La maison des déliées.

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Never avait réfléchi longtemps avant de donner un nom à sa maison. En effet, c'était plus compliqué de nommer un bâtiment qu'un chat ou un lapin. Mais il avait fini par trouver : la maison des déliées. Un prénom tout doux pour une bâtisse de caractère. Tout de pierre vêtue, elle était posée au milieu de nulle part, avec pour seuls voisins la vieille maison abandonnée de l'autre côté de la rue. La haie de rosiers qui encerclaient le vaste terrain était fleurie à cette époque de l'année, et donnait au terrain des airs d'Alice au pays des Merveilles.

Au milieu de cette forêt d'épines et de pétales se trouvait une voûte en dessous de laquelle on distinguait un petit portillon en bois. Il ne manquait pas de grincer à chaque passage, comme un rappel que la maison avait une âme. Derrière ce portail, un petit chemin en graviers menait à la grande porte en chêne massif qui gardait l'habitat du garçon. Mais à côté de la porte, plus important encore, le petit banc sur lequel il aimait passer sa journée.

Usé, fatigué, déséquilibré, le banc était pourtant empreint de magie et de beauté. Si il avait une âme, Never aimait imaginer qu'il était très sage et savant, et qu'il partageait ses secrets à qui voulait écouter. Ce que ce banc avait de magique, c'est que dès le premier coup d'oeil, il semblait nous hurler de s'assoir dessus, d'écouter sur son dos les chants d'oiseaux et le murmure du vent dans les feuilles du cerisier.

Cet arbre était placé au fond du jardin, comme un gardien de la propriété. Entre ses branches, nichées au creux des fleurs, les futures cerises patientaient sagement, attendant les rayons de l'été pour sortir leur tête. Et sur l'immense branche qui surplombait la pelouse, une petite balançoire en bois, avec laquelle May jouait souvent. La petite soeur inondait l'arbre de ses rires, ce qui expliquait sûrement pourquoi les cerises avaient un goût aussi sucré et rempli de bonheur.

Derrière la bâtisse en pierre, à l'abri des regards, et non loin du cher cerisier de May, il y avait une petite terrasse de bois qui accueillait le salon de jardin de Papi et Mamie. Ils adoraient s'éclipser par la porte-fenêtre et venir s'allonger dans les fauteuils ou boire un sirop sur la grande table à l'ombre. Cet endroit avait vécu des dizaines de dîners et de fous rires, ce qui rendait le lieu paisible et propice aux bons moments.

Cette maison avait toujours appartenu à ses grands-parents, et Never, bien que toujours blessé par le départ de ses parents, avait très vite adopté la petite chaumière magique recouverte de mousse qui lui offrait enfin un sentiment de chez-lui. La maison des déliées. Un nom doux comme une écriture à la plume, mais qui décrit également parfaitement sa famille, composée, décomposée, oubliée mais heureuse, dans une maison au bout du monde, avec pour seuls habitants Never, sa soeur May, Papi, Mamie et pourquoi pas un jour des pièces de plus dans cette famille déjà rapiécée. Après tout, un de plus ou un de moins, la maison des déliées avait déjà vu pire.

Une description de l'univers de Never, personnage de mon roman disponible sur Scribay : "Le temps des cerises".

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