Souvenirs, souvenirs...

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- Léa ? Léa, vous m'entendez ?

Je mets quelques secondes à réaliser que mon professeur de français est en train de me parler. Je lui réponds, distraite :

- Oui, professeur.

- Le cours se trouve au tableau, pas dans les feuilles des arbres, alors cessez de regarder par la fenêtre !

- Oui, professeur.

Je sens tous les regards tournés vers moi. J'ai l'impression de suffoquer. C'est insupportable. J'ai l'impression que, d'un simple regard, tout le monde peut deviner ce secret qui me hante et qui a ruiné ma vie. J'ai l'impression d'être jugée et moquée. J'ai juste été reprise parce que je «rêvassais» mais leurs regards me transpercent et j'ai l'impression d'être coupable de bien plus...

Coupable d'avoir oublié mon livre sur le banc du Pamu, coupable de n'avoir pas su me défendre et fuir, coupable d'avoir été violée, coupable de n'avoir pas supporté «ça». Coupable, coupable, coupable, et encore coupable ! Coupable de TOUT !

Je regarde le professeur dans les yeux. C'est une belle jeune femme, dans la trentaine. Avant tout «ça», je voulais suivre ses traces et j'enviais sa beauté. Maintenant, j'envie Quasimodo et ses bosses ! Dans mon regard, je projette toutes mes peines, toutes mes colères et toutes mes peurs. Toute ma détresse aussi.

Je ne sais pas si elle a compris quoi que ce soit, mais elle ordonne aux élèves de s'occuper de leurs cahiers au lieu de me regarder. Elle se désintéresse de moi et reprend son cours.

J'ai besoin d'évacuer l'angoisse, la culpabilité et la douleur que je ressens. C'est plus fort que moi, je prends ma pourprée de secours, dont je n'arrive toujours pas à me débarrasser, et commence à me taillader, les bras cachés derrière mon casier. Obnubilée par ma pourprée, je sursaute lorsque la cloche sonne l'heure du repas. Je m'empresse de cacher mes plaies avant de sortir de la classe.

Alors que nous marchons vers la cantine, je remarque les regards que Salomons et Sophies s'échangent : ils s'inquiètent pour moi et ont décidé de m'avoir à l'oeil, je ne suis pas dupe ! Nola, Larissa et Steeven ne se rendent compte de rien.

Lorsque Larissa passe sa main dans ses cheveux et que j'entends son bracelet tinter, j'ai un flash, que je ne comprends pas vraiment et dans lequel tout est trop sombre et rapide pour que je distingue vraiment quelque chose. En réalité, même si j'ai plein de flash, le seul qui est très clair dans mon esprit et qui ne change jamais de réalité est celui dans lequel mon livre tombe sur le sol et qui survient presque à chaque fois que quelqu'un fait tomber un livre  ou un cahier.

Le flash a duré moins d'une seconde, mais je sais qu'il a réussi à me ternir la journée entière. Je continue cependant d'avancer, faisant de mon mieux pour paraître naturelle.

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