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― Bon, au moins il nous reste Darley. Au début, j’ai eu peur qu’il soit mêlé à ce truc là contre moi.

― Je te l’ai dit, pour Darley, ce n’est pas si simple.

― Tout d’abord, il pourrait passer devant la commission pour nous défendre. Ce ne serait pas mal, ça ! proposai-je enthousiaste.

― Non, mais je n’en reviens pas, tu es incroyable ! Tu n’es donc au courant de rien. Tu ne sais pas comment s’est déroulée la commission ? Tu sais quand même qu’il y a eu deux rapports successifs, tu ne les as pas lus ?

― Eh bien, un peu, mais je n’ai pas eu le temps et l’on m’en a dit l’essentiel.

― Et bien Darley, il est déjà passé devant la commission, autant que tu le saches !

― Ah bon ? Et il n’a pas défendu le projet ? Alors ça, cela m’étonnerait !

― Disons qu’il l’a défendu, mais mollement, en montrant beaucoup d’embarras. Il donnait l’impression de le défendre par obligation et sans trop y croire. Je pense que c’est pire que s’il avait argumenté contre. Au moins, il y aurait eu un débat autour des arguments. Mais là, non, il n’a pas émis de critiques ni n’a manqué de répondre aux questions. Mais on sentait qu’il y avait quelque chose qui ne lui plaisait pas et qu’il ne disait pas. Difficile à expliquer comme cela. Donc, si le directeur de l’U.F.R. n’est lui-même pas très convaincu, parait douter, c’est un énorme poids négatif dans la balance. Même sans arguments clairs. Bref, on ne peut pas dire qu’il était contre ou qu’il a agi contre. On peut juste douter de sa prestation. Soit on se dit qu’il est simplement incompétent et n’a pas su le défendre, soit qu’il ne voulait pas l’appuyer. Mais c’est sans preuve…

― Alors là, je ne pense vraiment pas qu’il l’ait fait exprès. Il a toujours apprécié le projet et l’a régulièrement suivi avec intérêt.

― Sauf qu’il y a un élément que tu ne connais pas et qui fait tout de même pencher la balance.

― Merde, c’est quoi encore ?

― Darley est le parrain de la fille de Dalembert …

Le monde venait de s’arrêter de tourner, mon cœur de battre, mon cerveau de penser. C’était comme une petite mort. Une mort mesquine, une mort de naïveté. Mes mains étaient glacées, ma tête bourdonnait, ma poitrine oppressée me faisait mal jusqu’au ventre. La douleur d’une trahison doublée de l’angoisse d’une situation soudainement injuste et inextricable. Je cherchais mes mots dans une confusion d’idées, de désespoir, de tristesse, de frustration. Tout remontait en moi, ces années de labeur, ces sacrifices personnels, familiaux surtout, la qualité de ces résultats scientifiques, tout ce qui d’un coup ne servait plus à rien. L’origine inimaginable de tout cela : une méprise sur mon honnêteté dans une commission de recrutement qui datait de dix ans en arrière ! Rien n’avait de sens, toute pensée était douloureuse ou stressante.

La première bouffée d’angoisse passée laissa place à la colère peu à peu imbibée de désir de vengeance. Une force qui vous pousse à vous rebeller contre tout un système. La graine avait germé en moi, il ne lui restait plus qu’à prospérer dans le cours des évènements qui suivirent cet entretien.

On peut toujours dire à postériori qu’on ne savait pas, qu’il était impossible d’anticiper des conséquences aussi dramatiques de nos actes. Il n’empêche que quelque part, on reste conscient qu’au fond de nous-mêmes nos propres sentiments négatifs, nos désirs inavouables de commettre le pire, notre mal-être perturbateur, sont aussi à l’origine de notre aveuglement. Les évènements qui paraissent tomber du ciel ont bon dos !

Nos sentiments les plus noirs se montrent capables d’envoutements, ils peuvent à eux seuls générer de terribles atrocités dans notre vie ou tout autour de nous et même vouer à l’abime l’humanité tout entière.

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