One Shot

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En apparence, Cara Jiggers avait la vie idéale.

Etudiant de Faculté de Science, Cara avait des bonnes notes, parfois même les meilleures lorsqu’elle ne prenait pas trop son temps pour sortir et aller faire la fête avec ses potes, et elle possédait un physique et un visage à son avantage. C’était ce que les mecs disaient d’elle dû moins, en ajoutant qu’elle était une bombe au lit.

Par-dessus ça, Cara avait été recrutée comme mannequin pour une marque de couture de la ville et était promise à une belle carrière si elle projetait d’aller sur les défilés. Les garçons disaient que sa popularité était dûe à sa taille fine et son visage angélique, et les filles affirmaient que c’était ses longs cheveux roux qui la faisait de démarquer des autres pour gagner le top de la beauté.

Il ne fallait pas oublier que Cara était une fille très gentille et avenante, elle savait prendre soin de ses amis et défendait souvent son prochain lorsque celle-ci ou celui-ci se trouvait dans une situation injustifiée.

Cara possédait son propre appartement, un adorable studio qu’elle avait acheté au dernier étage avec accès au toit où elle cultivait des plantes avec l’aide de la mamie qui vivait en dessous. Elle n’osait pas vraiment s’en vanter, même s’il y avait de quoi, car après tout elle n’avait obtenu qu’un peu d’aide financière de son père et avait travaillé depuis ses seize ans en parallèle de sa scolarité pour pouvoir se le payer.

Si beaucoup la jalousaient, d’autres l’admiraient et la convoitaient.

Pourtant, derrière ce masque de femme parfaite, derrière cette popularité et de vie idéale, Cara n’était pas tant à envier que cela.

Le jours de ses neuf ans, sa mère prit sa valise, la jeta dans le coffre de sa voiture d’occasion, et après avoir signé les papiers de divorce, elle mit les voiles. Elle ne fit plus jamais entre parler d’elle.

Cara ne parlait pas souvent d’elle, elle n’y avait rien à dire, Camilla, si c’est bien le nom qui figure sur son extrait de naissance dans la case « mère » était une ordure. Les seuls souvenirs qu’elle avait d’elle était des bribes d’absurdité où elle préférait boire une bière plutôt que de passer son temps avec elle. Elle l’avait porté pendant neuf mois, et pendant neuf ans elle lui rabâcha qu’ils avaient été les pires de sa vie.

Ce n’est pas tout, son père, beaucoup absent pendant les premières années de sa vie afin de ramener assez de sous pour nourrir la petite famille, ne s’était rendu compte de la monstruosité qu’il avait pour femme que le jours de ses huit ans.

Ce jour-là, Cara s’en souvenait comme s’il était tatoué sur sa peau.

Heureuse d’avoir huit ans, comme tout enfant qui se respecte, Cara avait sauté sur le lit de ses parents en répétant incessamment que c’était son anniversaire. Son père s’était alors levé, avait baisé son front puis celui de sa femme avant de la cajoler d’amour et d’aller lui préparer un merveilleux petit déjeuner.

Sa mère ne lui montra pas grand signe d’affection. Elle tapota sa tête puis partit sous la douche. Camilla vivait pour sa sécurité financière, elle aimait les bières, les clopes, mais en dehors de ces achats impulsifs, elle ne déboursait jamais un rond, et ce n’était pas le sourire de cette gamine et ces quelques sous en moins à devoir aux impôts qui lui changeraient sa manière de pensée.

A cet instant-là, rien n’avait encore dérapé, le monde de Cara tournait très bien, et son sourire de vacillait pas.

« Tiens ma grande, voilà pour toi », avait dit son père en lui donnant une ration de pancakes.

La petite avait tendu les mains et prit l’assiette. Elle mangea, conversant la bouche pleine avec son père dans la plus grande des joies.

Laurent était heureux de voir sa fille. Voilà des semaines, non des mois qu’il n’avait pas passé du temps avec elle, et il avait fermé son bar car en temps normal, il vivait une vie décalée de la sienne. Ce n'était pas toujours facile de rentrer le matin et de dormir quelques heures la journée sans voir son joli sourire.

Il prit à son tour son déjeuner et laissa une part à sa femme sous une assiette pour que cela reste chaud.

Ce fut lorsque Laurent lui offrit un cadeau que la journée vira au cauchemar.

« Tu n’as pas à acheter ces merdes, dans quelques années elle n’y touchera plus, s’agaça Camilla.

— Laisse-la profiter chérie, c’est son anniversaire », rétorqua doucement Laurent.

Camilla s’approcha de sa fille, et regarda par-dessus son épaule. Elle s’énerva.

« Un puzzle n’est pas utile, s’entêta-t-elle.

— A son âge oui, ça lui apprend la patience et…

— Tu aurais dû lui prendre avec plus de pièces, deux cents ne suffiront pas dans ce cas. »

Laurent ferma son poing sur son pantalon. Il ne prendrait pas le plaisir d’avoir une dispute devant sa fille. Il se détendit, caressa les cheveux doux de Cara avant de lui demander :

« Monte dans ta chambre ma grande, va jouer avec, j’arrive dans pas longtemps. »

Cara ne répondit pas, mais elle se pressa de prendre la boite de jeu et de l’essayer.

Pas une seule seconde elle ne se douta que cela fut son dernier anniversaire avec ses deux parents ensemble.

Finalement, même si la perte d’une mère n’était pas bonne pour l’équilibre d’un enfant (aussi horrible fut elle), Cara sut que ce fut pour son bien. En plus, cela lui permis de se rapprocher de son père.

Après quoi, à ses douze ans, Laurent se remaria avec une adorable femme, un peu plus jeune que lui sans pour autant que cela soit dérangeant, et refit sa vie. Il eut deux enfants avec elles.

Pourtant, même si Cara s’habitua à cette nouvelle vie, cette nouvelle famille aimante, elle préféra devenir rapidement autonome et laisser son père embrasser ce deuxième amour bien plus sincère. Avec plus de maturité, elle aurait avoué se sentir de trop. Voilà pourquoi, du haut de ses seize ans elle avait cherché un boulot, et dès qu’elle le put avait mis les voiles. Elle revenait tout de même les week-ends pour apprécier ces deux petites crapules qu’elle avait pour frères.

Alors ce n’était qu’en apparence que Cara Jiggers avait une vie idéale.

1

« Cara ! » cria Rachel.

Elle frappa contre la porte un peu plus fort.

« Bordel Cara ! On a exam ce matin ! »

Cheveux courts relevés dans une demi-queue de cheval, avec son mètre cinquante-cinq affirmé, Rachel Bridge était l’incontestable meilleure amie de Cara Jiggers. Les deux filles s’étaient rencontrées au collège, et avaient noué des liens après une stupide dispute pour un mec, Nathan. Aucune des deux n’avaient eu ce goujat d’ailleurs.

« Je te jure je vais…

— Parle pas si fort, les voisins vont se plaindre, la coupa Cara en ouvrant la porte.

— Si tu préfères que je te laisse dans la merde dis le moi », grommela la brune en entrant.

Cara haussa les épaules et Rachel soupira.

Son amie avait beau être une perle, elle était une incurable lève tard, et devenait la pire des faignasses tant qu’elle n’avait pas pris son café matinal.

« Bouge ton cul, l’épreuve commence dans vingt minutes », insista Rachel.

Son amie ne releva pas, mais elle passa à la douche pendant que la brune prenait ses aises. Elle ouvrit la fenêtre et alluma une clope. Elle ne s’en grillait pas souvent, une tous les lundis pour se motiver si elle était déprimée à cause de la semaine qui commençait et lors des fêtes afin d’être un peu plus pété parce que l’alcool lui filait la nausée.

« J’ai pas enlever ma serviette de l’étendoir tu me la prends ? cria Cara depuis la salle d’eau.

— Quoi t’as peur que je voie ton cul blanc ?

— Fait pas chier Rachel, t’as pas dit qu’on était pressées ? »

La brune tira sur sa cigarette, puis la coinça entre ses doigts. Elle entra dans la cuisine et passa la petite porte qui s’ouvrait sur une petite pièce à ranger.

Quelle crétine j’te jure, se dit-elle silencieusement en pensant à Cara.

Elle lui amena sa serviette puis termina sa clope à la fenêtre. Elle jeta proprement son mégot à la poubelle après l’avoir appuyé contre l’évier humide.

Cara sortit de la douche cinq minutes plus tard et s’habilla dans sa chambre.

« C’est bon ? La princesse est prête ? s’impatienta-t-elle.

— Ouep, je suis prête Grincheuse. »

La rousse apparut dans le salon sur ces mots, habillée et sac sur l’épaule. Elle se moqua bien du regard irrité de sa meilleure amie et la prit par l’épaule.

« Bon, en avant pour mater les jolis culs !

— Faudrait que t’aies Vivian devant toi, si non j’donne pas cher de ta peau » se moqua la brunette.

Cara se crispa.

« On a rompu.

— Quoi ? se confondit Rachel.

— Hier soir, on a rompu.

— Ah. »

Elle n’avait pas vraiment les mots face à la nouvelle. Cara et Vivian avaient été en couple depuis presque un an maintenant, et même si les disputes avaient pris une grande place dans leur couple, l’amour passionnel qu’ils possédaient les avaient toujours rapprochés. Jusqu’à hier soit apparemment.

« Et il s’est passé quoi ? Il t’a plaqué ?

— Non, en fait, c’est moi qui l’ai plaqué. Il a commencé à me disputer avec sa grosse voix t’sais et comme il ne me laissait pas le temps de répondre j’ai arrêté d’écouter. Après on a commencé à s’engueuler et j’en pouvais plus, je tiens à lui mais aussi à ma peau, si on dispute autant on n’arrivera jamais à construire un avenir ensemble. »

Rachel écouta les explications de sa meilleure amie. A vrai dire, Vivian était un mec avec un fort caractère, et même si Cara était une fille très patiente, elle était aussi du genre à pas se prendre la tête et à filer loin des disputes inutiles. Elle ne comprenait pas les personnes jalouses et détestait celles qui lui reprochaient des absurdités infondées. Elle était fidèle, mais ça, avec son visage de belle femme, personne ne le saisissait.

« Et ça va ?

— Ouais t’inquiète, ce ne sera pas le dernier mec que j'aimerai. »

Cependant, il le fut, et ce pendant un bon moment.

2

Aglaé Borin tapait du pied, et lorsque Aglaé tapait du pied, cela voulait dire que quelque chose n’allait pas. En l’occurrence, rien n’allait.

« Je vais me faire défoncer », soupira-t-elle.

La jeune fille, à l’adorable moue que lui permettait ses grosses joues, se laissa tomber sur la table d’extérieur sur laquelle s’était regroupé la troupe d’amis. Dans ses mains elle tenait sa copie de contrôle de physique, où figurait la terrible note de trois sur vingt.

« Tu te rattraperas au prochain, soupira Stan.

— Non. »

La brunette tourna la tête dans sa direction, et se gonfla d’agacement.

« Je n’ai pas les couilles pour tricher comme toi, et je ne suis pas comme Cara et Arthur, je suis une quiche dans cette matière.

— Je ne triche pas, s’offusqua le garçon.

— A d’autres Stanny », soupira-t-elle.

Rachel ricana.

« T’enflamme pas Rachel, t’as juste eut deux points de plus qu’elle, intervint Arthur.

— Ouais mais c’est pas une matière principale pour ma filière.

— Tu devrais quand même plus travailler Rach », intervint Cara.

Sa meilleure amie lui tira la langue. Son piercing pointa, avant de disparaitre dans sa bouche. Elle l’avait fait il y a trois ans, en même temps que la boucle brillante qui pendait à son oreille gauche. C’était une absurdité de jeunesse, disait-elle d’abord avant d’ajouter que les mecs adoraient l’embrasser lorsqu’elle le portait (et plus).

« Vous pensez que l’application 2Heart1Love est bien ? », demanda subitement Cara.

Aglaé releva la tête, Arthur s’étouffa avec son chewing-gum, Stan perdit l’équilibre sur sa chaise, Rachel fronça les sourcils, et Anatole … Anatole resta les yeux rivés sur son livre.

« Tu te rabaisses aux sites de rencontre ? s’esclaffa la brune.

— T’as la moitié des mecs qui fantasme sur ton corps, ça te sert à rien ce genre d’appli », renchérit Stan.

Cara secoua la tête

« Justement, ça serait plus facile de faire le tri.

— Le tri ? »

Rachel se tordit de rire.

« Tu nous compares à des objets là ! s’agaça Arthur.

— Non, je pensais pas mal, se reprit-elle, juste que j’aimerai tomber sur une personne qui partage les mêmes intérêts que moi et qui ne cherche pas qu’à me plaire. »

Les mecs hochèrent la tête, calmées. D'ailleurs qui pouvait réellement lui en vouloir ?

« Alors ? insista la rousse.

— Mon cousin a trouvé sa copine dessus, alors ouais je suppose », répondit Stan.

Alors Cara téléchargea l’application.

3

Cara passait en revue les nombreux mecs qui se trouvaient sur cette application, elle n’en connaissait pas un seul, même après avoir réduit la proximité de lieu sur son campus. Aucun ne lui plaisait réellement, ils étaient beaux, oh ça oui, mais aucun n’avait suscité cette étincelle de curiosité.

Jusqu’à ce qu’elle reçoive une notification.

Monsieur A souhaite discuter avec vous.

« Monsieur A ? C’est original comme pseudo », pensa-t-elle à voix haute.

Et elle accepta.

4

Personne ne fut réellement curieux sur la vie sentimentale de Cara, et étonnamment même sa meilleure amie. La rousse, qui discutait depuis maintenant quelques semaines avec ce Monsieur A, était de bonne humeur. Ce garçon n’était pas venue lui parler avec ces phrases bancales « Salut, t’es d’où ? » ou encore « Hey toi, ça va ? » non, ce charmante Mr.A avait directement engagé une conversation qui avait suscité l’intérêt de Cara. D’ailleurs, un petit jeu s’était installé entre eux, l’interlocuteur, qu’elle savait dans la même faculté, s’amusait à lui cacher quelques post-it où elle trouverait des informations sur lui. Pour l’instant, elle ne connaissait que ses passions, quelques morceaux sur son passé et vraiment peu de chose sur son physique.

« Tu fais quoi ? »

Rachel sortait de la douche de son amie, serviette autour de la taille. Hier soir, elles étaient allées en boite, et comme souvent, la brune était restée chez sa meilleure amie pour terminer la soirée et décuver.

« Je viens d’envoyer un message à Monsieur A.

— Ah, le fameux dont tu sais toujours pas le nom ? ricana-t-elle.

— Yep. »

La rousse se leva finalement puis avant que son amie ne puisse la taquiner davantage, elle lui arracha sa serviette de bain.

Rachel lâcha un cri de surprise, et se couvrit ses parties intimes.

« J’vais à la douche !

— Bâtarde », l’insulta-t-elle en se pressant d’aller enfiler ses affaires.

Depuis la salle d’eau la demoiselle explosa de rire. Elle adorait ces petits moments où elle faisait tomber le masque de froideur de son amie. Contrairement à son apparence presque mignonne avec ses longs cils, le teint clair de sa peau et ses traits fins, Rachel était une personne d’assez silencieuse, plutôt discrète et assez mystérieuse. Aussi, son humour se résumait au malheur des autres, et elle ne manquait jamais une opportunité pour chasser les paillettes désagréables du bonheur de ses amis ; si elle avait tout de même la décence de se retenir lorsque le sujet était sensible, elle n’avait aucune pitié pour le reste.

Cara se débarrassa de son haut, posa la serviette. Et entendit qu’elle venait de recevoir une notification, Monsieur A venait de lui répondre.

[Raconte-moi tes secrets Monsieur A]

[T’es plutôt matinale pour un Dimanche, et je ne sais pas, pour toi je dois en avoir beaucoup J]

[Je pourrais passer mes journées devant les Disney, et même ceux avec les princesses.]

[Ahah, tu sais que je pourrais ruiner ta réputation avec une info pareille ?]

[Ca m’étonnerait, tu ne sais même pas qui je suis.]

[Tu marques un point.]

[Tu ne comptes toujours pas me dire qui tu es ?]

[Tu n’as toujours pas trouvé qui je suis nuance.]

[Un indice alors ? »

[Têtue hein ? Dans ce cas je peux te dire que le A de mon pseudo ne vient pas de mon nom de famille.]

[De ton prénom alors ?]

[Monsieur A ?]

Elle n’obtint sa réponse que bien des semaines plus tard.

5

« Moi je suis sûr que A ç’est la première lettre de son prénom, affirma Stan d’abord. Il ne répond jamais à cette question parce que s’il le fait ça éliminera beaucoup de mecs.

— Tu le fais exprès ou t’es juste con ? » soupira Arthur.

Il enleva ses lunettes de soleil pour le regarder droit dans les yeux.

« Alexandre, Adrien, Aurélien, Antoine, Alfred, Ambroise, Ashton, Alphonse, Achille, Aron, Alexis, Aroun, énuméra-t-il rapidement, même si ça élimine une bonne partie du campus ça n’avancera en rien.

— Y’a aussi Anatole, mais ça match pas, Monsieur A a dit qu’il aimait visiter les aquariums, Anatole préfère les sushis, se moqua Rachel.

— Moi et mes rondeurs on t’emmerde Grincheuse », rétorqua le garçon.

La brunette lui tira effrontément la langue.

« Faudrait qu’il te donne une description physique », spécula Gautier.

Cara et ses amis approuvèrent. En réalité, tant qu’elle n’avait pas plus d’informations personnelles, et surtout corporelle, la chasse au sorcier ne pouvait pas avancer. D’ailleurs, ce n’était pas avec quelques anecdotes de la vie courante qu’elle pouvait trouver de qui il s’agissait, après tout, les conneries de l’enfance pouvaient se ressembler d’une personne à une autre. Tout le monde s’était déjà coupé les cheveux au moins une fois dans sa vie avec pour résultat le droit à une tête d’œuf ou à une frange, tout le monde avait fait pipi dans un endroit peu recommandable, tout le monde s’était pris la honte en classe.

Pour trouver ce Monsieur A, il fallait à Cara quelque chose de plus singulier.

« Et pour peu, A c’est même pour un autre mot, genre A comme Amour, rajouta Gautier.

— J’sais pas, non j’y crois pas trop, ce serait super tordu, réfuta Cara.

— Tu ne le connais pas réellement, et puis il est déjà assez tordu de faire cette histoire de Mr.A sur un site de rencontre »

Gautier s’enfonça dans son siège. Il avouait avoir remarquer le changement de son amie depuis qu’elle parlait à cet inconnu. Même s’il n’appréciait pas l’idée de tomber amoureux d’une personne rencontrée sur les réseaux sociaux, surtout avec une personne qu’il ne voyait pas, il voyait bien que Cara retrouvait le sourire qu’elle avait perdu suite à sa rupture avec Vivian,

« J’pense… commença Cara, que je l’aime bien, ça fait longtemps que je ne me suis pas sentie aussi détendu en parlant à un mec »

Arthur se mordit la lèvre, mal à l’aise.

« Ne t’enflamme pas trop quand même, Cara, ce n’est qu’une personne derrière un écran. Tu pourrais être déçu de savoir qui elle est en réalité. »

7

Anders Foster, nerd reconditionné en intello mignon avait donné une petite fête chez lui suite à la semaine chargée d’avant les vacances. Ils étaient une vingtaine d’étudiants, un peu serré dans l’appartement qu’il louait avec son cousin.

Le petit groupe d’ami, dont Cara, y avaient fait un saut bien décidé à profiter d’une soirée festive.

« J’avais raison, ce slim te fait un cul d’enfer, souffla la rousse à sa meilleure amie.

— C’est bien pour ça que je l’ai mis », répondit Rachel.

Son sourire béat traduisait son ivresse certaine. Si Cara avait bu quelques verres et tenait encore bien sur ses jambes (bien que sa raison ait plié bagage), Rachel était dans un autre monde après l’abjecte merde qu’elle venait de fumer. Gauthier, alias le Sam des soirées, prenait du bon temps avec Arthur et Aglaé qui avaient pris place sur le divan puisqu’ils ne pouvaient plus tenir debout (note à Aglaé : elle ne mettrait plus jamais de talons si elle comptait se bourrer la gueule).

« Faut que j’envoie un message à Monsieur A »

La brune ne put qu’hocher activement la tête préférant de loin danser contre les autres corps brulants, et laissa Cara marcher en direction du balcon. L’accès n’y était pas interdit, même si pour la sécurité des étudiants ivre-morts il aurait fallu, et elle prit une bouffée d’air frais.

Elle voulait savoir qui il était, ça la rongeait. Elle ne pouvait pas dire avec sureté qu’il s’agissait d’amour, mais elle appréciait ces moments de confession, de partage, bien plus sincère qu’avec n’importe quelle autre de ses copains. Puis une idée naquit dans son esprit. Peut-être que si elle l’appelait il répondrait, elle entendrait sa voix.

Elle pressa le bouton appel. Et Monsieur A décrocha.

« Allo ? fit une voix masquée par un brouha.

— Monsieur A ?

— Hein ? »

Cara se passa la langue sur les lèvres, bien plus confuse que stressé à l’idée de parler avec l’inconnu mystérieux. Quelque chose ne tournait pas rond. Pourquoi entendait-elle le fond de la même musique qui passait dans l’appartement dans lequel il se trouvait ? Elle était sur qu’il ne s’agissait pas de son esprit alcoolisé, elle entendait l’écho depuis le portable. Cela ne pouvait pas être une coïncidence.

Elle se tourna, sondant d’un regard ardent les personnes présentes.

« Allo ? C’est qui ? »

La rousse redevint sobre dès l’instant où elle comprit ce qu’il se passait. L’incertitude, la colère aussi, animèrent son cœur et elle raccrocha. Ses pieds prirent d’eux même la direction de la sortie.

8

« Putain Cara, j’étais super inquiète ! » s’écria Rachel lorsque son amie ouvra la porte.

La brune, après avoir recouvert ses esprits, avait passé des heures devant son appartement en espérant qu’elle rentre chez elle. Elle avait fini par rendre les armes, avait fait demi-tour à son domicile et après un sommeil en vain pour effacer sa fatigue, elle était retourné de nouveau chercher son amie.

« T’as disparu sans rien dire à personne et tu répondais pas ! Qu’est-ce qui t’as pris ? » lui demanda-t-elle.

Rachel entra, se fichant pas mal de la tête défoncée qu’avait la demoiselle.

« Alors ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Hier j’ai appelé Monsieur A, répondit Cara.

— Et ? Qu’est-ce que ça peut me foutre sérieux ? »

Cara croisa les bras sur son torse, excédé.

« Il a décroché, commença-t-il avant de se reprendre, ou devrais-je dire, elle a décroché. »

Le visage de la brune perdit des couleurs. Elle a décroché, se répéta-t-elle comme si elle n’arrivait pas à comprendre ce qu’il se passait.

« Tu captes maintenant ? demanda Cara avec colère, c’est TOI qui a répondu putain ! »

La jeune femme arrêta de respirer. Elle aurait pu lui sortir une idiote excuse du genre qu’elle s’était trouvée avec Monsieur A pendant la soirée et qu’elle lui avait pris son portable. Mais quelles étaient les probabilités que ce soit arrivé de toute manière ? Rachel était tellement défoncée hier, elle se félicitait presque d’avoir compris que son portable avait sonné.

Rachel s’était faite prendre la main dans le sac.

« C’est aller trop loin, je suis désolée.

— Désolée ?

— Je ne comptais pas te faire de mal, je voulais juste me sentir plus proche de toi malgré ce corps de femme », avoua-t-elle.

Cara se tira les cheveux.

« Crache-moi tes insultes, frappe-moi si ça peut aider ta colère, mais je ne veux pas qu’on stoppe ce qu’on a, souffla Rachel, impuissante.

— Ce qu’on a ? ricana-t-elle. On n’a rien, Rach’. »

Elle la regarda avec écœurement puis ajouta :

« Tu m’as vraiment prise pour une conne, cracha-t-elle d’abord. T’étais ma meilleure amie ! Comment t’as pu faire ça sérieux ?

— Je suis désolée.

— Garde tes excuses, j’en ai pas besoin. »

Cara se sentait trahie, humiliée. Si elle avait mis des barrières avec certains de ces amis qui se fichaient éperdument d’elle, la jeune femme n’aurait jamais pensé que sa meilleure amie soit capable d’une telle chose. Jamais elle n’aurait cru que Rachel puisse lui faire un coup de pute. Elle ne voulait rien savoir, ni de ses excuses ni de ses explications. Elle avait joué avec elle, c’était tout ce qu’elle avait fait.

Cara pointa la porte.

« Sort de chez moi. »

Rachel se leva, les larmes aux yeux et sortit.

9

Les jours passèrent, les vacances aussi, et la rentrée arriva. Rachel n’avait pas cherché à contacter Cara depuis la révélation de son terrible secret. Elle lui avait envoyé un long message d’excuse juste après avoir été mise dehors, mais rien de plus. Elle avait besoin de temps, du moins assez pour qu’elle se fasse à l’idée qu’elle lui portait des sentiments plus qu’amicaux et se remette de ce Monsieur A.

Malgré cela, l’inévitable arriva. Rachel fit face à Cara.

Son (ex) meilleure amie la considéra un instant, ne sachant pas comment aborder le fait qu’elle ne voulait plus la voir devant ses amis. Elle tenta de la snober, mais la brune la rattrapa.

« Fait comme si je ne ressentais rien mais ne m’ignore pas, demanda doucement Rachel.

— Parce que tu crois que c’est ça qui m’inquiète ? »

Cara se dégagea de sa prise.

« Je m’en fou que tu sois lesbienne ! » s’emporta-t-elle.

Elle lui adressa un regard noir.

« Je n’aurais jamais dénigré tes sentiments si tu me les avais confessés avant de faire cette merde, s’époumona-t-elle. T’avais pas confiance en moi ? c’était quoi ton problème ? »

Les joues de Rachel rougirent. Leurs amis, et d’autres personnes curieuses qui se trouvaient dans la cour de la fac regardèrent la scène avec surprise. Jamais Cara Jiggers n’avait haussé la voix sur sa meilleure amie.

« Tu me connais non ? J’t’aurais jamais traité de ces noms stupides ni quoi que ce soit.

— Je ne pouvais pas savoir que tu aurais réagi différemment que lorsque Léo a avoué qu’il était gay ! »

Cara ne se détendit pas.

« Léo, c’est Léo. C’était un âne avec des gros bras qui pensait qu’à se faire bien voir, on en a rigolé mais c’est jamais allé plus loin. On ne l’a jamais humilié et il est très bien dans sa peau. »

Rachel n’ajouta rien. Que pouvait-elle lui dire de plus de toute manière ? Elle ne voulait rien entendre, faisait la sourde oreille, et bien qu’elle détestât ça, la brune admettait que c’était totalement sa faute. Elle n’avait pas voulu la blesser, mais c’était ce qu’elle avait fait. Elle n’avait pas non plus voulu lui cacher qu’il aimait les femmes, et à vrai dire ce n’était pas totalement vrai. Les hommes l’attiraient, mais en tombant sous le charme de Cara après l’avoir côtoyé pendant des années, elle avait compris que l’amour ne se résumait pas à un genre. Elle aurait pu tomber amoureux de n’importe qui d’ailleurs, une femme rondement généreuse, un gringalet adorable, une gothique sympathique ou bien le soi-disant stéréotype du gay. Cela n’avait pas d’importance, elle aimait une personne pour ce qu’elle était.

Et elle, Rachel Bridge, était amoureuse de sa meilleure amie.

La rousse se tourna et affronta le regard de ses amis.

« Vous le saviez ? »

Elle n’avait pas besoin de préciser ses dires, que ce soit Arthur, Gauthier, Anatole, Stan ou Aglaé, tous étaient au courant.

« Vous n’êtes pas mieux qu’elle », souffla-t-elle.

Et elle tourna les talons.

10

Un long mois était passé depuis que Cara avait appris la vérité. Elle ne supportait plus du tout, ces stupides applications de rencontre et les haïrait à jamais. Cependant, sa colère avait été remplacé par de l’amertume, et elle avait beaucoup pensé à Rachel.

Elle ne cautionnait pas ce qu’elle lui avait fait, rancunier comme elle était, elle pourrait lui en vouloir pendant longtemps. Malgré cela, après réflexion et après avoir passé de longues heures à essayer de se mettre à sa place, elle avait saisi le problème qui s’était posé à la brunette. Elles entrainaient une relation amicale depuis des années, et par-dessus le marché, Cara n’avait eu que des petites copines, alors s’attendre à ce que Rachel se confie directement à elle était plus facile à dire qu’à faire.

Mais maintenant que faisait-elle ? Devait-elle retourner tranquillement à son quotidien et faire comme si rien ne s’était passé ? Devait-elle continuer à l’ignorer ?

Ou alors devait-elle répondre enclin à ses sentiments ? Cara avouait que l’idée l’avait travaillée. Rachel était une jolie fille, mignonne et rigolote, et qui correspondait aux attentes qu’elle avait de son amant. Par attentes elle entendait que la brune était quelqu’un de bien, qu’elles pouvaient avoir des conversations sérieuses et qu’elles avaient cette joie de vivre commune. Pouvait-elle l’aimer plus qu’une simple amie ? Les sentiments ne se contrôlaient pas, elle ne pouvait pas s’imposer d’aimer Rachel en un claquement de doigt.

Son portable se mit à sonner et ce qu’elle lut fit trembler ses doigts.

Monsieur A souhaite partager un appel avec vous.

Cara hésita. Pourquoi son cœur s’emballait-il rien qu’à la pensée d’entendre sa voix ?

Elle décrocha.

« Cara ? »

L’interpellée ne répondit pas, mais Rachel sut qu’elle l’écoutait.

« Je sais que j’ai merdé avec notre relation. J’aurais dû te parler de ce que je ressentais au lieu de jouer avec toi. C’est allé vraiment trop loin et je m’en excuse. Y a pas un jour ou je me réveille en me disant que j’aurais dû faire autrement. J’ai compris que tu voulais plus me voir, et je respecte ça. Je… je changerai de place en cours, je t’éviterai à la fac et je resterai plus avec…

— Je crois que je t’aime bien aussi », la coupa Cara.

Elle entendit Rachel lâcher un cri.

« Quoi ?

— T’as toujours été ma meilleure amie, et t’as beau être une femme j’ai toujours cherché un garçon qui te ressemblait », avoua-t-elle.

Depuis l’autre bout du fil, Rachel avait dû s’assoir, troublée par ce qu’avançait son amie.

« Bon, je vais avoir un peu de mal avec … ce que tu as en moins mais je ferai avec et… »

Elle entendit subitement le bip.

« Rach ? hoqueta-t-elle. Elle vient de me raccrocher au nez ?! »

Sa frustration fut de courte durée lorsqu’elle entendit, quelques minutes plus tard, quelqu’un toquer à sa porte. Cara ouvrit sur Rachel, les joues rouges et les cheveux en pétard.

« T’es sérieuse ? demanda-t-elle d’une voix haletante

— Va pas croire que je te pardonne, je vais t’en faire baver Grincheuse » rétorqua Cara.

Puis elle ouvrit ses bras et accueillit sa meilleure amie, non, son amour.

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