Amanda.

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Les cours de l'après-midi m'ont encore plus ennuyée que ceux du matin. Il faut dire que j'ai horreur de me prendre la tête avec mes amis, surtout avec Sophie ou Salomon. Mais je crois que même sans cette dispute, je me serais mortellement ennuyée.

Je ne me reconnais plus. Et c'est aujourd'hui, dans cette salle de classe aux murs d'un beige insipide, que je réalise que l'inconnue que je désirais absolument être a véritablement pointé le bout de son nez. Depuis la petite section, j'ai toujours adoré aller à l'école, tout m'y plaît : les temps de récréation, les cours, la salle d'étude, le gymnase, etc. Maintenant, j'ai l'impression de végéter, d'être une plante verte. Je suis molle, plus rien ne m'intéresse, et c'est avec beaucoup d'efforts que je suis mes amis dans la routine scolaire : cours, récré, cours, manger, cours, récré, cours, bus, et ainsi de suite ! Je me sens prise au piège par ce fichu quotidien que j'adorais vivre avant et que je subis désormais.

Quand la cloche de seize heures sonne, je me précipite à l'extérieur du collège, sans dire au revoir à personne. Normalement, je finis à dix-huit heures, avec deux heures de sport, mais j'ai hâte de rentrer chez moi. J'adore le sport, et fais même partie de l'AS, mais aujour'hui, je ne me sens pas le courage ni la force nécessaires pour faire face à deux heures d'activité physique non stop. En plus, j'ai été absente un an, ils peuvent bien se passer de moi un jour de plus !

- Coucou mon trésor ! Comment s'est passé ta journée ? T'as décidé d'arrêter l'AS, finalement ? m'interroge maman.

Je sursaute : je m'étais assoupie sur mon livre de physique-chimie. Je regarde ma montre : il n'est même pas encore dix-sept heures.

- Tu rentres tôt ! T'as pas pris Léo ?

- Je l'ai laissé chez Aline...

Je la regarde, perplexe.

- Sa petit amoureuse du moment, précise-t-elle. J'ai besoin de toi pour quelque chose, tu peux laisser tes devoirs en plan une petite minute ?

J'acquiesse en silence, soudain suspicieuse, et me lève pour aller poser mes affaires dans ma chambre.

Je l'entends demander :

- Alors, ta journée ?

- Comme une journée de cours : chiante au possible !

Au regard étonné de ma mère, je comprends vite que je n'aurais pas du dire ça : elle va se lancer dans un interrogatoire minutieux et interminable. Heureusement pour moi, c'est la deuxième fois de la journée que je suis sauvée par le gong, comme on dit.

En effet, quelqu'un vient de dingdonguer, comme je disais avant, chaque fois que quelqu'un sonnait à la porte.

- Je vais ouvrir ! m'exclamé-je, pressée d'échapper aux questions de maman.

Une jeune femme, entre vingt-cinq et trente ans, se tient devant moi. Elle est blonde comme les blés et a de magnifiques yeux jaunes.

«Ferme la bouche, tu vas avaler une mouche !» me conseille mon cerveau alors que je suis béate d'admiration.

- Bon... jour... madame... baffouillé-je alors que mon cerveau fonctionne à plein régime :

«Léo a une nouvelle babysitter ? Mais non il est pas là ! Mamam M'a pris une babysitter ? Elle me fait plus confiance ? C'est une nouvelle psychologue ? Ou pire, ils vont me faire interner ! Ils ont découvert que j'ai recommencé avec une pourprée de secours !»

Je retiens tant bien que mal des larmes qui menacent de couler.

- Ah, Amanda, entre, je t'en prie ! Léa, je t'ai mieux élevée que ça, accueille notre invitée, s'il te plaît ! me réprimande maman.

Si elle n'avait pas eu un rôti de dinde dans les mains, celles-ci auraient été sur ses hanches.

- Oui maman, je m'exc... je te présente mes excuses !

Si j'avais dit «Je m'excuse», elle m'aurait foudroyée du regard parce qu'on ne s'excuse pas soi-même.

- Laissez-moi vous débarrasser de votre veste et de votre écharpe, madame. Vous désirez boire quelque chose ?

- Non, merci, répond la dénommée Amanda alors que je lui tire une chaise pour qu'elle s'y installe. Vous avez une très jolie maison, Sylvie.

- Mer...ci, souffle maman alors qu'elle pose une lourde cocotte minute sur le feu.

Elle se lave les mains en s'excusant d'accueillir notre invitée comme ça. Elle explique qu'elle pensait avoir le temps de se préparer et de mettre la maison en ordre.

Plus elle s'explique, et plus je prends peur, car cela confirme une chose alarmante : ce n'est pas une visite anodine.

Quand elle a fini de se laver les mains, maman s'assied, parlant toujours :

- Léa, ma puce, je te présente Amanda. Elle est venue spécialement pour toi, mon coeur.

- Vous êtes une nouvelle psychologue ? Quoi, j'évolue pas assez vite au goût de vos confrères ? Ils pensent que je me confierai mieux à une femme jeune et magnifique ? Bah non, je ne suis pas dupe ! dis-je, franche et directe.

- Oh, heu... En fait je...

- Gngngn, je... je... Pas besoin de bégayer, j'ai tout compris !

- Léa, ça suffit ! Amanda n'est pas psy mais styliste. Je t'assure qu'il y a des claques qui se perdent, et si tu n'avais pas é...

Elle s'effondre sur la table, en larmes et la tête dans les mains.

- Je sais pertinemment que si je n'avais pas été violée, j'aurais eu une claque et une sacrée punition en prime, maman. Et je le mérite amplement. Punis-moi, comme si rien ne s'était passé, je t'en supplie... imploré-je avant d'ajouter : Accepteriez-vous mes excuses, toutes les deux ?

Elles opinent du chef, et ma crise de nerf est vite placée aux oubliettes.

- J'ai demandé à Amanda de te faire une robe de soirée sur mesure pour l'anniversaire de ton frère qui approche à grands pas, sinon tu vas te retrouver avec tes collants mickey et ton tutu rose que tu portais quand tu avais six ans !

- Oh maman, merci, merci, merciii ! m'écrié-je en poussant des cris de petite souris et en sautillant sur place.

- Et c'est pas fini, on a décidé de complètement refaire ta garde-robe !

- Wayaaaaah, c'est mieux qu'une séance de psy, ça ! m'exclamé-je en riant au éclats. Je suis vraiment désolée pour tout à l'heure, dans ma tête c'est les montagnes russes, en ce moment...

- Amanda va prendre tes mesures pendant que je prépare le repas. élude maman. Vous vous joindrez bien à nous, Amanda ? Vous avez fait une longue route pour venir !

- Eh bien...

- Ça ne se refuse pas, murmuré-je, connaissant par cœur les petits discours de maman.

Souriante et l'œil malicieux, Amanda accepte.

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