Chapitre 16

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Il devait avoir la cinquantaine.

Ses lunettes sur le bout du nez, il me parlait des différentes solutions qui « s'offraient à nous ».

- Vous savez, mademoiselle Stone, dit-il, la maladie d'Alzheimer peut être très pénible pour les proches. Il arrivera...

Je poussai un soupir saccadé et regardai une nouvelle fois la dizaine de prospectus, qu'il m'avait pratiquement lancé à la figure.

- Ce centre, continua-t-il en désignant une des brochures sur le bureau, offre un immense jardin et une belle salle commune. Il y a également un piano...

Etait-il médecin, ou bien commercial ?

- Ce n'est pas la peine, merci, l'interrompis-je, un peu trop sèchement. Ma grand-mère va rester chez elle, entourée de sa famille.

Il me lança un regard outré.

- Je ne pense pas que vous ayez bien pris conscience de la responsabilité, mademoiselle Stone, je pense...

Je portai ma main à mon visage en fermant les yeux un instant.

Après l'appel de ma sœur, j'avais été dans tous mes états.

Comment ma grand-mère, qui semblait au meilleur de sa forme lorsque je l'avais quittée des mois plus tôt, aurait-elle pu se perdre dans sa propre rue ?

Jen m'avait appelée au moins une heure après qu'elle se soit rendue compte que notre grand-mère n'était pas rentrée de ses courses.

Paniquée, elle avait fait appel à nos voisins pour l'aider.

Elle ne voulait pas m'inquiéter pour rien, m'avait-elle dit.

Qu'aurais-je pu faire ? J'étais trop loin, avait-elle ajouté.

Je me trouvais à des milliers de kilomètres, et mon angoisse avait été à son comble. Je m'étais imaginée des scénarios plus effrayants les uns que les autres.

Le lendemain à neuf heures, je prenais l'avion pour Boston, pour ensuite prendre un taxi jusqu'à Salem.

J'avais eu, plusieurs heures avant de décoller, Jen au téléphone, m'assurant qu'ils avaient retrouvé grand-mère, et qu'elle était saine et sauve.

Mais j'avais besoin de rentrer pour la voir. Je savais que c'était grave.

Épuisée par le voyage que je venais d'effectuer, je m'étais retrouvée propulsée dans cet hôpital à l'odeur aseptisée.

Dans l'ascenseur, en appuyant sur le bouton de l'étage, j'avais aperçu celui du sous-sol, indiquant « Chambre mortuaire ».

Mon cœur s'était serré et j'en avais eu la nausée. L'ascenseur montait, mais j'avais eu l'impression que tout en moi s'écroulait.

Ces deux simples mots m'avaient paniquée. L'odeur de la mort s'était rappelée à mon souvenir.

Elle me rendait paranoïaque.

Cela faisait maintenant vingt minutes que j'étais assise devant cet homme en blouse blanche.

Il me cassait les oreilles.

Il avait eu le temps de discuter avec Jen, avant mon arrivée. Elle lui avait appris que notre grand-mère avait eu de nombreuses pertes de mémoire au cours de cette dernière année.

Je me souvins alors de toutes ces petites choses qui avaient eu lieu sous mes yeux, sans que je ne me rende compte de leur signification.

Ma grand-mère qui s'énerve parce que le fouet électrique ne marche pas, alors que la prise n'est pas branchée. Le sel qu'elle range dans le réfrigérateur...

Tout cela m'avait semblé naturel. Qui n'oublie pas de temps en temps ? Et puis l'âge était également un facteur à prendre en compte.

Mais avec le recul, je prenais conscience que j'aurais peut-être pu faire quelque chose.

Un coup frappé à la porte, interrompit l'interminable monologue du médecin.

Une jeune femme, en blouse elle aussi, pénétra dans le bureau, un dossier à la main. Elle le tendit à l'homme, qui le prit et le lit.

Il s'éclaircit la gorge, tandis que la mienne s'asséchait.

- Eh bien, le diagnostic que j'avais posé, a été confirmé par les différents tests et analyses que votre grand-mère vient de faire.

Il reposa le dossier.

- Madame Williams est atteinte d'un Alzheimer de phase deux. C'est un stade dit modéré, mais qui explique le fait qu'elle soit désorientée dans le temps et l'espace, ou qu'elle soit aussi nerveuse et d'humeur changeante...

Il fallait que j'aille la voir.

Ce que me disait le médecin me semblait totalement flou.

Tout ce que je voyais, c'était qu'il me retenait ici, alors que j'aurais pu être avec ma grand-mère pendant qu'on lui faisait subir toutes ces tortures.

Une nouvelle fois, je jetai un coup d'œil à son bureau, poussiéreux, et cela m'agaça.

Je me relevai.

- Merci, euh...docteur. Je voudrais aller voir ma grand-mère à présent.

Je ne saurais dire ce qu'il vit dans mon regard, mais il ne discuta pas et m'indiqua le numéro de la chambre, qui se trouvait sur le même étage.

Les roues de la seule valise que j'avais emportée, firent un bruit qui résonna entre les murs du couloir.

M'empressant de rejoindre la chambre que l'on m'avait indiquée, je ne pus me résoudre à y entrer, une fois devant.

J'avais trop peur de ce que j'allais y trouver...

Un léger coup, puis j'ouvris la porte.

Ma grand-mère était assise sur le lit, un mouchoir à la main, qu'elle ne cessait de tordre. Le visage tourné vers la fenêtre, elle semblait complètement ailleurs.

Au bout du lit, Jen. Ses cheveux blonds ramassés en un chignon négligé comme à son habitude. Elle avait les yeux rivés sur son téléphone.

Le son émis par ma valise leur signala ma présence, et elles tournèrent simultanément la tête vers moi.

Ma petite soeur me regarda avec un mélange de soulagement et d'appréhension. Je crus y déceler une touche de culpabilité.

Ma grand-mère, elle, eut une expression curieuse.

- Qui êtes-vous ? me demanda-t-elle.

Mon cœur s'emballa.

Mon expression horrifiée la fit rire.

- Désolée, ma chérie, s'empressa-t-elle de dire. Je plaisantais.

Elle prit un air honteux.

Elle pouvait !

- Mamie, franchement...la réprimandai-je.

Jen se leva et vint à ma rencontre.

- Je suis contente que tu sois rentrée, Nina. Je suis tellement désolée...

J'eus de la peine pour elle. Elle était si jeune. Je savais qu'elle avait eu très peur, jamais elle ne m'aurait appelée au secours, autrement.

- On parlera de tout ça, à la maison, lui répondis-je. Pour le moment, on va signer les papiers qu'il faut, et on va rentrer à la maison. Tu t'occupe d'appeler un taxi, s'il te plait ?

Elle hocha la tête.

Ma grand-mère, elle, eut une expression soulagée.

- Comment te sens-tu, mamie ? dis-je en me dirigeant vers elle.

Je m'assis près d'elle, et pris ses mains dans les miennes. Elles étaient glacées.

Elle baissa les yeux.

- J'ai peur, Nina.

Elle soupira, puis ajouta :

- Je ne veux pas m'effacer. 

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