L'oeuvre du temps.

2 minutes de lecture

Je n'ai pas eu besoin de supplier maman pour qu'elle m'emmène chez le coiffeur. Elle a compris, je crois : j'ai besoin d'être belle pour papa ce soir, je veux leur montrer mon envie de croquer la vie à pleines dents. Je veux être resplendissante, radieuse... Je veux être digne d'être la princesse de papa et le trésor de maman. Et je veux que mon p'tit lion ait un bon exemple à suivre.

Alors que la coiffeuse me lave les cheveux, je réalise que les habitudes ont la vie dure : chassez le naturel, il revient au galop ! En même temps que ma passion du théâtre, mon énergie me revient et, comme à chaque fois que je vais chez le coiffeur, je deviens actrice et commence à réciter ma pièce de théâtre préférée, que j'avais découverte quand j'avais huit ans : Qui a tué le temps?

A chaque personnage que j'incarne, je change de voix. Je connais la pièce de théâtre par cœur et les personnages prennent tour à tour vie devant moi quand je les fais parler. Je souris à chaque jeu de mots :

"- Commissaire ! Commissaire !

- Ne criez pas comme ça, agent Cive, je ne suis pas sourd... Que se passe-t-il?

- C'est le Temps...

- Quoi, le temps? Prenez votre temps.

- IL EST MORT!

- Letan est mort? Qui est ce monsieur Letan?

- Le Temps, T-e-m-p-s, avec un T majuscule, le Temps, celui qui passe.

- Comme le café. C'est aussi clair que du jus de chaussette, votre histoire, Jean Cive.

- Je vous assure, c'est sérieux! Tenez, on vient de recevoir un mail.

- Un mail ? De qui ?

- Signé anonyme, bien sûr. Provenant d'une adresse inconnue.

- Anne Honyme ! Autant dire X."

J'ai beau jouer des rôles, cela fait une éternité que je ne me suis pas sentie aussi moi, bien dans mes baskets, ambitieuse et pleine de vie. Maman sourit de toutes ses dents, elle est ravie, elle aussi, de voir l'ancienne Léa pointer le bout de son nez.

Je ne vois pas le temps passer : maman vaut bien tous les publics du monde et dans ses yeux une foule m'acclame, à l'endroit même où j'avais créé un désert.

La coiffeuse m'invite à admirer le fruit de son travail. J'ai retrouvé figure humaine.

- Adieu blondasse ! m'éxclamé-je en riant avant de la remercier.

Annotations

Recommandations

Wilhelm Von Goldmund
Le roman en cours d'écriture "Ce que contient le cœur sacré d'une femme... " - soit la parodie ouvertement grotesque de Madame Bovary signée sous le pseudonyme de Marc-Emmanuel de Lévi-Bussault - nous transporte là où le gentilhomme n’a jamais aventuré sa calvitie, soit le cœur d’une jeune femme riche et éperdument amoureuse. L'auteur aurait pu verser dans le romantisme pur et débridé, comme le firent bien plus tard avec un bonheur inégal des Michel-Edouard Mussy ou des Marc-Guillaume Schmidt, mais il a su respecter le point de vue unique de cette si frêle créature. De Lévi-Bussault nous emporte avec son héroïne Clothilda Gramonbaud dans des contrées où seul le cœur féminin a le dernier mot, où les conversations d’alcôve font et défont les intrigues où les femmes de cœur sont fort lasses, et enfin là où le lecteur mâle alpha s’ennuie à mourir. Cet ouvrage d'exception s’avère être un pur joyaux de la littérature post-néo-porno-sentimentale de notre époque et il convient de le traiter comme tel. Le sexe faible y est dépeint comme jamais et avec une véracité qui transcende littéralement le genre. Gageons que dans dix siècles la gente féminine se pâmera encore de plaisir à la seule évocation du nom de Marc-Emmanuel de Lévi-Bussault qui a tant compris la nature veule, hystérique et vénale des femmes. On est d’ailleurs en droit de se demander s’il n’en est pas une lui-même ! Toujours est-il qu’il a su faire forte impression auprès du public puisque 24 millions d’exemplaires ont été vendus rien qu’en Europe. Que dire de plus sur cet ouvrage de référence, cette véritable bible romanesque de la pensée féminine à l’hystérie si marquante, de tout temps et de toute éternité ?
3
2
0
72
Défi
Jerem la plume
Cette histoire se déroule, hein, mais qu'est-ce que je raconte, pas besoin de vous faire un résumé, ce récit est bien trop court et débile pour prendre la peine d'en faire un.
Mais bon lisez quand même, on s'est jamais ;)
3
6
15
3
Lucas S
Des bières à moitié vides pour un esprit bien trop plein. De désillusions, de colère, d'amour même. L'histoire d'une vie, dont l'écriture reste la seule échappatoire.
5
7
1
1

Vous aimez lire Je suis une loutre ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0