19. Des maux, rien que des maux.

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Papa, maman,

Vous savez que je vous aime plus que tout, n’est-ce pas ?

Beaucoup mentent par amour. Moi, j’ai décidé d’être honnête par amour. Seul mon p’tit lion ne connaît pas la véritable raison de mon séjour à l’hôpital. Vous, je sais que vous savez, même si vous mettez une muselière à votre peine et des œillères à votre stupeur.

Oui, j’ai été « souillée », comme maman la si bien dit dans les couloirs de l’hôpital…

Mais mes maux ne s’arrêtent pas là ! La roue du temps n’est pas tendre avec moi, et la nuit, j’erre comme une âme en peine, reniant la noirceur étoilée du monde qui me renvoie la scène d’horreur de mon viol en appelant ça un songe.

Pour moi, ce n’est ni un songe ni même un souvenir. C’est la réalité. C’est Grosminet qui me séquestre et me viole à répétition, sans jamais se fatiguer, et toujours avec la même violence.

Au début, j’ai pensé que cette violence deviendrait routinière et que je finirais par ne plus y faire attention. Puis j’ai arrêté de chercher le sommeil quand j’ai vu que je ne m’y habituais pas.

Au début, je croyais dominer ma douleur, mais c’est elle qui m’a toujours dominée et me domine encore.

Et j’ai sombré.

Pardon papa, pardon maman.

J’ai sombré mais je veux remonter à la surface, alors je vais vous raconter tout ce qui m’est passé par la tête.

L’immonde tignasse blonde que j’ai sur la tête n’était pas une folie passagère. En écrivant, je comprends que c’était un appel à l’aide qui j’ai déguisé en moyen de devenir une inconnue et de tuer ma Léa intérieure et son passé sans vous briser le cœur en vous privant de ma présence.

Vous savez que la seule chose que j’aimais chez moi, c’étaient mes cheveux ?

Quand j’ai remarqué la débilité de mon raisonnement et de mon geste, c’est là que j’ai véritablement coulé. Et vous savez, pendant longtemps, j’ai tout fait pour me convaincre que rien n’est ma faute, mais j’ai fini par ne plus me supporter quand-même ?!

J’espère que vous ramènerez en moi l’idée d’un savon toujours pur et jamais souillé par la saleté. Cette idée a été plus éphémère en moi qu’une bulle de savon…

Quand j’ai coulé, j’ai pensé aux étoiles, papa ! J’ai pensé aux étoiles ! Tu te souviens ?

Papa, raconte-moi les étoiles comme autrefois ! Je te vois brisé, figé à la fenêtre, le regard mort, et ça me tue encore plus, car tu souffres pour moi. J’ai pensé à la mort des étoiles, sans honte, et j’ai voulu être l’étoile la plus lumineuse de ton ciel.

Du ciel tout court, en fait.

Déterminée à m’éteindre pour illuminer ton firmament, j’ai pris une lame, fière, brillante autant que piquante et… Si tu savais, papa ! Si tu savais ! Mon corps avait déjà macéré dans l’immondice, de toute façon, n’est-ce pas ?

Et pourtant…

La haine de cette lame m’est venue immédiatement. Mais c’était déjà trop tard : mon cerveau la rejette, mais mon corps la réclame.

Papa, aide-moi : oublie ta peine le temps de tuer la mienne !

Et toi maman, si tu savais comme je t’aime…

Maman, aide-moi : pleure tes maux comme j’écris les miens !

Tu sais, je t’entends pleurer la nuit pour ton bébé d’amour, et il m’arrive de me tâter le corps pour savoir si je suis morte ou en vie.

À ta manière d’agir avec moi, on dirait que tu es en deuil. Ne me tue pas, tues ta peine !

Tu sais, parfois le sang chaud coulait le long de mon corps, et j’avais la sensation de ton souffle dans mon cou et de moi blottie contre toi.

En fait, je perdais juste la raison, avant de perdre connaissance. Je n’ai jamais été aussi seule que depuis mon retour à la maison. Seul mon p’tit lion remarque encore mon existence.

Pour le moment, c’est le seul qui me garde en vie.

Papa, maman, entourez-moi d’amour et d’espoir. Votre douleur accentue la mienne et me tue. Contentez-vous d’être là, avec moi, vivants. On dirait des truites congelées !

Mis à part le fait que je ne suis plus vierge, je suis toujours la même. Léa, votre fille, ça vous dit quelque chose ? Réagissez, nom de Dieu !

De toute manière, moi, je ferai tout pour m’en sortir, avec ou sans vous. Et si demain matin ma pourprée n’est pas posée en évidence sur votre table de chevet à côté de cette lettre, c’est que je ne m’en sors pas moi-même.

Je vous aime infiniment.

Léa.

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