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J’arrivai chez moi, et comme prévu, Jocelyne était d’une humeur massacrante. Après m’avoir salué d’un baiser aussi froid que de convenance, elle déversa un flot de remarques désagréables qui ne tardèrent pas à m’atteindre comme autant de projectiles douloureux. Au début, je résistais, je m’y étais préparé. Sentant cela, Jocelyne redoubla de méchanceté. Ma douleur commença à se mêler à un sentiment d’injustice et d’incompréhension. Injustice de ne pas me sentir responsable de la situation qu’on me reprochait, mais au contraire principale victime. Incompréhension de la part d’une épouse qui aurait dû, au contraire, me montrer de l’empathie et du soutien. Chaque remarque faisait un peu plus monter la pression, les femmes ont parfois le chic pour revenir en arrière de façon à mélanger la situation actuelle à des reproches plus anciens et tout aussi douloureux. N’en pouvant plus, je finis par réagir, le ton monta très vite.

Les éclats de voix firent descendre notre ainée, Julie, de l’étage. Arrivée en bas de l’escalier, elle nous fixa du haut de ses dix-sept ans, les yeux remplis de reproches et de haine adolescente, les poings sur les hanches. Puis sans mot dire, elle remonta vivement l’escalier en frappant lourdement chaque marche de ses pas pour montrer sa colère puis finit par claquer la porte de sa chambre.

Nous nous regardâmes quelques secondes puis la trêve pris fin et nos rages mutuelles, toutes deux liées au sentiment d’injustice de chacun, nous poussèrent de plus belle vers les cris et les insultes. Je finis par sortir du salon pour m’enfermer dans le bureau. J’entendis qu’elle prenait quelques bibelots fragiles sur les étagères pour les faire exploser violemment sur le sol. Elle savait que casser des objets de valeur m’était insupportable. Je ne cédai point à la tentation de retourner au combat. J’étais vaincu devant elle, mais au moins vainqueur contre mes pulsions, c’est tout ce qui me restait…

Le lendemain matin, une ambiance glaciale régnait au petit déjeuner. Comme d’habitude, je le prenais sur le comptoir qui séparait l’espace cuisine du salon. Mes deux filles, Laura et Julie, étaient à table et Jocelyne, dans la cuisine, préparait café et jus d’orange. Ce matin-là, elle ne servit que mes filles, m’ignorant au point de moi-même ne plus me sentir exister ! Je tentai une réconciliation en proposant une sortie familiale le weekend suivant pour aller visiter nos cousins du Périgord ; nous les aimions bien et ne les avions pas vus depuis longtemps.

― Cela nous fera du bien de les voir et de prendre l’air, rajoutai-je en guise d’arguments.

― Si c’est pour te voir perdu dans tes préoccupations tout le weekend, à faire la gueule comme à l’habitude, non merci ! répondit Jocelyne, rageuse.

― Vu ce que j’endure au boulot ce sera difficile, mais je vais faire un effort, promis.

― On les connait tes efforts, au premier mail ou coup de téléphone, tu oublieras ta promesse, comme toujours… rétorqua-t-elle avec lassitude.

― Maman, laisse-lui une chance quand même. Moi j’ai bien envie de voir Manon, ça fait trop longtemps, tu sais, renchérit Julie.

― Allez, Jocelyne, je ferai un effort, promis. Tiens, je couperai même mon téléphone tout le weekend, comme ça c’est réglé.

― Bon, on verra, lança-t-elle, d’un ton qui, bien qu’énervé, sentait déjà l’acceptation.

L’idée de revoir la femme de mon cousin, qui était aussi sa meilleure amie, ne devait pas être étrangère à ce revirement.

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