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Nous prîmes le taxi et je décidai de passer d’abord par chez elle pour la ramener. Dans le taxi, la fatigue m’assaillit et fit jaillir un élan de tendresse qui me poussa à poser ma tête contre son épaule. Elle se laissa faire et me caressa la joue. Elle paraissait compatissante. Voyant l’état de mes mains, ou n’était-ce un prétexte, elle m’invita à monter chez elle, un studio en résidence universitaire, pour me soigner. Elle me désinfecta les plaies, me posa des compresses imbibées d’un peu d’antiseptique qu’elle fixa avec un bandage. A la fin, je lui caressai les cheveux, regardant ses yeux doux, puis je pris sa tête entre mes mains et l’embrassai doucement. Puis plus fort. Nous fîmes l’amour deux fois, tendrement, sans dire un mot, comme par peur de gâcher un instant magique avec des phrases inutiles, ou plutôt simplement par pudeur et timidité.

Le lendemain matin, elle se leva avant moi et me réveilla en m’apportant une tasse de café. Comme s’il s’agissait d’un présent pour me remercier de ma présence. D’un côté j’étais gêné par l’attention, mais je me sentais tout de même à l’aise, comme si ce n’était pas une première fois, comme si j’avais déjà vu tous ses gestes. Peut-être, tout simplement, avais-je besoin de cela depuis longtemps.

J’avais une sacrée gueule de bois. Après les ibuprofènes et la douche, je passais un long moment assis sur son balcon, la tête dans du coton, à bavarder avec elle. Il faisait beau et l’air frais du matin faisait du bien à mon corps et à mon esprit encore légèrement enfiévré par l’alcool.

Nous échangions sur toutes sortes de sujets ; cette jeune fille m’épatait par sa culture, son intelligence, sa pertinence. Elle répondait souvent avec humour ou ironie, parfois même sarcastique sans aller jusqu’à la méchanceté. Elle était sure d’elle et savait s’imposer. Finalement, la différence d’âge et de statut n’avait que peu d’effet entre nous, elle savait les gommer par sa maturité. Elle m’éblouissait, voilà la vérité. Mais même s’il aurait été juste qu’elle me domine totalement par sa jeunesse et sa beauté, je ne le lui accordais pourtant pas. Le plus adulte des deux, je m’imposai par mon expérience et un statut social largement au-dessus du sien. Il m’était impossible de la laisser aller jusqu’à me donner des leçons ou avoir le dernier mot. Quel que soit le sujet, je n’y arrivais pas, comme un regain d’orgueil mal placé. Alors parfois, l’échange se tendait un peu, elle ne comprenait pas ou pensait qu’il s’agissait de la part têtue de mon caractère. Cela, au tout début de notre relation, augurait quelques moments difficiles par la suite. Mais si j’observais objectivement mes sentiments à ce moment-là, en face d’elle sur ce balcon, face à ce jeune corps magnifique dont je me rappelais les formes à travers la nuisette transparente, je pouvais affirmer sans hésitation que je l’aimais. Oui, je l’aimais déjà profondément. Un sentiment déjà trop grand s’était formé en trop peu de temps et cela me dérangeait. Mais c’était comme ça et quelque part, qu’est-ce que c’était bon !

Je partis vers quatorze heures pour passer chez moi me changer. Mais la fatigue reprit le dessus et je restai endormis jusque vers dix-huit heures. Ma femme et ma fille me réveillèrent lorsqu’elles rentrèrent. Jocelyne me jeta un regard noir. Je m’en foutais complètement. Ma fille aussi ne me salua pas en me voyant et je m’en moquais aussi. La douceur des caresses, des regards et des mots de Michelle continuaient de m’envelopper. Protégé par ce rempart de bonheur, rien de mauvais ne pouvait plus m’atteindre.

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