour d'Aurae, privilégiant la défense. Un des morts-vivants parvient à forcer le passage en poussant. Il se fait immédiatement cibler par une volée de lames. Une de ses mains arrive à toucher la nuque d'Aurae, mais se fait promptement couper au coude. Le bras amputé chute sur le dos de la prêtresse et glisse jusqu'à ses pieds laissant une longue trace de sang sur sa robe blanche. D'un coup de pied violent, un soldat repousse le mort-vivant qui se stabilise rapidement pour continuer à forcer le mur. Les encouragements d'Illphas semblent fonctionner, Aurae est resté concentré sur sa tâche. Le combat se poursuit sur quelques minutes.

 Les soldats Xilfiel ont clairement l'avantage n'ayant subi que des blessures mineures. Les morts-vivants sont en lambeaux. Un est assis et regarde après avoir perdu l'usage de ses jambes. Les deux autres attaquent faiblement malgré leur bras sévèrement charcuté. Quand soudain, le brouillard ténébreux commence à se retirer lentement. À l'étonnement de tous, la créature maléfique sort de la fumée, indemne, marchant tranquillement avec son bâton. Lorsqu'il voit ses guerriers en piteux état, ils leur hurlent des insultes: « Bande d'incapables! Vous deviez tuer la prêtresse! » Il se dirige rapidement vers le brasier et lève les bras vers le ciel: « Reprenez vous créatures des ténèbres, car votre vie est mienne. Ma volonté est incontestable. Vous vaincrez ou vous mourrez en essayant. » Au désarroi des soldats, les morts-vivants reprennent leurs forces. Leurs blessures se referment rapidement, ils ont l'air plus fort qu'au début de leur affrontement. Même leur visage a repris une apparence humaine. D'une vigueur renouvelée, les guerriers frappent de leur épée lourdement sur les soldats qui tentent tant bien que mal de parer.

 Le chef des morts-vivants avance en direction du brasier. Sa main droite s'agite dans tous les sens comme s'il manipulait des marionnettes. Ses guerriers sont distinctement mieux coordonnés depuis l'arrivée de leur commandant. Avec une vitesse surnaturelle, les guerriers changent de stratégie et se lancent sur le flanc droit de la formation défensive des soldats. Leurs trois lames se plantent dans le corps d'un des humains. Celui-ci plie des genoux et s'efforce de rester debout en moulinant dangereusement son arme dans l'espoir de blesser l'ennemi avant de s'effondrer.

 C'est à ce moment qu'Aurae se retourne légèrement pour constater leur défaite imminente. Elle marmonne en tremblotant: « Je... je vais le soigner. » Avant de pouvoir réagir, le soldat de gauche tombe au sol sans raison apparente. Quelque chose est attaché à sa jambe. Une sorte de traînée de fumée noire en forme de lasso l'a fait chuter et le chef ennemi le tire vers lui. Il ne reste qu'Illphas pour protéger la prêtresse. Cette fois, Aurae s'apprête à se lever pour aider ses compagnons, mais son frère lui implore: « Concentre-toi sur le brasier. Ne te retourne pas, c'est notre seule chance! »

 Plus déterminé que jamais, Aurae est résolu à obtenir une réponse favorable de la déesse de lumière. Elle regarde droit devant elle, faisant abstraction du combat qui se déroule derrière elle, les doigts entrelacés pour la prière. Elle n'est plus perturbée par la cacophonie du combat. Du coin de l'oeil, passant à côté du brasier, Aurae aperçoit Illphas courir vers les escaliers qu'ils ont empruntés pour monter ici. Sidérée, elle appelle son frère: « Illphas!... » avant d'être interrompue par plusieurs piqûres douloureuses dans le dos. Elle crache un peu de sang sur ses mains toujours en position de prière. Les guerriers morts-vivants mutilent sauvagement la prêtresse qui s'accroche farouchement au socle du brasier. Proche du délire, Aurae supplie son frère de revenir: « Illphas, pitié... aide-moi... Imara... Quelqu'un... »

 Illphas est déjà en train de retourner vers les Hautes-Terres. Il a prévu de laisser le chariot derrière et de partir avec le cheval. Ils n'avaient aucune chance. S'il était resté, il serait simplement mort pour rien: « Je ne me pardonnerai jamais ce que j'ai fait, mais je jure de te venger, Aurae. »

- « Ça suffit », dit le maître des morts-vivants en leur faisant signe de s'écarter. Il pose le bout de son bâton sur la flamme du brasier qui prend soudainement une couleur noire. Aurae, toujours consciente, est impuissante à la vue de la flamme qui s'affaiblit. Les dents serrées et des larmes coulant sur ses joues, elle sert les poings de colère. Alors que le feu s'éteint, la nuit regagne les environs. Aurae est attrapée par le bras. Son tortionnaire la retourne en direction des ténèbres grandissantes et la pose dos au brasier. Sa robe d'un blanc immaculé est maintenant complètement imbibée de sang. La douleur est trop forte pour qu'elle ose tenter quoi que ce soit. Aurae a abandonné et n'imagine que les horreurs qui se déverseront sur le pays. Sans le brasier, toute sorte de créatures maléfiques pourront pénétrer les frontières même de jour. Le village par lequel Aurae et ses compagnons sont passés sera le plus affecté. Le brouillard ne le recouvrira pas grâce à son emplacement géographique, mais les créatures des ténèbres seront tout près, pouvant lancer un assaut n'importe quand.

 Comme s'il prenait vie, le brouillard noir se lève et s'avance. De larges colonnes de fumée montent dans le ciel et s'écrasent contre la terre pour prendre ancrage et tirer le reste de l'immense masse de brouillard. Remarquant la prêtresse qui semble perdre conscience, le mort-vivant lui accorde une dernière conversation: « Admire le pouvoir du seigneur noir! Rien au monde ne peut lui résister. Que cette démonstration de force marque à jamais vos mémoires, mais soyez reconnaissant. Les ténèbres ne seront peut-être pas aussi clémentes la prochaine fois que vous trahissez notre confiance. »

 Sur ces mots, les morts-vivants et Aurae sont ensevelis par l'ombre du brouillard. La prêtresse sent immédiatement sa vie être aspirée par les ténèbres. La dernière chose qu'elle voit est le chef des morts-vivants horrifié. Une main gigantesque et monstrueuse surgit du noir, attrape le mort-vivant et l'écrase au sol. Un bruyant son de craquement se fait entendre suivi d'un hurlement étouffé. Une silhouette humaine s'approche d'Aurae alors qu'elle ferme les yeux.

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