Chapitre 1

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Assise à la terrasse d'un café, je faisais défiler mon fil d'actualité Instagram en attendant sa réponse. Un rien me faisait penser à lui. Rien que lieu où je me trouvais me faisait penser à son travail de serveur. Je vis qu'Amy avait posté une nouvelle photo à la patinoire avec Ewen. Je savais que je ne devrais pas, mais j'étais jalouse d'elle. Pourquoi pouvait-elle vivre son amour, elle ? Elle avait pourtant vécu ses dix-huit premières années ici avec nous, à Lyon mais elle avait eu la chance de pouvoir rester à Manchester grâce à son parrain qui y habite. D'un autre côté, c'était aussi grâce à elle si j'avais pu rencontrer Jérémy. C'était son ami depuis des années mais c'était seulement l'été dernier que j'avais pu le rencontrer.

C'était d'abord au travers d'un appel WhatsApp que je l'avais vu, un des premiers jours du mois de juillet. J'appelais Amy qui était avec lui et j'avais tout de suite été troublée par sa beauté. Ses mèches brunes assez longues pour que les pointes touchent ses épaules faisaient ressortir ses yeux azurs. J'avais alors fait part à mon amie de mes observations en pensant qu'il ne comprendrait pas le français. Sauf qu'évidemment, juste avant que je raccroche, il avait fallu qu'il me sorte une réplique d'un français parfaitement maîtrisé. Et c'est là que j'avais compris qu'au-delà de son physique, son caractère malicieux avait tout pour me plaire. Je l'avais vu pour la première fois en chair et en os à l'anniversaire d'Amy, deux semaines plus tard. Nous avions fait le déplacement jusqu'à Manchester avec notre bande d'amis de Lyon et nous y étions restés quelques jours. C'est là que le coup de cœur s'était confirmé. Des regards appuyés, des regards prolongés et de nombreux sous-entendus : il aurait été difficile de ne pas s'apercevoir que quelque chose de singulier était en train de naître. Et voilà où nous en étions dix mois plus tard. Nous nous étions revus quelques fois pendant ces derniers mois. Parfois à Lyon, mais le plus souvent à Manchester, ce qui me permettait de voir Amy qui me manquait beaucoup depuis son déménagement, étant une de mes meilleurs amis.

Nous ne nous étions pas revus depuis notre décision de rester amis mais nous ressentions toujours ce manque associé à cette envie de plus. Ce manque de l'autre, de piquant dans une relation comme à l'arrêt et l'envie de se voir, de pouvoir laisser une vraie chance à notre amour. Je fixais avec envie la localisation de la photo d'Amy. Manchester. De plus en plus de choses m'attiraient là-bas. Mais c'était ici que j'étais en train de préparer mon avenir. Ma première année de licence professionnelle pour devenir styliste se terminait dans un peu moins d'un mois et j'avais mon groupe de théâtre que je ne me sentais pas prête de quitter. Nous en étions donc au point mort.

-...na ! Assna !

Je sursautais à l'entente de mon prénom. Je likais rapidement la photo d'Amy et rangeais mon portable avant de me tourner vers mes amis, plus précisément vers Alex qui était celui qui m'avait appelé.

-Eh bien, tu étais partie loin, toi. J'ai dû t'appeler quatre fois avant que tu ne réagisses.

-Désolée...fis-je avec une moue contrite. Je me repassais juste mes répliques de ma dernière pièce en tête.

Eden me lança un regard désabusé.

-Tu étais surtout en train de t'imaginer avec Jérémy, oui.

-Tu te fais plus de mal qu'autre chose, Assna, enchaîna Adrien. Nous n'avons rien contre Jérémy, c'est un type bien et lui aussi doit souffrir de la situation. Nous ne voulons juste pas que la situation te bloque et t'empêche d'avancer et de rencontrer d'autres gens.

Shawn, qui avait la tête appuyée sur son épaule, hocha la tête pour approuver les propos de son copain.

-C'est facile pour vous de dire ça, rétorquais-je. Est-ce que tu serais en couple avec Shawn toi s'il avait abandonné avec toi quand tu étais en couple avec ton ancienne copine ? Quant à Eden et Alex, ça fait trois ans qu'ils se la coulent douce à deux, ils n'ont jamais connu d'obstacle à leur amour, ils ne savent pas ce que c'est. Bon sang, tous mes amis se mettent en couple autour de moi et je me retrouve à être la seule de la bande à être célibataire. Amy a de la chance au moins, elle est libre à Manchester alors que moi je suis bloquée avec tous mes ennuis ici !

-Hey, calme-toi, me tempéra Alex en posant sa main sur la mienne. On veut juste t'aider. On sait que ce n'est pas facile pour toi et que tu n'arrives pas à oublier Jérémy. C'est difficile pour nous aussi de te voir souffrir sans pouvoir faire quelque chose.

Je fis un signe de tête pour montrer que je comprenais mais ne pus m'empêcher de regarder avec amertume la main d'Adrien sur la cuisse de Shawn et le bras d'Alex autour des épaules d'Assna. Je poussais un soupir et jetais un billet sur la table avant de me lever.

-C'est pas tout ça mais ma mère m'attend, je vais devoir vous laisser.

C'était faux bien sûr et ils le savaient sans doute, me connaissant bien mais ils eurent la délicatesse de ne pas le soulever, se contentant de me saluer sans oublier de me faire promettre de leur donner des nouvelles bientôt. J'avais conscience qu'ils se faisaient vraiment du souci pour moi mais je ne pouvais m'empêcher parfois de les rembarrer, comme si personne ne pouvait me comprendre.

Avant de rentrer, je décidais d'aller à l'hôpital voir la seule personne à Lyon qui à mon sens pouvait me comprendre : mon grand-père. Il avait fait une dure infection pulmonaire il n'y avait pas longtemps et était encore en convalescence. Je me rendis donc à l'hôpital et me souvins dans le hall qu'il avait changé de chambre ce matin. Je m'approchais donc de la réception pour connaître le nouveau numéro. Une grosse femme se tenait derrière un bureau, tournant avec une molle lenteur les pages d'une revue, répandant des miettes de Granola dans le magazine en le feuilletant.

-Veuillez patienter un instant, me lança-t-elle en me voyant approcher.

Bonjour à vous aussi, me dis-je en levant les yeux au ciel. J'attendis donc et m'impatientais en voyant les minutes défiler alors que la femme continuait son activité sans plus me prêter la moindre attention. Malheureusement pour elle, ma patience avait une très faible limite ces derniers temps.

-Excusez-moi, dis-je pour attirer son attention.

Elle me lança un regard mauvais, n'appréciant visiblement pas d'avoir été dérangée dans sa lecture de Femme actuelle. Je jetai un coup d'œil au magazine devant elle et laissais échapper un ricanement en le voyant ouvert sur un article intitulé "Comment perdre dix kilos en moins de trois semaines ?".

-Oh vous savez, il ne suffit pas de lire des articles sur comment maigrir pour y arriver. Ça vous donnera peut-être bonne conscience à la limite mais à part ça, ça ne va pas changer grand chose. Surtout si vous vous empiffrez en même temps, ajoutais-je en désignant son menton couvert de miettes de cookies. Non, ce qu'il faut, c'est une bonne activité. Pour débuter vous pourriez faire votre travail. Vous pourriez commencer par me donner le numéro de la chambre de monsieur Louis Césaire.

Elle me fusilla du regard mais n'osa pas piper mot, se contentant de me lâcher un "102" dans un grognement en tentant de s'essuyer discrètement le menton.

-Merci, lui répondis-je avec un grand sourire d'hypocrite.

Je me retournais alors pour appeler l'ascenseur qui était à quelques mètres de son bureau. Juste avant de m'engouffrer dedans, je me retournais sans me départir de mon sourire et lui lançais :

-Au fait, il vous reste du chocolat sur la joue gauche. Bonne journée.

Encore quelqu'un qui avait subi ma mauvaise humeur du moment. Tant pis, celle-là l'avait bien mérité. Il fallait bien qu'elle soit payée à faire quelque chose. Je trouvais rapidement la chambre de mon grand-père et entrais après avoir toqué. Je fus soulagée de constater qu'il était dans une chambre individuelle, ce qui était plutôt rare.

-Bonjour papy, comment vas-tu ?

-Ma petite Assna ! Qu'est-ce que tu fais ici à rendre visite à un vieil homme comme moi au lieu de profiter de ce beau temps ?

Je ris doucement à sa remarque avant de lui raconter. Même s'il ne s'était pas passé grand chose de plus que d'habitude, parler avec mon grand-père m'apaiser. Parfois, j'avais l'impression qu'il était le seul à me soutenir dans cette relation compliquée.

-Je vois, dit finalement mon grand-père à la fin de mon histoire. Ton histoire avec Jérémy est trop plate à ton goût. Et bien tu n'as qu'à la rendre plus originale, donne-lui du rebondissement.

-Du rebondissement ? répétais-je. Mais comment ?

-À toi de trouver, c'est toi l'inventive de la famille. Fais quelque chose qui te ressemble, c'est un bon moyen pour ne pas te perdre.

J'étais un peu troublée par ces conseils assez anodins et changeais de sujet pour donner le change. Je passais une bonne heure avec mon grand-père avant de prendre congé pour rentrer chez moi. Ma mère allait vraiment finir par m'attendre à force.

Jérémy se manifesta finalement alors que je descendais du bus. Je me dépêchais d'entrer et de filer dans ma chambre. J'aimais avoir mon intimité quand je lui parlais pour pouvoir me concentrer entièrement sur lui.

Désolé de ne pas avoir pu te répondre plus tôt, Jake a rajouté une répétition de théâtre à la dernière minute et m'a embrouillé pour être arrivé en retard alors que je travaillais au café :(

Encore ? On dirait qu'il fait exprès à chaque fois de caser des répét' quand tu bosses !

M'en parle pas ! Je lui ai fait la remarque mais comme d'habitude il a dit que je me portais trop d'intérêt et il a réussi à m'humilier devant toute la troupe...

Pourquoi est-ce que tu t'embêtes à rester dans cette troupe ?

Tu sais bien que les groupes de théâtres ne courent pas les rues et c'est vraiment quelque chose d'important pour moi. J'aimerais beaucoup monter mes propres pièces mais avant ça, il me faut de l'expérience.

Ce n'est pas une raison pour te laisser marcher sur les pieds pendant des années.

Ça ne m'amuse pas non plus mais que veux-tu que j'y fasse ?

Les mots de mon grand-père me revinrent à l'esprit en même temps qu'une idée m'apparaissait. Ce n'était sans doute pas ce qu'il entendait par "rebondissement" mais ce qui était sûr, c'était que cette idée me ressemblait bien. Je me sentis soudain animée par un esprit de compétition et un air malicieux se forma sur mon visage, comme cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé.

Jérémy ?

Oui ?

Est-ce que tu serais partant pour un petit défi ?

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