Réminiscences.

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Amanda est en train de prendre mes mesures. Je frémis à chaque contact de sa peau contre la mienne. Je refoule du mieux que je peux mes larmes et ferme les yeux un bref instant. Je les rouvre très vite : si je ne vois pas Amanda quand elle me touche, j'ai l'impression d'être un an plus tôt, contre cette fichue cage d'ascenseur délabrée. Je n'ose pas la quitter du regard, j'ai même peur de cligner des yeux.

Mon cerveau fait de son mieux pour me faire penser à autre chose et, très vite, il se focalise sur l'extrême beauté d'Amanda.

J'en arrive à me dire que j'ai tout gâché en me mochifiant. Lucie a raison, je suis devenue un sac d'os avec un rat blond sur la tête. Mes longs cheveux noirs me manquent atrocement, soudain...

Sans me demander mon avis, des mots sortent dans ma bouche, pêle-mêle.

Amanda me lance un regard interrogateur.  Je n'arrive pas à remettre les mots dans l'ordre. Rendre ma phrase concrète, c'est rendre des faits concrets, confirmer leur existence. Je me contente de murmurer :

- P... pourquoi ?

- Tu veux m'en parler ? questionne Amanda, sans me forcer la main.

Même si ma psychologue ne me force pas à parler, je me sens prise au piège, parce qu'elle est là justement pour que je lui parle. Amanda, elle, continue à prendre mes mesures, et m'écoute à la fois distraitement mais avec attention, comme si la discussion se nourrissait d'elle-même. Je me sens libre de parler ou de ne pas parler, sans être passée au microscope. Ma psy, elle, analyse tout : mes silences, mes paroles, mes gestes, mes regards, mes cafouillages...

- Pourquoi moi et pas une plus belle ? Si c'est pas la beauté qui a guidé son choix, c'est quoi ? La folie ? Une quelconque autre maladie mentale ? La souffrance ? La victime qui devient bourreau ? Juste une pulsion à assouvir sur le champ ?  Un excès de drogue ou d'alcool ? Un sentiment de sécurité et de peur du rejet qui pousse à s'attaquer à une enfant ? Je sais pas... je suis perdue. Peut-être qu'il n'y a aucune raison : ça s'est passé, c'est tout. Peut-être que c'est la faute à pas de chance. Peut être que c'est un père de famille dévoué et aimant, travailleur acharné, qui a juste fait un faux pas. Peut-être que les torts sont partagés. Peut-être que j'ai fait quelque chose qui prêtait à confusion. Peut-être  que j'ai donné l'impression d'avoir envie. Mais dans ce cas, pourquoi le chloro ?

Je continue incésemment de blablater, n'attendant aucune réponse. Je suis seule avec moi-même. J'ai beau fixer Amanda intensément, c'est moi que je vois en elle.

Je ne sais pas si je parle ainsi parce que plus rien n'a de sens ou parce que tout prend sens dans mon esprit.

À cause d'un courant d'air, la porte fenêtre du salon claque. Je sursaute et lâche le verre de jus d'orange que je tenais à la main. Il s'explose au sol, mais je n'en ai rien à faire. Le vent à amené à moi une odeur particulière, et abjecte...

Il a ses lèvres dans mon cou. Je frissonne de dégoût. L'une de ses mains caresse mes cuisses alors que la deuxième palpe ma poitrine, y laissant des bleus. Il me mordille l'oreille avant de murmurer :

- Un seul bruit, et je te tue...

J'étouffe un sanglot.

Avec une force inouïe, il m'écarte les jambes et entre en moi violemment. La douleur est si forte que je reste sans voix, la bouche grande ouverte. Il est allé si fort que la grille de l'ascenseur m'est rentrée dans le dos.

- Pitié, je sanglotte, ne pouvant supporter la douleur.

- Ta gueule ! s'exclame-t-il en tapant son poing dans la grille, à quelques milimètres de mon visage.

Je peux sentir son haleine putride. Je n'arrive pas à distinguer son visage, mais l'image de dents noires de pourriture formant un sourire malsain me revient en mémoire.

- Quelle horreur ! Ça pue la mort, on ferme toutes les fênêtres de la maison ! s'écrie maman. Ça va ?, tu es toute pâle, ajoute-t-elle ensuite, la mine inquiète.

- Non... Oui... Je... Hein ? Cassé... Verre. Pardon... réponds-je, l'œil hagard.

Je suis trop troublée pour remarquer à quel point maman et Amanda sont alarmées par mon comportement. Je ne comprends plus rien. Je ne sais pas comment j'ai vécu mon viol, je sais juste que je l'ai vécu. Je crois que mes cauchemars m'ont montré un viol imaginaire, sans doute mille fois moins horrible que le vrai. Et je crois que les quelques flash que j'ai sont des vestiges de l'effroyable réalité. Mais peut-être ne sont-ils pas plus réels que mes cauchemars. Pour le moment, seulement deux choses se sont confirmées être réelles : la cage d'ascenseur délabrée, et l'acte sexuel.

Non loin du lieu où j'ai été trouvée, les policiers ont trouvé un petit local abandonné et en ruine, avec une vieille cage d'ascenseur toute rouillée. Ils y ont trouvé mon livre et mon sang, notamment contre les grilles qui s'étaient enfoncées dans mon dos. Un examen gynécologique a démontré qu'il y avait bien eu un rapport sexuel forcé. Je me souviens qu'un jeune policier novice, avec les meilleures intentions du monde, m'avait mis devant les yeux ma chance extraordinaire  de ne pas être enceinte et d'être en vie...

C'est en voulant boire mon verre de jus d'orange (j'avais oublié l'avoir cassé) que je réalise que j'ai encore une fois perdu pied avec la réalité. Je suis assise sur le canapé du salon, droite comme un i. Amanda est agenouillée devant moi, ses mains sur mes genoux, pendant que maman accourt avec un grand verre d'eau.

Tout en prenant le verre d'eau des mains de maman, je murmure :

- Il avait les dents pourries...

Je bois une gorgée d'eau, déglutit, regarde maman dans les yeux et répète, plus distinctement :

- Il avait les dents pourries...

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