Chapitre 10

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Les photos étaient épouvantables.

La gorge de la victime avait été déchiquetée.

Des traces violacées maculaient ses bras dénudés.

La tête tournée vers la gauche, elle avait les yeux grands ouverts, figés dans une expression d'horreur.

Après avoir été probablement vidée de son sang, la jeune femme rousse avait été éventrée. 

Ses entrailles avaient été, tant bien que mal, réunies dans ses mains jointes en coupe, attachées entre elles par du ruban adhésif au niveau des poignets.

Elle s'appelait Chloé Borde. Elle aurait eu vingt-deux ans dans une semaine.

- Voici le rapport d'autopsie que m'a transféré Marc, nous dit Charles en poussant le dossier vers Carmen, assise à son côté.

J'étais moi-même assise de l'autre côté, face à elle, et Ezio à ma gauche, le plus loin possible de Charles.

Nous avions tous été étonnés que ce dernier n'ait pas répondu à la provocation puérile d'Ezio.

Ezio, que je commençais à connaître, avait gardé son sourire ironique et n'avait cessé de fixer Charles que lorsque nous fûmes assis autour de la table, les photos sous nos yeux.

Nous n'avions plus envie de rire.

La pièce dans laquelle nous nous trouvions, était de loin la plus grande de tout l'étage. Et pour cause, Charles était le Chef de Mission. Toutes nos réunions depuis notre arrivée se déroulaient donc autour de cette longue table de conférence, qui occupait le centre de la pièce.

- A-t-elle été violée, à l'instar des autres victimes ? demanda Ezio.

Charles lui jeta un regard.

- Ouais. Il suffit de lire le rapport, répondit-il la voix cassante.

Il arracha le dossier des mains de Carmen et le jeta quasiment vers nous.

Celle-ci, silencieuse jusque là, lui lança un regard agacé :

- Dios mio, Charles ! Calme-toi un petit peu... 

Ezio, lui, se contenta de sourire et de croiser les mains sur la table.

Je pris le dossier.

Le rapport, visiblement une copie, était à de multiples reprises surligné et annoté avec un stylo rouge. Je reconnus l'écriture irrégulière de Sarah.

Elle faisait, avec Marc, partie de nos enquêteurs basés en France. Nous avions eu l'occasion de travailler avec eux à notre arrivée, aux débuts de cette enquête qui n'en finissait pas. Mais ils avaient été réquisitionnés à Marseille, la veille, pour une affaire de braquages de bijouteries, dont les premiers suspects faisaient partie d'un gang de loups-garous.

Ezio se pencha vers moi pour lire le rapport, posant son bras sur le dossier de ma chaise. Son menton me frôla l'épaule et son parfum boisé me troubla une nouvelle fois.

Dégoûtée de ma propre réaction, j'abandonnai la lecture et poussai le dossier vers lui.

Il émit un petit rire discret et reprit sa position normale.

- D'après ce que m'a expliqué Sarah, commença Carmen en croisant les bras, Chloé Borde n'était pas une « nourrice », contrairement aux précédentes victimes.

Une « nourrice » n'était rien d'autre qu'une « pute à sang », dans le langage familier.

Les nourrices avaient l'habitude de donner leur sang –et plus si affinités –aux vampires. La morsure de ces derniers agissant comme une drogue pour les être humains, elles en redemandaient jusqu'à devenir complètement accro.

Quand un vampire se lassait d'une nourrice, celle-ci n'avait d'autres choix que de se tourner vers les drogues pour essayer de combler le manque, en vain.

Aucun vampire ne voulait jamais prendre l'ex-nourrice d'un autre vampire. C'était un comportement caractéristique des mâles vampires.

Les nourrices avaient donc en général une fin très moche. Par overdose, le plus souvent.

Ce n'était jamais très beau à voir.

- En fait, dit Ezio en relevant les yeux du rapport. Selon Edouard, sa famille affirme qu'elle a reçu pendant plusieurs semaines des appels et lettres de menace. Une main courante a d'ailleurs été déposée, peu de temps avant le meurtre. Il n'a pas dû apprécié...

Il tordit la bouche, et prit une des photos posées devant moi.

- Même si c'est difficile à voir avec sa gorge en mauvais état, poursuivit-il, on peut noter l'absence d'anciennes cicatrices de morsures.

Il regarda Carmen.

- Ce qui confirme tes propos, Carmen.

Celle-ci, apparemment surprise qu'il s'adressât à elle, écarquilla légèrement les yeux puis hocha la tête.

- Merci de souligner l'évidence, monsieur le mercenaire, jeta Charles, amer. Mais on n'a pas le temps !

Mercenaire ?

« Quels secrets caches-tu encore, Ezio ? »

Ezio l'ignora et poursuivit, en baissant les yeux de nouveau vers le rapport :

- Tout nous pousse donc à croire que cette victime a eu un traitement de...faveur, si je puis dire.

Il tapota la table de ses doigts. Puis il s'interrompit, le temps de finir de lire une phrase.

- Comme le fait que les inscriptions frontales aient été faites ante-mortem...

Un silence de plomb s'installa.

- Dios..., chuchota Carmen d'une voix blanche.

Toutes les victimes de Jack –surnom que nous avions donné au tueur –avaient une inscription faite sur le front : CANUS.

Après quelques recherches, nous avions découvert que ce mot voulait dire « gris », en latin.

Mais nous n'avions toujours pas découvert son sens caché, ni le symbolisme de l'acte.

La pauvre Chloé avait donc reçu la sienne alors qu'elle était encore vivante...

Je ne pouvais m'empêcher de me sentir touchée. Après tout, nous avions pratiquement le même âge.

Imaginer la scène, me donna des sueurs froides.

Les rapports d'autopsie des onze défuntes avaient été catégoriques : les inscriptions avaient été faites post-mortem.

Alors pourquoi agir différemment avec elle ?

Un coup sec frappé à la porte mit fin à mes pensées.

L'instant d'après, David, apparaissait, rouge et essoufflé.

Il était l'un de nos meilleurs éléments. Même s'il n'en avait pas l'air, avec ses lunettes aux verres épais et ses cheveux gras, il avait une intuition hors du commun, et un humour décalé, pour qui voulait bien prendre la peine de le connaître.

- On vient d'avoir l'appel anonyme d'une femme, annonça-il après avoir repris son souffle. Elle prétend être l'ancienne petite amie de notre tueur, et qu'elle sait où il habite.

Il nous montra une feuille.

- Elle nous a donné l'adresse.

Stupéfaits par ce coup du sort, nous mîmes un certain temps avant de réaliser qu'il était temps pour nous d'aller sur le terrain.

Ezio, lui, était déjà sorti du bureau en flèche, laissant dernière lui la porte grande ouverte et David, les lunettes de travers.   

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