20. À pas de loup.

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Point de vue de Sylvie, la mère de Léa.

Cette nuit, j’ai entendu Léa ouvrir la porte de notre chambre à coucher. J’ai imaginé sa silhouette se figer, guettant un signe annonciateur de mon réveil.

Elle s’est dirigée sans bruit vers la table de chevet, à côté de ma tête. J’ai vu, grâce à la lumière du réveil, son frêle bras poser quelque chose à côté de la lampe de chevet.

Elle est restée immobile quelques instants. Je pense qu’elle me regardait en espérant que je me réveille. J’ai bien pris garde à ne pas cesser de respirer : elle aurait su que je ne dormais pas et que je savais qu’elle était là.

Avant, je me serais levée à l’instant même où la porte se serait ouverte, mais désormais, tout a changé…

Je n’arrive plus à croiser son regard ou à lui adresser la parole. J’ai l’impression que toute trace de bonheur a quitté son âme et cela m’est insupportable !

J’ai lamentablement échoué dans mon rôle de mère. Je croyais avoir tout fait pour le bonheur de ma fille, mais non, et la voilà totalement détruite…

J’ai entendu la porte se refermer derrière elle. Je me suis redressée lentement dans le lit conjugal et est secoué Paul, mon mari. Il a commencé à marmonner et j’ai placé mon index sur sa bouche pour l’inciter au silence.

Il a attendu sans bruit. J’ai allumé la lampe de chevet et ai vu ce que Léa avait posé sur la table : une enveloppe blanche. Je l’ai montrée à mon époux sans rien dire, interdite.

Mes mains se sont mises à trembler de manière incontrôlable. Il a posé les siennes sur les miennes et m’a embrassé tendrement sur la joue.Je me suis ressaisie.

— Ensemble ? ai-je soufflé, inquiète.

Il a eu un hochement de tête affirmatif. Nous avons ouvert l’enveloppe ensemble et nous sommes mis à lire. Nos regards se sont croisés à de nombreuses reprises : nous étions morts de chagrin.

Perdus que nous sommes, nous n’aidons en rien notre fille tant aimée. Et elle qui croit que je fais mon deuil d’elle, quel supplice ! C’est faux : sa douleur me tue de chagrin et je ne sais pas quoi faire !

Puis nous sommes arrivés aux derniers mots de la lettre. Un seul m’obsédait, ceux qui l’entouraient me semblant être du chinois : pourprée. Je devais trouver une pourprée.

Je me suis redressée à nouveau au-dessus de la lampe de chevet. Mes gestes sont devenus totalement désorganisés. J’étais désespérée : je ne voyais aucun pourprée devant moi !

J’ai fondu en larmes sur l’épaule de mon mari en sanglotant :

— Ô, Paul…

— Nous avons jusqu’au matin, Sylvie, tente-il de me rassurer. Nous avons jusqu’au matin, répète-t-il ensuite, pour se convaincre lui, cette fois.

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