29. Avec des mais, avec des si...

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On est dimanche, et cela fait une semaine que je ne tiens pas en place. Lundi, maman et papa mon annoncé que, après une longue discussion et avec l'accord de ma psychologue, ils ont décidé de me laisser retourner en cours. Ils n'ont pas manqué de me rappeler que mon retour risque d'être difficile et très éprouvant. Sur le moment, j'ai sauté de joie et je leur ai dit que comme il y aurait Sophie et Salomon, tout irait bien.

Mais plus le moment de retourner en classe approche, et plus l'appréhension monte. "Et si c'était trop tôt", "Et si je n'avais plus aucun ami ?", "Et si des souvenirs atroces m'empêchaient d'agir normalement, et que mes professeurs et amis me trouvaient bizarre ?", "Et si je n'arrivais pas à tourner la page et aller de l'avant comme je l'espère de tout mon cœur ?". Ma tête est un véritable tourbillon depuis que j'ai appris la nouvelle !

Cela fait cinq jours que j'arpente la maison comme un lion en cage. Et, en parlant de lion, mon p'tit lion à moi, qui est resté à la maison lundi et mardi parce qu'il était malade, n'en pouvait plus. Il a demandé à maman et papa s'il pouvait aller dormir chez un copain ce week-end. Je le comprends. Je crois que si mon double s'était tenu en face de moi, il m'aurait foutu des baffes !

Je n'arrête pas de faire et de défaire mon sac de cours. Un peu par peur d'oublier quoi que ce soit. Mais surtout pour tenter de m'occuper les mains et la cervelle. Je sais que mon retour ne va pas être des plus faciles, alors autant m'éviter un maximum de stress en n'oubliant rien et en ayant la tête vidée de tous mes problèmes, autant que faire se peut !

Demain, et peu importe que ça se passe bien ou mal, la plupart de mes questions auront trouvé une réponse et iront dormir dans le volcan des souvenirs, que beaucoup qualifient de tiroir dans le cerveau. Moi, j'aime bien penser que le cerveau est une sorte de planète, avec des arbres à pensées, l'océan des peurs, le volcan des souvenirs qui sommeille et se réveille quand on ne s'y attend pas... et j'ai décidé de mettre Grosminet vingt-mille lieues sous les mers. Avec de la patience et de la détermination, je peux y arriver ! Mais avant cela, il faut que je cesse de m'isoler et que je recommence à vivre. Plus je passe mon temps à vivre, et moins j'ai de temps pour penser à ce salaud !

Le moment le plus problématique, c'est la nuit. Cela fait un moment que je dors à nouveau. Mais les nuits sans rêver de "ça" sont rares et très convoitées. J'ai ressorti Lala, mon doudou jusqu'à mes huit ans. La pauvre créature est toute fripée et il lui manque un œil. Avant, je n'aurais pas remarqué l'état lamentable dans laquelle elle se trouve, mais j'ai grandi. Dans un sens, son état me rassure. Je ne suis pas la seule à jeter aux ordures. Elle est mon double doudouïque ! Cependant, alors qu'avant elle prenait le rôle d'attrape-rêves, elle se contente désormais de me tenir compagnie. C'est déjà pas mal, mais c'est bien peu, vu ce que je vis encore et encore chaque nuit...

Quand je n'allais plus en cours, peu importait que je semble être la faucheuse en personne, tant mes traits se sont creusés et tant mes yeux sont cernés, semblables à des puits sans fond. J'imagine bien la police du sommeil, armée jusqu'aux dents : "Haut les mains, vous êtes cernés ! Il vous est impossible de fuir, rendez-vous... dans votre lit et dormez !". Pour qui on va me prendre, dans l'établissement ? Je ne ressemble à rien ! L'autre jour, mon p'tit lion m'a demandé si j'allais me casser comme une brindille s'il me faisait un câlin ! Sa question m'a fait rire mais m'a alarmée en même temps... J'espère de tout mon cœur que je vais reprendre du poil de la bête et que retrouver une vie normale va m'y aider !

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