3-2

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Mes pas ralentissaient au fur et à mesure que j’approchais de la maison. J’avais l’impression d’un condamné à mort qui avance vers l’échafaud. Ou plutôt le bucher, car ce n’était surement pas une souffrance rapide qui m’attendait, mais plutôt l’enfer sur terre. Je restais planté devant la maison, la clé à la main, tétanisé. La malchance voulut que ma fille m’aperçoive par la fenêtre. Je l’entendis crier à travers la maison : « Maman, il y a papa planté dehors, devant la maison. Je ne sais pas ce qu’il fait, il est trop chelou ! » Je m’avançai vers la porte qui s’ouvrit devant moi. Jocelyne me regardait, l’air interrogateur.

― Qu’est-ce qui se passe ? Où étais-tu ? demanda-t-elle sèchement.

― Je… J’arrive… Excuse-moi.

Elle se mit de côté pour me laisser entrer en me regardant tel un extraterrestre ou un zombie qu’elle devrait tuer une seconde fois.

― Mais tu te fous de moi ? Dis-moi où tu étais ! Je commençais à me poser des questions, c’est normal !

― Je… J’étais au labo, où veux-tu que je sois ?

Elle me regarda avec une intensité inhabituelle. Pas ce début de colère pour être rentré tard comme chaque fois que cela arrivait. Non, une colère mêlée d’interrogations, de doutes, de soupçons. Mélange détonant augurant l’hystérie. En une demi-seconde, elle avait identifié mon mensonge. Je me sentais comme un enfant pris sur le fait d’une bêtise, une grosse et très grave bêtise, combinaison de gène et de culpabilité pour ce qu’on a fait et de peur du châtiment.

― Mais tu te fous de moi, j’ai appelé au labo. Ils m’ont dit que tu étais sorti vers trois heures de l’après-midi. C’est quoi cette histoire ? Hein ? Il ne manquait plus que tu me caches des choses ! cria-t-elle.

― Mais non, je suis sorti, mais je suis repassé ensuite. Qu’est-ce que tu vas imaginer ? tentai-je lamentablement de m’expliquer.

― Qu’est-ce que je vais imaginer ? Non, mais tu t’es vu ? Tu dis n’importe quoi, tu mens comme tu respires avec une tête d’imbécile, et moi je ne dois rien imaginer ? Tu… me… fais… chier ! hurla-t-elle en mettant son visage à quelques centimètres du mien.

― C’est vrai papa, t’es vraiment bizarre, comme toute à l’heure dans le jardin… rajouta Julie.

― Toi rentre dans ta chambre, ce ne sont pas tes affaires, lui rétorquai-je.

Elle me regarda méchamment puis, comme souvent, monta bruyamment l’escalier et claqua la porte de sa chambre.

― Bon, tu vas me dire ce qui se passe oui ou non ? Tu me rends folle, tu comprends, je te jure que ça va mal tourner ! menaça Jocelyne.

Je n’en pouvais plus, je ne sais pas mentir. Je me sentais mal, j’étouffais. J’allai m’assoir dans le salon.

― Bien, écoute, je vais t’expliquer. Tout ça, c’est un malentendu. Il n’y a absolument rien de grave. Je suis dans une énorme merde au labo. C’est très grave, je ne sais plus quoi faire. Cet après-midi, je n’en pouvais plus, alors je suis sorti et je me suis fait un ciné pour oublier.

― N’importe quoi, « ce n’est pas grave », « c’est très grave »… et encore ce labo de malheur ! Mais là, ton excuse, elle est foireuse. On voit que tu mens, et ça m’énerve ! Dis-moi la vérité ou je te jure que je pète tout dans cette baraque !

― Okay, mais ne va pas penser à mal. Ce que je t’ai dit, c’est la vérité. Je n’en pouvais plus des problèmes du labo. Je suis allé au cinéma avec une étudiante que j’ai croisée par hasard…

― Que… quoi ? Une étudiante ? Par hasard ? Mais tu me prends vraiment pour une débile là ! Eh bien, il ne manquait plus que la tromperie pour finir de détruire notre couple, dit-elle froidement.

Elle ne me parla plus du tout les jours suivants, la goutte avait fait déborder le vase. Elle prit contact avec un avocat. C’était une catastrophe, j’étais désemparé. Mon couple s’effondrait sur un malentendu, tout comme un autre malentendu en avait fini avec mon projet de recherche. Je perdais pied, tout cela n’avait pas de sens. J’avais l’impression de ne pas être du tout responsable de mes échecs, de n’y être pour rien. Tout cela semblait une injustice du destin, une persécution sans raison contre moi, contre ma vie tout entière. Je touchais le fond.

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