Chapitre 3 : Amies

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Il m’a fallu pas mal de temps pour reprendre mes esprits. J’ai essayé de chercher dans ma mémoire le visage du corps étendu sur le sol, mais impossible de m’en souvenir. Pourtant le reste est toujours bien ancré. 

En me rappelant ces images ensanglantées, je n’ai pu réprimer mes hauts le cœur et me suis rendu dans la salle de bain à la vitesse de la lumière. Après avoir régurgité le peu de nourriture que contenait mon estomac, je me suis glissée sous la douche espérant faire partir mes angoisses. Plusieurs  minutes se sont écoulées sous le jet brûlant et bienfaiteur, j’ai séché mes longs cheveux châtains, me suis fait un chignon négligé, ai enfilé un jean et un pull blanc cassé, mis une légère couche de mascara pour rehausser la couleur de mes yeux bleus pervenche et je me suis décidée à retourner dans ma chambre. Le réveil posé sur ma table de chevet m’indiquant 5h45, je me suis décidée à descendre au rez-de-chaussée.

Les bruits provenant de la cuisine, m’indiquèrent que ma mère était déjà levée. Sans se retourner à mon approche, elle se dirigea directement vers la cafetière et en remplit un mug, qu’elle me tendit aussitôt avec un « Encore ce cauchemar !» son affirmation ne m’a pas étonné sur le moment. J’appris très vite que mon père avait eu un appel urgent du commissariat au cours de la nuit et qu’il ne rentrerait sûrement que très tard dans la journée. Vers 6h30 et après mon troisième mug de café, je suis remontée dans ma chambre chercher mes affaires pour le lycée. La journée peut commencer.


La pendule de la cuisine indique 7h00, j’embrasse ma mère et les jumeaux qui viennent de se réveiller et me dirige vers l’extérieur de la maison, je frissonne en passant dans le salon pour atteindre l’entrée. J’enfile un gros gilet noir et une écharpe assortit à mon pull.


En ouvrant la porte, un petit vent glacial vient me fouetter le visage et me frigorifie sur place. En ce début octobre il fait encore nuit et un léger brouillard s’est répandu dans les rues encore endormies de la ville. Je prends mon courage à deux mains et fend la brume, je me dirige à mon point de rendez-vous comme tous les matins. Arrivé au carrefour j’attends quelques minutes.


- Elle est en retard !! Je grommelle il fait un froid de canard ce matin.


Le brouillard commence lentement à se dissiper et je voie une personne l’autre côté de la rue.


- Ah Marie tu aurais pu prévenir que tu étais là ! Ça fait 10 minutes que je poireaute.


Aucune réponse ne me parviens.


- Marie ? C’est toi ?


- MARIE


- Oh c’est bon, hurle pas comme ça ! Tu vas réveiller toutes les p’tites vieilles du quartier !!!


Je me retourne d’un bon. Comment peut-elle être derrière moi alors que … je regarde dans la direction d’où provenait la silhouette, il n’y a rien absolument rien. 


- Rose ça va ? S’inquiète-t-elle. Tu es livide.


-Oui ne t’inquiète pas je vais bien, je suis juste un peu à l’Ouest ce matin.


Nos regards se croisent, elle me fixe de ses grands yeux émeraude. Ça longue chevelure flamboyante est retenue par une queue-de-cheval, une grosse écharpe en laine cache la moitié de son visage. Elle porte un gros poncho marron en laine également et un jean enserré dans des bottes de cuir noir. Du haut de son 1m72 je me sens minuscule à coté d’elle avec mon 1m65. Cette beauté fatale est ma meilleure amie, elle s’appelle Marie Tarende et a un mois de plus que moi, son père est le meilleur ami de mon père et également son coéquipier. Nous nous connaissons depuis l’enfance et nous avons une complicité fusionnelle. Elle me connaît par cœur et sait très bien quand je ne vais pas bien ou quand je mens.


- Tu te décides à me dire ce qui va pas, ou t’attends le dégèle ?


- Je …


- Aller accouche, on n’a pas que ça à faire, si on continue à rester planter là on va finir en glaçons.


Elle m’attrape par le bras et nous nous dirigeons en direction de notre lycée qui est à environ 15 minutes de marche. Je me décide à lui parler du cauchemar qui me tourmente depuis deux nuits. Elle m’écoute patiemment, ne se focalisant pas plus que ça sur les passages sanglants. Elle est une fana de tous ce qui a un lien à l’horreur. C’est elle qui m’a converti d’ailleurs. À la fin de mon récit, je me sens plus légère, ça m’a fait un bien fou de dire ce que j’avais sur le cœur.


Je la regarde pour voir sa réaction. Elle est perplexe. Je vois qu’elle cherche les mots pour ne pas me blesser.


- Donc si je résume, tu fais un cauchemar sanglant depuis deux nuits, dans ce qui ressemble à ta maison et avec un vieux pervers encapuchonné qui regarde un corps. C’est bien ça ? Et c’est tout ? Pas plus de détails ? 


Je reste sans voix par ses deux dernières questions. Apparemment pour elle ce n’est pas encore assez sanglant.


- De un, je n’ai pas dit que c’était un vieux pervers, si ça se trouve c’est une femme et je ne pouvais pas voir son visage. Et de deux, oui c’est tout ! C’était déjà bien assez flippant comme ça pour moi.


Marie se rend compte de mon air contrarié et s’excuse aussitôt.


- Désolé !! Je sais que c’est pas marrant ce genre de cauchemar. Mais dans les miens  on voit tous les détails, c’est rigolo.


Son rire cristallin résonne dans l’air et je ne peux m’empêcher de rire à mon tour. Nous croisons deux petites grands-mères qui nous regardent avec désapprobation, ce qui nous déclenches un fou rire magistral. Ce genre de chose nous arrive assez souvent et les gens doivent vraiment nous croire folles. Notre hilarité calmée, elle reprend la parole.


- Tout ça pour te dire, que ce genre de chose arrive à tout le monde, il ne faut pas t’inquiéter. C’est sûrement des restes de film d’horreur qui refont surface et ton subconscient les mélanges avec la vie réelle. En plus c’est bientôt Halloween ma grande, faut pas te tracasser pour ça tu vas voir on va bien se marrer.


Je sais pourquoi elle est autant excitée. Marie adore se déguiser et moi aussi d’ailleurs, entre les séances d’essayage et de maquillage on a de quoi se payer de bonnes tranches de rigolade. Mais ce qu’elle adore par-dessus tout c’est que le jour d’Halloween, c’est aussi le jour de mon anniversaire. Elle organise alors une grande fête avec des personnes du lycée et me concocte un gâteau délicieusement repoussant. La dernière fois j’ai eu droit à un gâteau en forme de cœur. Et quand je dis cœur, c’est cœur humain ! En plus histoire de rester dans l’ambiance, à la découpe un jus rougeâtre en sortie, qui heureusement n’était autre que du coulis de fruit rouge.


Le brouhaha de la rue me ramène à la réalité. Sans que je m’en rende compte nous sommes déjà arrivées devant l’entrée du lycée. Ma montre m’indique 7h35. Super on va pouvoir aller se boire un jus de chaussette. Le pas lourd je rentre dans l’antre de la connaissance. Marie me regarde, elle sait que je stress. Elle m’entraîne bras dessus bras dessous en direction du bâtiment où se trouve la cafétéria. Nous croisons le frère de Marie, Connor qui est de deux ans son aîné. Il est étudiant à l’université Rabelais qui jouxte notre lycée. Beau ténébreux et solitaire, il plaît et il le sait, pourtant il ne sort avec personne, il préfère observer. J’ai beaucoup de mal avec lui, il me met mal à l’aise. Mais pour Marie, je prends sur moi. Elle l’adore !!! Avec un bref signe de la main, nous nous installons à une table dans le fond de la salle, comme ça nous voyons sans être vu.


Ce café est vraiment infect, mais il faut bien ça pour affronter la dure journée qui nous attend. Après quelques blagues gentilles, sur les personnes qui défilent dans la cafét’, la première sonnerie retentie annonçant le début des cours.


Ça va être long, vraiment très long.


Vivement les vacances !!!

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