7. Mille éclats et un p'tit lion.

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Je n’aurais pas dû crier comme ça. Surtout pas contre une stupide horloge ! En plus, une douleur atroce se fait ressentir dans ma mâchoire, maintenant…

Malgré le regard d’avertissement de l’infirmière, le hoquet de surprise de maman, le grognement mécontent de mon frère et la toux désapprobatrice de papa, je me lève lentement de mon lit.

Je viens de voir le reflet de mon visage dans le petit miroir, semblable à un cadre photo, qui a été placé sur la table de chevet. Il faut que je bouge pour ne plus avoir « ça » sous les yeux.

Je suis aussi misérable à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais ce n’est pas ce qui m’intrigue le plus.

Je me demande vraiment pourquoi maman a jugé bon de faire mettre mon miroir ici. C’est vrai, je l’ai depuis que j’ai quatre ans et il me vient de feu ma grand-mère, mais elle pensait réellement que je voudrais voir mon ignoble face de troll à mon réveil dans ce lieu déprimant, fade et sans vie ?

J’ai les yeux tout embués, toujours plongés dans le miroir et dans mon passé. Un mot m’échappe et semble se briser sur le sol. Maman paraît se prendre les mille éclats de mon âme torturée dans le cœur.

— Maman…

J’ai juste murmuré « maman ».

C’est fou comme un seul mot peut être puissant et peut avoir mille facettes…

Mille…

Comme le nombre d’éclats d’âme plantés dans le cœur de maman…

Mon murmure n’a pas manqué sa cible, et elle s’évanouit.

Ils s’agitent tous autour d’elle. Je lui demande pardon. Je la supplie de me pardonner. Personne ne m’entend. Ils sont tous occupés à l’allonger sur ce qui était mon lit d’hôpital quelques secondes plus tôt.

Mais lui, il m’a très bien entendue. Il me fixe étrangement. Jamais par le passé il ne m’avait mirée aussi intensément. Je ne sais pas trop ce qu’il ressent. Je crois qu’il ne le sait pas lui-même.

Tout est confus.

Mon frère. Mon vénéré petit frère…

Personne ne fait attention à nous. Je l’attrape par le bras avec la douceur habituelle que j’ai toujours eue à son égard et je nous fais sortir de la chambre. Je nous guide vers un distributeur de boissons.

Je suis sûre que maman lui a donné de quoi s’acheter quelque chose, mais que, trop inquiet pour moi, il a serré les pièces de monnaie si fort dans sa main qu’elle vont laisser une marque quelque peu douloureuse sur sa paume.

Le couloir qu’il nous reste à traverser me semble interminable, et je décide de briser le silence.

— J’ai dormi longtemps ?

Ma voix est si douce alors que je ressens tant de haine et de douleur en moi… À m’entendre, on a l’impression que je me suis endormie devant la télévision et que je demande combien de minutes de film j’ai manqué.

Mais le film qui s’est déroulé pendant mon sommeil n’est autre que ma propre vie…

— Ça fait quatre jours. Tu vas mourir, dis ?

J’entends à sa voix qu’il essaye tant bien que mal de retenir des sanglots refoulés et coincés dans sa gorge depuis une éternité. Je ne tiens pas plus longtemps. Je le soulève et le serre contre moi, malgré mon bras cassé. Il place son visage au creux de mon cou, et je sens son souffle chaud dans mes cheveux.

— Tout va bien. Tout est fini.

Je répète ces mots que l’on m’a rabâchés encore et encore et que j’ai tant haïs. « Ce n’est qu’une épreuve à passer. C’est juste un petit bobo de rien du tout à la mâchoire, tu sais ? » : je parle à mon frère comme tous ces idiots que ne comprennent rien !

Il n’a que huit ans. Je dois le préserver de tout ça. Il doit garder son innocence et ne rien savoir. Mon, du haut de mes treize ans, je dois me montrer forte pour lui.

Une question me trotte tout de même dans la tête, et je n’arrive pas à m’en débarrasser. Je dois en avoir le cœur net…

— Tu sais comment je me suis fait ce bobo à la mâchoire, p’tit lion ?

— T’as tombé dans les escaliers du parc municipal.

Pendant une fraction de seconde à peine, je revis ma chute, mon imagination remplaçant les brumes de ma mémoire rendue pantelante par la drogue.

Puis le regard profond de mon frère posé sur moi me ramène à l’instant présent, dans lequel je décide de me focaliser sur des futilités.

— Tu es tombée. Ça ne fait que quatre jours que je dors et tu arrêtes déjà de faire tes devoirs de français, p’tit lion ? ricanè-je avant d’être pliée en deux par une violente quinte de toux.

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