Chapitre 8

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Je refermai doucement la porte du bureau d'Edouard derrière moi, et m'immobilisai.

Ezio était debout, les coudes appuyés sur le comptoir, et parlait à voix basse à Géraldine.

Celle-ci poussa un rire de godiche et lui donna une légère tape sur le bras.

J'imaginais ce qu'elle devait lui dire : « Oh, Ezio, quel coquin vous faites ! Haha, Hihi, Houhou... »

Je puisai dans mon imagination pour dresser une liste mentale de tous les adjectifs et noms d'oiseaux que je pourrais leur trouver. A tous les deux.

Ils avaient le don de m'agacer, tous les deux ! Elle qui ne me supportait pas, et lui qui me provoquait. Ils faisaient la paire !

Levant les yeux au ciel, je fis quelques pas avant de tourner à droite, et de prendre le couloir menant à mon bureau.

Lorsque Edouard avait fait son annonce, j'avais demandé à lui parler.

« En privé », avait-je ajouté en lançant un regard appuyé à Ezio.

Il s'était alors levé en haussant les épaules et avait aussitôt quitté la pièce, laissant un courant d'air à son passage qui fit voler mes cheveux, et quelques feuilles posées sur le bureau.

L'instant d'après, un léger bruit s'était fait entendre, indiquant que la porte s'était refermée.

Edouard n'appréciant visiblement pas le ton sur lequel je l'avais interpellé, avait froncé les sourcils, et son regard, d'ordinaire si doux envers moi, s'était fait acéré.

- Je t'écoute, avait-il dit.

- Vous ne pouvez pas l'intégrer dans notre équipe, comme ça, avais-je rétorqué en claquant des doigts. Il aurait fallu nous en parler, avant !

Un éclair de surprise avait traversé son regard. Puis celui-ci s'était fait de glace.

- Et qu'ai-je fait, à l'instant, je te prie ?

Je m'apprêtais à répondre, lorsqu'il leva une main, comme à son habitude, pour m'interrompre.

A quoi bon poser des questions, si c'est pour ne pas écouter la réponse ?

- Il n'y a rien d'autre à ajouter. Tu ferais bien de commencer à faire sa connaissance pour t'habituer à lui. Tu verras, il nous sera d'une aide précieuse. Surtout à notre retour au QG. Charles va tout t'expliquer...

« Oh pitié, non... »

- Pa...Parce qu'il repart avec nous ? avais-je bégayé. A Boston !?

Poussant un profond soupir de lassitude, il avait repris place à son bureau et d'une main, m'avait congédiée.

Malgré ses beaux discours, si contrarié, Edouard pouvait se refermer comme une huître et devenir très désagréable.

A ce souvenir, je maudis la génétique qui faisait qu'Edouard et Charles partageaient plus qu'une nuance de couleur irienne.

En marchant dans le couloir, je sentis plus que je n'entendis, la présence de l'élément perturbateur, derrière moi.

Blasée, j'entrai dans mon bureau et voulus fermer la porte, mais un courant d'air me fit comprendre qu'il était trop tard.

Refusant de lui jeter un œil, je m'assis sur ma chaise, et posai mon badge que j'avais récupéré, à côté de mes stylos. J'en pris un, que je commençai à tripoter.

Le bloc de post-it me faisait de l'œil.

J'avais une liste assez riche de mots décrivant cet idiot assis sur mon fauteuil préféré !

- Enlève tes chaussures crottées de ma table basse !

Il donna un coup à la table qui devint un repose-pieds en velours bleu.

La transformation s'était produite si rapidement, que mes yeux se troublèrent.

- Problème résolu, dit-il en sortant un téléphone de la poche ventrale de son sweat-shirt.

Que cachait-il d'autre, là-dedans ?

Il s'installa plus confortablement, et commença à tapoter l'écran de son téléphone.

Jetant bruyamment le stylo que j'avais à la main, je me levai pour aller lui faire face, et croisais les bras, en le fixant d'un regard que j'espérais impassible.

Il me mettait dans tous mes états, alors que cela ne faisait que cinq minutes qu'il était là. Comment allais-je me débrouiller en mission ?

Il quitta l'écran de son téléphone des yeux, et me regarda.

- Quoi ?

- Tu n'as pas autre chose à faire que de traîner dans mes pattes ?

- J'aime bien rester avec toi, moi, dit-il d'une voix légère.

J'en perdis mes mots. Il avait le don de me déconcerter.

Je préférais quand il était méchant comme dans le parking, ou bien silencieux, comme dans la voiture.

Je ne savais pas gérer cet Ezio, léger et taquin.

Il m'offrit un sourire coquin, faisant scandaleusement apparaître sa fossette, et appuya la tête contre le dossier du fauteuil pour me détailler.

- T'es mignonne, quand tu t'énerves, lâcha-t-il d'une voix rauque.

Avalant ma salive, je fermai les yeux pour reprendre contenance.

- Bon ! lança-t-il, la voix plus dynamique.

Je rouvris les yeux.

Il s'était relevé et avait baissé sa capuche.

Il ébouriffa ses cheveux, faisant passer ses longs doigts à travers la masse épaisse.

J'étais écoeurée devant tant de sex-appeal.

- Et si on se mettait au travail ? ajouta-t-il en se dirigeant vers les dossiers rangés sur mon bureau, loin de se douter du trouble qu'il faisait naître en moi.

Il prit le dossier tout en haut de la pile et le feuilleta, calant ses fesses contre le bureau.

- Ce serait bien que Charlotte et sa pote se joignent à nous, histoire qu'on fasse pas tout le sale boulot tous seuls.

Charlotte ?

Il leva les yeux et me sourit.

- Pas que je n'aime pas rester en tête-à-tête avec toi, ma belle. Bien au contraire.

Je le regardais, confuse, les sourcils froncés.

Puis, voyant son sourire carnassier se faire plus grand et découvrir des dents blanches parfaitement alignées, je compris.

Il parlait de Charles...

Comme s'il l'avait entendu, mon téléphone, que j'avais laissé sur mon bureau pour aller déjeuner, se mit à sonner, et « Charles » s'afficha. Évitant de toucher Ezio, je tendis le bras et m'en saisis.

- Oui ? répondis-je

- Ramenez-vous dans mon bureau, toi et l'autre taré, ordonna-t-il sans préambule avant de me raccrocher au nez.

Je regardai mon téléphone comme si Charles y était.

Ezio lâcha un petit rire et me poussa vers la sortie, en emportant le dossier avec lui.

Je tentai d'ignorer la sensation de ses mains chaudes posées au niveau de mes reins, et me concentrai pour retrouver mon chemin.

Le bureau de Charles était situé au niveau du couloir de gauche. Ce qui signifiait qu'il fallait passer à côté de Géraldine et de son comptoir jaune qui lui donnait un teint de vomi.

Je fus heureuse de la trouver occupée au téléphone, mais mon enthousiasme fut rapidement douché lorsque, les yeux aguicheurs, elle joua des doigts pour lancer un salut à Ezio, qui y répondit par un clin d'œil.

Cet homme séduisait probablement tout ce qui bougeait. Ce qui voulait dire que je devrais prendre deux fois plus de précautions, avec lui. 

Arrivés dans le bureau de Charles, nous trouvâmes celui-ci au téléphone, debout face à la fenêtre.

Carmen, elle, était devant la machine à café, au fond de la pièce.

Elle se tourna vers nous, jeta un coup d'œil curieux vers Ezio, puis me regarda.

Elle me tendit une énorme tasse, ma préférée, sur laquelle était dessiné un chat avec un mot « CATpuccino ».

Je la remerciai d'un sourire, et bus une gorgée réconfortante.

Ezio lança un regard ironique à la tasse puis reporta son intention vers Charles, qui venait de raccrocher.

Il avait repris des couleurs et, la bouche pincée, fusillait Ezio du regard.

« C'est reparti... »

Tournant la tête vers Ezio, je guettais sa réaction.

Il fit une grimace faussement compatissante en détaillant les blessures de Charles.

Puis, arborant un grand sourire provoquant, il lui lança un clin d'œil.

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