10. Rat, mais dicalement vôtre !

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Cela fait plusieurs heures que mes yeux visqueux, vitreux et globuleux fixent le plafond blanc de l’hôpital. Après ma crise de fou rire monumentale, on m’a changée de chambre, pour ne pas importuner les autres patients.

Je crois que je suis dans ce qu’ils appellent une cellule d’isolement. Je ne suis pas sûre du tout. J’en ai fichtrement rien à faire. Je veux que ce qui m’entoure soit à l’image de ce que je ressens à l’intérieur de moi.

Depuis que « ça » m’est arrivé, je suis vide, froide et morne. Autant dire sans vie.

Aux dernières nouvelles, ils se demandent ce qu’ils devront faire de moi lorsque mon état physique pourra me permettre de sortir.

Il est clair que je vais être suivie par un psychologue pendant un long moment, mais ma réaction de folle furieuse dans le couloir leur fait penser qu’il sera peut-être nécessaire de m’enfermer si de telles choses se reproduisent fréquemment et s’intensifient.

Ça non plus, je n’en ai rien à faire.

Il seule chose me tracasse : mon p’tit lion…

J’ai effrayé mon p’tit lion…

Et pas qu’un peu !

Non seulement je suis dans un état lamentable physiquement, mais en plus, même une personne de l’âge de Léo peut se rendre compte que je suis plus qu’instable mentalement.

Je voulais vraiment tenir le coup pour lui, pourtant. Mais j’ai échoué.

Je suis une sombre pourriture.

— Ouais… un putain d’déchet humain, ma vieille ! m’indignè-je dans un murmure.

Je crois vraiment en ce que je dis. Et pourtant… quelque chose en moi… je ne sais pas quoi… fait tout pour que je pense… le contraire !

Il faut vraiment que j’arrête de penser à…

À « ça » !

Je ne trouve qu’un moyen : penser à autre chose. Et quoi de mieux que de penser à la famille ?

« Le papa tortue et la maman tortue et les enfants tortues iront toujours au pas... »

À chaque fois que je pense à ma famille, cette chanson trotte dans ma tête et je ne peux m’empêcher de la chantonner.

Lorsque j’avais quatre ou cinq ans et que nous nous promenions au Pamu avec papa, maman (qui était enceinte jusqu’aux yeux et attendait d’un instant à l’autre la naissance de Léo) et grand-mère, j’arpentais les allées, une dizaine de mètres devant eux, en sautillant, chantant de toute la force de mes poumons de petite fille. Mes longs cheveux lisses et noirs, qui m’arrivaient aux fesses, traînaient derrière moi et semblaient ne pas arriver à me suivre.

En chantant, j’insistais très fort sur les mots « vu », « verra », « rats », « tortue » et « pas », pendant lesquels je me penchais, la tête dans les buissons qui bordaient les allées, comme à la recherche de rats.

Je m’ébroue comme un chien mouillé. Ce souvenir m’a mis une idée obsédante en tête.

Je ne veux plus rien avoir à voir avec la Léa d’avant « ça ». Je ne veux tout simplement plus être Léa. Je veux devenir quelqu’un d’autre… et je crois avoir une solution radicale !

J’obtiendrai ce que je veux. J’obtiens toujours ce que je veux. Je ne suis pas pourrie et l’on ne me passe pas tout, mais je demande peu de choses, et lorsque je souhaite quelque chose, je fais tout pour l’avoir et ce n’est pas un caprice. Lorsque je prends une décision, je m’y tiens : je suis, comme qui dirait, born… obstinée !

Papa et maman me reprennent lorsque je dis que je suis bornée. C’est un terme très péjoratif qui signifie que je suis limitée avec des « bornes » et que je fais preuve d’une certaine étroitesse d’esprit.

C’est faux. Mon esprit ne connaît aucune limite. Quand j’ai quelque chose en tête, je ne l’ai pas ailleurs, c’est tout !

Quoi qu’il en soit, j’ai pris ma décision, et j’arriverai à mon but, qu’ils soient convaincus ou non...

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