Chapitre 14

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Le bruit de l'eau éclaboussée par nos pas, résonnait contre les murs de pierre.

Accompagnés de nos lampes frontales et de nos armes, nous marchions vers l'inconnu.

Enfin, nous suivions Ezio, qui nous guidait vers l'inconnu.

Lui semblait très bien connaître l'endroit.

Il avait au moins dix mètres d'avance sur nous. Silencieux, il se retournait de temps en temps, pour voir si tout allait bien.

A mes côtés, se trouvait Quentin, vingt-neuf ans. Blond, baraqué et les yeux rieurs.

Derrière nous, Carmen fermait la marche avec Thomas, trente ans. Brun, la mâchoire carrée et les yeux d'un tueur.

Si quelqu'un voulait nous attaquer, de n'importe quel côté, il saurait trouver un adversaire à sa taille.

Lorsque j'avais informé l'équipe de ma découverte, Ezio, sans hésiter, avait affirmé connaître l'endroit où se trouvait ce tag.

- Le mur débouche sur une grande salle ouverte, avait-il dit. Là où des explorateurs inconscients s'installent parfois pour faire tout un tas de trucs bizarres...

Il n'avait alors plus été question de plans. Cette piste était devenue notre priorité.

CANUS...

Mais que signifiait donc ce mot ? 

Nous pataugions dans l'eau, qui nous arrivait à mi-mollet. L'air était étouffant, et l'effet en était amplifié par la faible luminosité. 

Le silence, brisé par nos respirations et le bruit de l'eau, était angoissant.

Sur les vidéos que j'avais visionnées, plus tôt dans la journée, tous les explorateurs sans exception semblaient s'extasier sur la tranquillité du lieu. Le silence qui y régnait les relaxait.

Ils n'avaient pas l'air d'avoir conscience de ce qu'ils pourraient croiser dans ces carrières.

Peut-être que cela avait-il été voulu, après tout. Cette sensation de paix.

Afin de mieux attraper sa proie.

Mon cœur battait à une allure anormale.

C'était comme si je savais ce qui nous attendait au bout de ce tunnel qui semblait sans fin.

Mais que je ne pouvais rien faire pour m'empêcher d'y aller.

Je suivais le chemin qui m'avait été tracé.

Je resserrai mes mains moites autour de l'arbalète. Mon poignard était dans son fourreau, attaché à ma ceinture.

Tentant de calmer les battements de mon cœur et d'apaiser mon angoisse, je tentai de déchiffrer quelques tags, à mesure que nous avancions.

Ezio s'arrêta et se tourna vers nous :

- On y est dans environ dix minutes.

Sa voix résonna et brisa le silence, et cela m'apaisa.

Il reprit son chemin.

Continuant d'observer les murs, je remarquai que les tags semblaient diminuer, jusqu'à ce qu'il n'y en est plus du tout.

Comme s'il avait eu un mur auparavant, empêchant les tagueurs d'étaler leur art un peu plus loin.

Ou comme s'ils avaient été dissuadés de continuer.

C'était vraiment très étrange, cette manière dont les dessins s'arrêtaient, soudain.

Y avait-il un accord tacite entre tous les tagueurs, décidant qu'ils ne pouvaient continuer au-delà d'un certain point ?

- En général, lorsque les tags s'arrêtent, il vaut mieux rebrousser chemin, dit Quentin au même moment, d'une voix légèrement crispée et à l'accent plus prononcé.

Nous continuâmes, pourtant.

Je ne sus comment cela a commencé, ni quand.

L'odeur m'atteignit au ventre. Je la sentis au plus profond de mes entrailles. Une odeur putride.

- Putain ! s'exclama Ezio, au loin.

Des mouvements se firent sentir autour de moi.

Le bruit de l'eau éclaboussée.

Des pas précipités.

Je me retrouvai seule, frigorifiée.

Tous mes coéquipiers étaient allés affronter ce qui se trouvait devant.

Moi, j'en étais incapable.

Mes pieds recommencèrent à marcher.

A mesure que j'avançais, je compris.

Je ne l'avais jamais sentie, mais je la reconnus.

L'odeur de la mort.

***

Il allait revenir.

Estelle avait froid.

Attachée sur ce qui semblait être une chaise, elle avait la gorge en feu.

Elle sentait le sang coagulé qui lui collait à la peau.

Elle bougea, hurla, mais son cri resta muet, derrière son bâillon.

NON !

Elle allait mourir entre ces murs. Dans l'obscurité. Sous terre.

Déjà enterrée, avant même de mourir.

Elle aurait souhaité être enterrée vivante.

Elle ne voulait pas subir les supplices dont elle avait entendu parler !

« OH, NON, NON, NON ! »

Simon.

Maman.

Caroline...

NON !

Elle éclata en sanglots.

Les joues inondées de larmes, elle savait sa fin proche.

Elle tendit l'oreille.

Il revenait !

Elle ferma les yeux, expulsant les dernières larmes de son existence

***

J'étais devant le mur sur lequel le mot CANUS avait été tagué.

J'aurais aimé être dans la vidéo. A plaisanter avec ces deux jeunes hommes qui avaient exploré les catacombes. Qui en avaient fait le tour, et en étaient ressortis apaisés.

Au détour du mur, une grande salle ouverte.

Comme au ralenti, la scène se déroulait sous mes yeux.

Ezio agité, parlait dans son micro.

Carmen avait les larmes aux yeux et psalmodiait une prière en espagnol.

Quentin, une main sur le mur, l'autre sur sa poitrine, était penché en avant et vomissait.

Thomas était...là.

Tout le monde avait les yeux tournés vers...là.

L'odeur s'infiltrait partout en moi. Je ne faisais plus qu'une, avec elle.

Les sons étaient flous.

Peu à peu la voix d'Ezio filtra à travers l'épais brouillard.

- ...trois gamins, disait-il, la voix enrayée. Pas plus de quinze ans...Putain, Charles, ils ont été...Je dirais depuis au moins une semaine...

D'autres voix.

Carmen qui sanglotait.

Celle de Thomas qui lui disait de se calmer.

Et Quentin, pâle, adossé au mur.

Et moi.

Moi.

Eux.

Je les vis, enfin.

Un tas de chaire sanglante.

Une puanteur épouvantable.

Je me retrouvai soudain les fesses dans l'eau, le dos contre le mur.

Un bruit de pas et d'eau éclaboussée.

- Nina...

Je ne sentais plus rien.

Je ne voulais plus être ici, je voulais renter chez moi. Loin de tout ça.

- Nina ! cria Ezio, en me secouant par les épaules.

Il était accroupi devant moi.

Il me força à le regarder, mais je ne voyais que la mort.

La lumière de sa lampe m'aveugla. Il l'éteignit.

Il se releva, me forçant à faire de même.

- Nina, regarde-moi. Regarde-moi !

Je le fis.

Ses yeux émeraude se transformèrent en un champ de coquelicots et de fleurs sauvages.

Je sentis ses doigts froids frôler mon visage.

Aussitôt, un parfum d'herbe froissée et de friandises envahit mon nez, effaçant tout autour de moi.

- Ça va aller mon cœur, me cajola-t-il.

Il me caressa la joue.

- Continue de me regarder.

Peu à peu, tout autour de moi disparut. J'étais allongée dans un champ de fleurs, les rayons du soleil me réchauffaient le visage et ma langue avait le goût sucré de la friandise que je venais de manger.

- Nina.

Ezio me secoua de nouveau.

- Il va falloir qu'on avance, on vient d'apprendre qu'une autre femme a été enlevée, il faut que l'on fasse vite. Tu n'auras qu'à détourner le regard.

Il croisa mon regard, inquiet.

- Nina, tu m'entends ?

Revenant soudain à la réalité, je me rendis compte qu'Ezio n'avait toujours pas dissipé l'enchantement.

L'odeur de mort avait disparu de ma réalité.

- Oui, lâchai-je, reconnaissante. Oui, je t'entends.

***

Lucas entra dans la pièce qu'il avait aménagée pour ses petites fêtes...

Elle se situait tout au fond, dans un coin reculé, que personne ne connaissait à part lui.

Ceux qui avaient tenté de s'y aventurer ne s'en étaient pas sortis vivants.

Il sourit lorsqu'il aperçut la jolie rousse, attachée sur la chaise.

Elle le regarda, ses yeux écarquillés d'horreur.

Il éclata de rire, elle pleura.

Il s'avança vers elle. Sortit son canif et l'ouvrit.

Plus il l'approchait de son visage et plus cette salope semblait sur le point de s'évanouir.

Il passa la pointe de la lame sur la joue de sa victime.

- Tu vas voir, tu seras mille fois plus jolie après.

La lame frôla son front.

Elle ferma les yeux et des larmes coulèrent sur ses joues meurtries.

Il sentait le cœur de la jeune femme pomper plus vite, et en eut l'eau à la bouche.

Il recula, pencha la tête sur le côté et la regarda.

Il avait envie de l'entendre hurler.

Il arracha la bande adhésive qui lui bâillonnait la bouche et un sanglot en sortit, comme s'il n'attendait que ça. D'être libéré.

Il eut un ricanement.

Bon ! C'était le moment de s'amuser un peu !

- Tu le veux comment le « C » ? demanda-t-il.

***

Un hurlement.

Il venait de droite. Le chemin vers la source du cri était très étriqué, mais Ezio et Thomas étaient déjà devant.

Un autre hurlement, de douleur cette fois.

Je me précipitai derrière les deux hommes et entendais les pas de mes coéquipiers qui me suivaient.

Grâce à Ezio, j'avais rassemblé un semblant de force, pour achever la mission.

Mais je me sentais encore au bord du précipice.

A la limite de la folie.

Je courrai et, faisant abstraction de la panique qui me saisissait à la vue du chemin étroit, je me forçai à le traverser.

Je trébuchai sur Thomas.

Un grand bruit.

Ezio avait ouvert une porte en fer avec une telle force, qu'elle sortit presque de ses gonds et se cogna violemment contre le mur de pierre.

L'instant d'après, il ressortait de la pièce avec un vampire incontrôlable dans les bras.

- NON ! hurlait-il. J'ai pas fini ! NON !

Je me précipitai dans la pièce.

Une jeune femme, attachée par du ruban adhésif à une chaise. Elle était à moitié dénudée.

Les yeux révulsés, elle frissonnait, sanglotait.

Sur son front, une entaille verticale partait du haut et s'arrêtait au milieu.

Carmen s'occupa d'aller la détacher.

- Vas-y, dit-elle. Va voir Ezio.

Je sortis de la pièce.

Thomas surveillait l'entrée du passage.

Quentin gardait le vampire dans le viseur de son arbalète et Ezio le tenait par la gorge, contre le mur.

Le tueur avait une fléchette plantée dans la cuisse.

Il était immobile mais lorsqu'il me vit, il devint fou.

Les yeux écarquillés de rage, la bouche tordue, il criait en anglais.

- Il faut qu'il y en ait une treizième ! IL LE FAUT !

Ezio l'écrasa encore plus contre le mur.

- Ferme ta gueule, fils de pute !

- Il y en aura une treizième ! cria-t-il encore.

Il me regarda dans les yeux.

- Et ce sera toi, dit-il en français, mais je compris.

Je m'approchai, le poignard en main.

Sans prévenir, je lui plantai la lame dans le cœur.

Il ouvrit la bouche dans un cri muet et son regard se vida.

Je venais de tuer mon premier vampire.

Je me retournai, et rendis le contenu de mon estomac sur le sol des catacombes.

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