3. Un froid mordant.

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« Ces messieurs me disent : trempez-là dans l’huile, trempez-la dans l’eau, ça fera un escargot tout chaud »

J’ai froid. Mon cerveau a gelé, figeant en moi d’obsédantes idées noires. Le chat a sorti les griffes, la souris que je suis est à sa merci, et bleus à l’âme ou bleus au corps, je ne sais ce qui est le pire. J’aimerais retourner quelques années en arrière, lorsque taper du pied et tirer la langue avant de partir en courant était encore possible.

Je dois replonger en moi, mais c’est la fonte des glaces dans mon esprit. Mes pensées sont gelées et ma mémoire se noie. Ma comptine préférée est terminée. J’en cherche désespérément une autre. Seuls trois mots d’un chant de Noël me reviennent, le reste m’arrivant par bribes.

« Mon beau sapin »

Je sens ses sales pattes sur mon corps. Elles font leur bout de chemin dans mon esprit. Je n’avais jamais compris avant à quel point une caresse peut hanter chacune de nos pensées. Maintenant, je sais.

« roi des forêts »

J’ai envie de pleurer. J’aurais aimé que ce que je viens de sentir entrer en moi ne soit qu’une aiguille de pin. Je sais que ce n’est pas le cas. Et ça me torture l’esprit.

« que j’aime ta verdure »

Sa main recouvre ma bouche. IL a peur que je hurle. C’est moi qui devrais avoir peur, et non ce salaud !

Parfois, à la manière dont sa main me défigure, me griffant les joues et me lacérant le coeur, je peux ressentir tout le plaisir qu’il prend à me faire souffrir. Pour lui, qu’importe mon insignifiante souffrance, tant que SON plaisir est au rendez-vous.

« Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle ! », comme dirait l’autre.

J’ouvre les yeux, désarçonnée. J’ai oublié le nom de l’auteur ainsi que le titre de la poésie en question, et la seule chose que je voudrais pouvoir oublier persiste ! Cela m’indigne, et sans crier gare, je me débats comme un diable. Grosminet ouvre de grands yeux étonnés. Moi aussi. Je me débats si fort que je me casse le bras. Il m’a quand-même aidée à en briser les os, cet enfoiré ! Il m’a jetée contre le mur (ou bien le sol ?) comme une vulgaire objet… J’aurais préféré être un objet. Certes, on nous casse, on nous rafistole, on nous jette à la poubelle, mais on n’a conscience de rien et la douleur n’existe pas.

Je passe un instant à m’imaginer quel objet j’aurais bien pu être. Je ne sais combien de temps cela m’occupe l’esprit. Quelques secondes ? Quelques minutes ? Au diable le temps !

Je me fais la promesse de jeter toutes les horloges au feu à mon retour chez moi. Le temps est un traître et un assassin ! Sous sa coupe, je meurs à petit feu et Grosminet s’enflamme de plaisir…

J’ai beau prier pour accélérer ce foutu temps, les secondes durent des heures. Des heures d’un intense supplice. À croire que l’autre connard s’est pris pour Lamartine, que le temps, sous son emprise, a effectivement suspendu son vol et que les heures propices, elles, ont suspendu leur cours pour lui laisser savourer les rapides délices des plus beau de ses jours !

Je dois absolument trouver le moyen de retourner en moi. Ce sera à moi de prendre mon pied, de me régaler, de savourer. De savourer l’instant passé, oui, mais de savourer malgré tout !

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