4. 5 étages dans l'autre sens

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Je suppose que vous comprenez mieux que son "Oui, c'est pour quoi ?" me fait un léger (à qui vas-tu faire croire ça ?) pincement au coeur. Je retiens mes larmes de toutes mes forces et m'apprête à partir sur le champ. Mais à quoi est-ce que je m'attendais ? Réveille-toi, Lucie ! Il ne voulait pas de toi virtuellement, il ne voudra sûrement pas de toi alors que tu es devant sa porte. Je m'apprête à repartir sans un mot, c'est ma spécialité en ce moment. Quand il sort dans le couloir, referme la porte à moitié et me dit tout bas : "Mais qu'est ce que tu fais là ? Non, ne répond pas. Va m'attendre dans le parc en bas de l'immeuble."

Ascenseur émotionnel (ironie vu que je dois me taper les 5 étages à pied). Je devrais l'appeller "Pirouette-man" ce type. Je le déteste un instant et je lui pardonne tout la seconde d'après. Comment fait-il ? Il suffit qu'il me donne un minimum d'attention et je suis de nouveau à ses pieds. Pitoyable. Il va falloir que je reprenne le contrôle et fissa.

Un samedi après-midi de juin, pas étonnant qu'il y ait un monde de fou dans ce parc. Des joueurs de frisbee, des promeneurs de chiens, des couples avec des poussettes. Il est clair qu'il n'y aura pas de moment intime ici (oui, j'ai déjà dit l'espoir faisait vivre). Puisque je l'attends sagement sur le banc en face de l'entrée, je le vois assez vite arriver avec son carlin. Je suppose que la "balade du chien" est l'excuse parfaite pour Madame. Je le vois me faire signe d'un mouvement de tête de le suivre. Il fait 25 degrés, il est en sweat à capuche et moi je meurs de chaud. Les types du Sud n'ont pas le même regulateur corporel que les gens du Nord ?! Bien évidemment, je le suis. Je n'ai pas fait tous ces kilomètres juste pour mater la porte d'entrée de son immeuble. Je le regarde passer devant. Il m'emmène dans une ruelle perpendiculaire. Au milieu de l'allée, il s'arrête net et prend sa tête entre ses mains. Je m'approche en mode "chat furtif" jusque derrière lui. Je m'attends à me faire engueuler comme il se doit.

- Bonjour quand même, dis-je, pas très rassurée.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Dit-il en se retournant. Je n'arrive pas à déchiffrer son expression. Il semble heureux de me voir mais en même temps embeté.

- J'avais besoin de te voir pour tourner la page définitivement. Tu me manques. Ton silence est difficile à vivre.

Je n'ai pas l'intention de lui dire pour le coup de fil qui m'a fait changer d'avis. Je ne veux aucune pitié de sa part. Je veux juste vivre à fond ce que je peux encore. S'il n'y a rien à vivre avec lui, alors que je puisse passer à autre chose. N'avoir aucun regret.

- Je ne peux pas te voir, te parler. Je n'ai jamais voulu te faire souffrir, dit-il avec de la tristesse dans la voix.

- Qu'est-ce que tu fais dans la rue avec moi ? Et pourquoi m'a tu envoyé ce sms l'autre jour ?

- Je ne sais pas. Je ne m'attendais pas à ce que tu débarques chez moi non plus ! Je pense souvent à toi et j'ai craqué, voilà !

- " Voilà ! " dis-je en imitant sa voix.

C'est pas bien de se moquer. Je sais que je le mets dans une position délicate. Mais son ton plaintif m'énerve. Merde quoi ! C'est lui l'homme marié qui joue avec le feu. Et bien mon gars, maintenant tu le sauras... le feu ça brûle et il peut même débarquer chez toi un après-midi de juin !

- Et maintenant, on fait quoi ? Je repars chez moi et tu effaces mon numéro de ton téléphone ? dis-je, un peu énervée.

- Oui. Non. Je ne sais pas ! Laisse-moi le temps de réfléchir.

- Jusque quand ?

- Tu restes combien de temps en ville ?

- J'ai loué un AirBnB pour le week end.

- Ok. Je te contacte ce soir, dit-il en s'en allant.

Je suis scotchée. Donc il va me contacter ce soir ? Pour me dire quand il aura fini de réfléchir ? J'ai pas tout compris là. Moins de 5 minutes plus tard (alors que je suis toujours aussi "paf" dans la ruelle), je reçois un sms : "Adresse de ton AirBnB ?"

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